‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 272 sur 307 · PLUS DE DISEUX DE MESSES · texte numérisé non relu

PLUS DE DISEUX DE MESSES

Le phénomène suivant me Ta bien prouvé : tous ceux que l'impiété regardait comme ses agents secrets se montrèrent alors les agents publics et manifestes du parti acharné à détruire la monarchie. Le Parlement, dominé par cette jeunesse que la faction Choiseul avait achetée, était à la tète de la conspiration qui devait, sous le nom d'un roi incapable, livrer le peuple au despotisme de l'aristocratie. Tous les grands que la Reine avait payés d'avance par ses bienfaits ou par sa confiance se déclarèrent pour cette conspiration. Les pairs de France, dans tous les démêlés que la Cour eut encore avec la magistrature, abandonnèrent la défense de la monarchie, et, parmi ces pairs, on trouve même ce duc d'Harcourt que Louis XYI avait chargé de l'éducation du Dauphin. Ainsi, l'homme auquel il avait été dit : « // n'y aura plus de diseux de messes », osa dire, et dans le style dont on le disait à cette époque : « Il n'y aura plus de roit »

Continuons d'examiner les merveilles du grand spectacle aujourd'hui offert à toute l'Europe. La Bastille, cette formidable citadelle qu'on avait vue autrefois tirer inutilement le canon contre une armée royale, devait enfin être renversée, moins peut-être pour punir les injustices cruelles qu'elle avait cachées dans son sein, que pour donner le signal de la destruction du pouvoir qui les avait commises; elle fut livrée à un peuple faible, mais irrité, à une multitude dont l'enthousiasme était l'ouvrage d'une puissance qu'elle ne connaissait pas. A-t-on fait réflexion au dernier des captifs qui y fut emprisonné (1)? Ce n'était pas

(i) Lors de la prise delà Bastille, on ne trouva dans cette forteresse que sept prisonniers : quatre y avaient été mis comme faussaires, deux parce qu'ils étaient fous ; le septième était le comte de Solages, exécrable libertin, enfermé à la requête de sa famille pour crimes c atroces et notoires ». Dix jours auparavant, le marquis de Sade avait été çxtrait de cette prison et transféré à Vincennes.

un innocent persécuté pour sa religion; c'était peut-être l'homme le plus décrié par ses mœurs, le plus avili par ses passions. Mais la chute de ce monument de la tyrannie devait annoncer que les crimes qui allaient briser le sceptre des rois étaient ceux qui avaient affiché le mépris de la religion et la révolte contre les lois que l'Église prescrit. Ce fut un scandale de voir le prince Louis de Rohan (1) nommé à Tévèché de Strasbourg et à la grande aumônerie de France : ainsi se distribuaient alors toutes les places dans rÉglise, dans l'État et dans le palais de nos rois ; ainsi, la plus vertueuse et la plus pieuse de nos princesses avait été obligée, par son malheureux frère, de recevoir pour sa compagne et presque pour sa gouvernante une fille (2) sans mœurs^ que j'ai entendue moi-même se

(i) Louis-René-Édouard de Rohan-Guéménée, prince de Rohan» membre de TAcadémie française, fils d'Hercule-Mériadec de Rohan, duc de Montbazon, prince de Guéménée, et de Louise-Gabrielle>Julie de Rohan-Soubise, né le 25 septembre 1734, d*abord évêque de Ganope et coadjuteur de son oncle Louis-Constantin de Rohan, prince-éYèque de Strasbourg, puis ambassadeur à Vienne en i77±» cardinal en 1778, grand aumônier de France et évêque de Strasbourg en 1779. Enfermé à la Bastille pour l'afTaire du collier en 17S5, traduit devant le Parlement et absous, il fut exilé par le Roi à Tabba^e de la Chaise-Dieu, en Auvergne, rentra bientôt dans son diocèse, fut nommé député aux États généraux par le clergé de Haguenau, s'opposa à la Constitution civile du clergé, y prêta néanmoins serment, se retira en 1791 sur la rive droite du Rhin, vint généreusement en aide aux émigrés, leva des troupes pour l'armée de Condé, se démit de son évêché en 1801, lors du Concordat, et mourut à Ëttenheim le 16 février 1803.

(2) La comtesse Diane de Polignac était la belle-sœur de la duchesse de Polignac. A son sujet, Moreau, dans son Journal, rapporte ce qui suit : Août 1781. ... Cette pauvre créature, qui n'a pourtant eu que des obstructions terribles et qui savait tout ce qu'on racontait d'elle, a dit : c Je crèverai plutôt, mais je n'irai point aux eaux. » Le vrai est que cette Diane, sans attention, sans précaution, bonne et franche, a toujours été un peu familière avec les garçons. Sur son ton et avec ses manières, et d'après surtout ses prétentions à la philosophie, qui n'est en elle que bon ou mauvais air, M. de Maurepas n au-

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