LE COLLIER DE DIAMANTS
déclarer disciple zélée de l'impie Helvélius (1). Rappeler vous maintenant cette effroyable histoire du collier de diamants (2) qui mit au jour tant d'infamies et d'intrigues,
rait jamais dû la donner pour dame d'honneur à Madame Elisabeth. Je me souviens de lui avoir entendu dire une fois, chez Mme d*Andlau, qu'il n'y avait pas de meilleur livre en France que le livre De Vesprit de M. Helvétius. Avec de psureilles idées, comment l'a-t-on mise auprès d'une jeune princesse élevée par Mme de Marsan, et près de qui la dame d'honneur devait être une espèce de gouvernante? Elle n'a donc point fait d'enfant, mais elle a été enviée, calomniée, et elle a donné des armes contre elle par son étourderie. Madame Elisabeth ne peut plus la souffrir. Aussi n'est- elle plus que le cœtir de la Reine et de la société de M. le comte d'Artois. Cette société distribue les grAces. M. de Pojane est mort ce mois-ci : M. d'Adhémar et M. de Besenval ont partagé les gouvernements; M. de Montréal a eu la capitainerie de Vincennes. Si cette comtesse Diane reprend sa fraîcheur et sa santé après toutes ses obstructions, on dira plus que jamais : < Elle est accouchée, i Elle ferait pourtant une sottise de mourir pour se justifier. Que n'a-t-elle été à Contrexéville, comme la duchesse de Mailly? Celle-ci est partie mourante pour Plombières. Son père, M. de Périgord, craignait de ne plus la revoir. Elle est allée depuis & Contrexéville, où étaient Mme de Cossé, Mme de Brancas, l'abbé de Yermond, M. de Hunaut. J'ai été la voir le 20 de ce mois. Elle m'a dit : t Vite, ma chanson. Donnez-moi votre pot pourri : je n*a% plus que quinze ans. > Je l'ai trouvée grasse, se portant à merveille, et surtout gaie plus qu'elle ne l'a été de sa vie.
(d) Claude-Adrien Helvétius, né à Paris en 1715, fermier général, renonça en 1750 à sa charge, qui lui valait 100,000 écus de rente, pour se consacrer aux lettres ; publia en 1758 son livre De l'esprit, où il réduit toutes nos facultés à la sensibilité physique. Cet ouvrage fit grand scandale, fut condamné &la fois par le Pape, par la Sorbonne, par le Parlement, et brûlé par la main du bourreau en 1759. Helvétius mourut en 1771; il avait épousé Mlle de LigniviUe, née, en 1719, d'une famille noble et pauvre de Lorraine. Après avoir perdu son mari, elle se retira à Auteuil, et sa maison fut longtemps l'asile des philosophes et un des centres intellectuels de l'époque; elle mourut le 12 août 1800.
(2) En 1785, Mme de la Motte persuada au cardinal de Rohan, à ' l'aide de fausses lellres et d'une fausse entrevue, que la reine Marie-Antoinette le chargeait de lui acheter secrètement un collier de diamants de 1,600,000 livres. Mme de la Motte se fit livrer le bijou et en vendit en Angleterre les diamants détachés. Ce furent les réclamations du joaillier Bœhmer, inquiet de ne pas être payé, qui découvrirent à la Reine cette épouvantable escroquerie, et la part
jusque-là cachées dans les ténèbres de ces amusements nocturnes dont j'ai parlé plus haut. Le cardinal de Rohan était prêtre, il était évéque; revêtu de ses habits pontiGcaux, il allait suivre le Roi au pied de l'autel où, dans Tune de nos fêtes les plus solennelles (15 août 1785), le monarque devait renouveler le vœu par lequel Louis XIII mit la France sous la protection de la sainte Vierge ; il est arrêté, dépouillé, enfermé à la Bastille!
Si, dans les bosquets de Versailles, le cardinal avait été livré au démon de la luxure (1), à quelle puissance infernale furent livrés cette reine imprudente et ce Breteuil furieux, qui lui promit vengeance d'un crime dont la dénonciation seule devait la couvrir d'opprobre ! Elle était trompée, j'excuse sa colère ; et maintenant que, du pied de la croix, elle est montée au ciel, je ne prie plus pour elle : je l'invoque avec foi dans mes prières; mais cette colère même, à laquelle elle s'abandonna, n'entrait-elle pas dans les plans de la Providence, qui voulait châtier bien des forfaits beaucoup plus grands que les siens? Pendant quinze mois^ elle poursuit ce mauvais prêtre avec le même acharnement que Frédégonde (2) poursuivit jadis un
que, dans son inconcevable crédulité, le cardinal de Rohan j avait prise. Stupéfaite, indignée, elle demanda au Roi et obtint Tarrestation du cardinal.
(1) M . de Lanzac de Laborie, dans un article but Y Histoire de Marie- ^ Antoinette par Maxime de la Rocheterie, dit au sujet du procès du
collier : Le vieux et terrible mot de lèse-majesté, mis en avant par les officieux, n'avait que faire en cette occasion ; le cardinal n'avait pas voulu une minute outrager la Reine, il lui avait seulement prêté un désir peu réfléchi et un manquement à l'étiquette. (Correspondant, n« du iO octobre 1893.)
(2) Frédégonde, femme de Chilpéric !•', roi des Francs, née à Montdidier en 543, de parents obscurs, et morte & Paris en 597. Elle se couvrit de crimes. Prétextât, évéque de Rouen (555), ajant eu la faiblesse de marier le second fils de Chilpéric, Mérovée, à Brunehaut, l'ennemie de Frédégonde et la tante du jeune prince, fut, pour ce fait contraire aux canons, déposé par un concile