PLAN DU CHANCELIER
trer : 1* Tédit de création de six Conseils supérieurs dans les villes d'Arras, Blois, Ghâlons, Glermont, Poitiers et Lyon ; 2* une déclaration qui permettait aux avocats au Conseil de plaider et d'écrire dans les affaires qui s'instruisaient au Parlement ; 3* un édit portant suppression du Conseil provincial d'Artois; 4* des lettres patentes concernant la chancellerie d'Artois ; 5* un édit portant assignation sur les fonds de la province des gages attribués au Conseil supérieur.
Le chancelier, en sortant du palais, s'arrêta sur le perron pour se faire voir au peuple. Tout se passa tranquillement : l'édit de création était fait à merveille, ainsi que le discours; l'un et l'autre furent imprimés. Lorsque tout Paris vit l'édit, les gens sensés convinrent qu'il était le commencement d'un vaste et beau plan, et que, si M. le chancelier faisait des choses grandes et utiles , il nuirait plus au Parlement que par les actes du despotisme le plus rigoureux : ceux-ci sont toujours faibles.
Cependant, de nouvelles Remontrances arrivaient tous les jours ; on lisait dans Paris celles de la Cour des aides : rien ne pouvait être mieux ni plus solidement écrit. M. le chancelier, néanmoins, allait son chemin; il n'était pas éloigné de rembourser les charges, leur extinction devant consolider l'édifice qu'il projetait. Mais M. l'abbé Terray n'en voulait point entendre parler, soit que, comme contrôleur général, il désirât économiser, soit que^ comme courtisan, il cherchât à embarrasser. Il y avait déjà quatrevingts provisions de scellées pour les nouveaux membres des Conseils suprêmes, et le chancelier se flattait de composer le nouveau Parlement en choisissant ses sujets dans l'ancien. Plusieurs de ses amis lui conseillaient de n'en rien faire, et croyaient que c'était un moyen sûr pour manquer toute la besogne.
Les quatre premiers présidents d'Arras, de Lyon, de Blois et de Chàlons furent présentés au Roi et prêtèrent serment le 27 février. M. de Flesselles était celui de Lyon; M. de Saint-Michel, celui de Blois; M. Briois était celui d'Artois, et M. d'Orfeuille, celui de Chàlons. On raconta que ce dernier ayant assuré à M. le chancelier qu'il ne pourrait trouver de membres pour former sa Compagnie, on lui fit voir la liste toute remplie, et une autre contenant les noms de ceux qui s'étaient présentés et avaient ^té refusés . On s'était imaginé la même chose à Poitiers. Quant à M. l'évéque de Blois, il estimait que le Conseil supérieur de sa ville était très bien composé : deux de ses grands vicaires y étaient placés.
Les princes du sang prenaient hautement parti pour l'ancien Parlement, et paraissaient résolus de ne point aller à l'installation du nouveau. M. le duc d'Orléans prétendait en avoir prévenu le Roi, qui lui aurait répliqué avec humeur : « Eh bien, monsieur, vous nHrez point, »
Les princes et quatorze pairs avaient signé une protestation devant notaire, et l'on rapportait que l'un d'eux ayant demandé à M. le duc d'Orléans : a Serons-nous exilés? » le prince lui avait répondu : « Je n'en sais rien : 9nais si l*on m'y force, j'y suis bien décidé. » Plusieurs gens de la Cour reçurent des lettres anonymes, par lesquelles on les exhortait à se joindre à M. le duc d'Orléans; on leur envoyait même un modèle de la lettre qu'ils devaient lui -écrire. Vingt-cinq jeunes seigneurs le firent; mais, à l'exception de M. de Beauvau (1), dont la démarche surprit
(1) Gharles-Just de Beauvau-Craon, prince de l'Empire, grand d'Espagne, fils de Marc, prince de Beauvau-Craon, et d'Anne-Mar- ^erite, née comtesse de Lignéville, né & J^unéville le 10 novembre 1720, fut nommé gouverneur du Languedoc en 1763, membre de l'Académie française en 1771, commandant d'une division militaire on 1777, gouverneur de Provence en 178i, maréchal de France en