LE ROI, LÉGISLATEUR PROVISOIRE
commencer par leur trône l'abaissement de tous ceux où peut siéger encore l'orgueil du pouvoir arbitraire, Dieu leur envoie des conseillers mensongers et des faux prophètes.
Bientôt les États s'assemblent : le plus irréligieux des ministres les voulait; il a, depuis, clairement annoncé le motif qu'il avait eu lorsqu'il les avait promis et rendus indispensables. Louis XYI , comblé d'éloges dès le commencement de son règne, portait le sceptre qui devait être brisé entre ses mains, et était plus intéressé que personne à suivre le vœu de la nation^ qui demandait à être heureuse, mais désirait ne l'être que par de bonnes lois; il fut de bonne foi lorsqu'il la consulta. Cependant un génie infernal s'empare de tous ses conseillers et leur dit : « YotM serez les mattres si votis n^avez affaire qu'au peuple, B Un autre démon inspire aux factieux de l'Assemblée le projet insensé de ne détruire la puissance royale que pour s'en emparer; de ce moment, voilà deux aristocraties aux prises, et toutes les deux guidées par les intentions les plus perverses. Deux prodiges se produisent alors et trompent également l'une et l'autre : le premier est de voir un petit nombre de philosophes supposer qu'il n'existe point en France de gouvernement; le second, de voir un roi de France adopter sur-lechamp cette folle, mais terrible hypothèse, et souffrir que la nation, dont depuis quatorze cents ans ses prédécesseurs et ses ancêtres sont les chefs et les représentants, ne le regarde plus que comme un législateur provisoire. Lisez toutes les histoires du monde; vous trouverez des révoltes, vous verrez des révolutions; mais indiquez-m'en une seule dans laquelle le souverain d'un vaste empire ait dit à vingt millions d'hommes : « Replacez-vous dans la plaine de Sennaar, au pied de la tour de Babel; je ne suis plus
rien pour vous; faites aujourd'hui plus que les descendants de Noé ne firent alors, car, à cette époque, rien n'était encore bâti; et moi, je vous livre à détruire l'édifice le plus ancien, le plus solide, celui que tous les princes de l'Europe ont le plu^ grand intérêt à conserver. » Voilà pourtant ce que les peuples ont regardé comme possible; voilà l'entreprise de ces nouveaux Titans, dont la défection fut acceptée par le plus juste et le plus faible de nos rois.
Regum timendorum in proprios grèges, Reges in ipsos imperium est Joyis. (Horace.)
C'est ainsi que les Romains païens avaient reconnu que le plus grand crime des rois était celui de lèse-divinité. Louis XYI, en acceptant pour son souverain ce peuple auquel non seulement il avait le droit, mais même, en conscience, l'obligation de commander, commettait une espèce de félonie envers Dieu, car il renonçait à l'auguste caractère de son représentant; et quand, dans les premiers mois de l'Assemblée constituante, le jeune Castellane, révolté contre son père et contre toute sa famille, leur dit un jour, en ma présence, qu'il n'y avait en France -d'autre insurgent que le Roi, il disait vrai : Louis XYI le fut, mais contre Dieu seul dont il était le sujet, et Dieu le punit en armant contre lui cette nation qu'il avait mise à asi place.
Consultez ici la Bible ; remarquez les fréquents exemples qu'elle présente de ces paniques qui, répandues dans les esprits par des génies obéissant aux décrets de la Providence, livrent des coupables que Dieu veut châtier, à d'autres coupables qu'il châtiera à leur tour, et faites attention que ce n'est pas seulement dans l'histoire du peuple hébreu que l'on trouve ces mouvements extraordinaires dont on ne connaît point la cause et dont on ne peut prévoir les effets. Huit jours suffisent, en