‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 251 sur 307 · MON. EMPRISONNEMENT · texte numérisé non relu

MON. EMPRISONNEMENT

quentait les clubs et était revenu avec des pancartes et tout Textérieur des Jacobins. Quiconque était foncièrement royaliste devait le regarder comme suspect. De plus, s'il était bon et bienfaisant, il n'était pas dévot, et il a eu contre lui tous ceux qui faisaient plus de cas de la dévotion que de la vertu. De ces derniers, il ramena d'abord le respectable abbé Le Moine, qui longtemps avait été mécontent de lui. Des premiers, je ne crois pas qu'il soit rentré en grâce avec le frère de cet abbé. Le Moine de Clermont, qui n'a jamais manqué une occasion de lui reprocher le bonnet rouge et le costume dans lequel on le rencontrait partout. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'était point l'ami de nos amis quand je fus arrêté et incarcéré ; mais ce moment fut pour lui décisif : il se conduisit comme méritant le titre de mon fils, et se montra digne de toute ma tendresse paternelle.

M. de Glock, en quittant les Récollets, avait été obligé d'y laisser un domestique à lui, qui avait toujours été un modèle de fidélité. On me plaça dans la chambre dont ce pauvre garçon s'était établi le zélé serviteur, et je n'eus qu'à me louer de l'accueil que j'y reçus. J'y fus meublé dans la matinée, et en vingt-quatre heures j'y fus accoutumé. Pendant ce temps-là, ma femme et ma fille sollicitèrent si bien ce Crassous, dont depuis nous avons eu tant à nous plaindre, que le troisième jour j'eus la permission de rentrer chez moi avec un garde. Ce fut encore une grâce signalée delà Providence, car, sïl suffisait à Robespierre de savoir où me prendre, il avait sous la main tant d'autres victimes à égorger, qu'il est mort sans avoir songé à moi. Au surplus, comme ma maison était bonne, et que les sans-culottes y furent toujours nourris, abreuvés et soignés comme s'ils eussent été nos enfants, c'était, parmi eux, à qui serait assez heureux pour nous

garder, et s'ils ont toujours été contents de nous, nous le fûmes toujours également d'eux.

Au moment de mon arrestation, j'avais dans mon secrétaire, à côté de quinze cents livres en assignats, tout le numéraire, en louis et en écus, destiné à mes dépenses quand le papier- monnaie me manquerait, environ dixhuit mille deux cents livres. Je n'avais eu garde de l'enfouir, et je comptais sur la législation de cette époque, qui n'ordonnait la confiscation du numéraire que si on le trouvait caché.

Lorsqu'au milieu de la nuit du 29 au 30 ventôse on vint mettre les scellés chez moi, les porteurs de cet ordre aperçurent, dans ce secrétaire, la petite caisse contenant mon trésor en argent et mon papier. Eux-mêmes la remirent à ma femme et l'avertirent qu'elle devait la conserver. En vain elle leur offrit d'ouvrir le coffre; ils lui dirent : « Ceci est à vous, et nous n'avons garde d'y toucher. » Le 3 germinal, dès que mes scellés furent levés, Mme Moreau replaça le tout à l'endroit d'où on l'avait tiré. Mais Crassous, prévenu par ses agents qu'ils avaient découvert mon argent, les renvoya le lendemain chez moi avec ordre de le compter. J'ignore quelle loi lui donnait ce pouvoir; ce que je sais, c'est que ses agents ne cessèrent de répéter qu'il était bien à moi; et ce qui est bien prouvé, c'est qu'il n'était point caché. Quel fut donc mon étonnement, et quelle dut être la fureur de ma famille, quand, le 16 germinal, je vis arriver un gendarme porteur d'un ordre du représentant du peuple, m'enjoignant de faire échanger de suite en assignats, à la caisse du district, la somme que je possédais en numéraire I

Il était huit heures du soir; j'obéis ponctuellement le lendemain, et je me fis remettre une quittance par le receveur. Si l'on me blâme de m'être soumis à cet ordre,

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