CARRIER ET FOUQUIER-TINVILLE
pierre qui lui avaient survécu regardaient comme autant de crimes capitaux l'exercice du culte catholique. Le 8 fructidor, je fus ce que Ton appelait réarméj bien que, n'ayant jamais eu une épée en ma possession, j'ignorasse que j'eusse été désarmé; et le 18 du [même mois on me délivra, dans les formes prescrites, un certificat de civisme.
Alors, cependant, s'éleva un cri général contre les tigres qui avaient travaillé à ne faire de la France qu'un vaste cimetière. Ce cri ramena chez les honnêtes gens des espérances qui les bercèrent longtemps. Dieu fit justice des malfaiteurs abreuvés du sang de leurs semblables; on instruisit le procès des Carrier (1), des Fouquier- Tinville (2) et d'une foule d'autres monstres. Bientôt un décret bienfaisant rendit à tous les cultes la liberté que
(1) Jean-Baptiste Carrier, né en 4756 à Yolet, près d'Aurillac, procureur en 1789, député à la Convention en 1792, se montra partisan des mesures les plus violentes, contribua à la création du tribunal révolutionnaire, vota la mort de Louis XVI, demanda l'ar* restation du duc d'Orléans, prit une part active à la chute des girondins. Envoyé en Normandie, puis & Nantes, en octobre 1793, avec mission de sévir contre l'insurrection vendéenne, il outrepassa les ordres rigoureux de la Convention, terrifia le pays par ses mesures sanguinaires, fut rappelé sur un rapport du conventionnel JuUien de Paris, et reprit sa place & la Convention. Robespierre allait le faire mettre en accusation lorsque le 9 tbemidor l'emporta lui-même; mais le 25 novembre suivant il fut traduit devant le tribunal révolutionnaire de Nantes, condamné à mort, et guillotiné le 16 décembre 1794.
(2) Antoine-Quentin Fouquier-Tinville, né en 1747 & Hérouel, près de Saint -Quentin, procureur au Chàtelet avant la Révolution, fut obligé de vendre sa charge à la suite de dépenses exagérées, se fit remarquer dans les clubs, dès 1789, par la violence de ses opinions, devint en 1793 accusateur public près le tribunal révolutionnaire, fit condamner des milliers d'accusés, le plus souvent sans les entendre et sans aucune forme de procès, n'épargna pas même Danton et Robespierre, ses anciens protecteurs, fut lui-même décrété d'accusation au mois de mars ^795 et condamné après un procès qui dura quarante et un jours. Il monta sur Téchafaud le 6 mai, accablé de malédictions.
la constitution leur avait promise» et fit connaître à nos législateurs combien la partie de la nation qui voulait celui de l'Église romaine était supérieure en nombre à celle qui regardait toutes les religions comme indifférentes. Les églises furent rouvertes à Versailles; M. de Grandpré se mit solennellement en possession de celle de Notre-Dame, qu'il rebénit. Des oratoires particuliers avaient déjà été établis, et avant même la nouvelle consécration de Notre-Dame nous avions à notre porte une chapelle privée, où se rassemblaient publiquement tous les catholiques.
Ce fut au mois d'octobre 1794 que Mlle Ariane de Sainte-Hermine épousa M. Glock : son mariage fut bénit par Fabbé Paulet. Nous célébrâmes la fête de Noôl de la même année dans l'oratoire de Mme de Perdreauville, et M. de Grandchamp, oncle de M. de Giédat, fut un des prêtres qui, après nous avoir longtemps apporté chez nous TEucharistie en secret, se firent un devoir de venir célébrer la messe en habits sacerdotaux.
On commençait donc à respirer, les lois oppressives tendaient à disparaître, et il nous semblait possible de songer à réorganiser notre existence. Aussitôt rendu à moi-même par le supplice de Robespierre, mon désir avait été de rentrer en possession des jardins autrefois si chers à ma vanité, et dont on m'avait si cruellement chassé peu de temps après le mariage de ma fille; mais réduit, par le vol de mes 18,200 livres, à l'impossibilité de payer en numéraire les impôts qu'on me demandait, menacé de me voir enlever par la violence tous les meubles de ma maison que je n'avais pas encore vendus, je dus rester à Versailles pour essayer de me faire restituer le numéraire que Crassous m'avait pris. Ce que la reconnaissance ne me per-