PROTESTATION DES PRINCES ET DES PAIRS
tout le monde, tous ceux qui écrivirent étaient des jeuneà gens de vingt-cinq ans au plus, et on remarqua que tous étaient des amis de M. de Choiseul. Quelques personnes accusèrent celte clique d'avoir fabriqué les anonymes : on nomma même M. de Chabot (1). Dans une des petites assemblées où l'on parlait de ces lettres, le chevalier de Chastellux dit : a // faudra prier M. le duc d'Orléans de ne donner que par ordre alphabétique la liste de ceux qui lui ont écrite afin qu'on ne sache pas qui a commencé. i> Quelqu'un lui répondit : « Chevalier^ vous parlez comme un dic-^ tionnaire. »
M. le chancelier ne se préoccupait pas de celte opposi* lion et faisait tout ce qu'il pouvait pour former le nouveau Parlement : bien des sujets refusaient. Les Conseils supérieurs, qui se partageaient le ressort, commencèrent à tenir leurs séances sans que le nombre des places fât complet, soit que le chancelier n'eût pas trouvé tout son inonde, soit qu'il y eût des gens qui ne se souciassent pas encore d'être nommés. C'est à cette époque que M.. de la Vauguyon et M. de Saint-Maigrin me sollicitèrent, de la part de M. le chancelier, d'accepter une place dans la Grand'Chambre du nouveau Parlement ; mais ils ne parvinrent pas à m'y décider.
Une nouvelle protestation contre tout ce qui se passait.
1783, entra au conseil des ministres le 4 août 1789, et mourut le îi mai 1793. Il mérita, comme Bayard, le titre de Chevalier sans peur et sans reproche. Il avait épousé, en premières noces, le 3 avril 1745^ Marie -Sophie -Charlotte de la Tour d'Auvergne, née le 20 décembre 1729, fille d'Emmanuel-Théodose, duc de Bouillon, et de Louise-Henriette de Lorraine, et, en secondes noces, Elisabeth- Charlotte de Chabot, sœur du duc de Rohan-Chabot, morte en 180G. (1) Louis-Antoine-Âuguste de Rohan-Chabot, d'abord comte de Rohan-Ghabot, puis duc de Chabot par brevet de 1782, fils de Guy- Auguste, comte de Chabot, et d'Yvonne-Sylvîe du Breuil, né le 20 avril 1733, mort à Paris le 29 octobre 1807.
faite par les princes et par ceux des pairs qui leur étaient attachés, parut vers le milieu de mars, et fut suivie de menaces de beaucoup d'exils. M. le duc d'Orléans écrivit au Roi une lettre très forte, pendant que de tous côtés les Parlements adressaient Remontrances et itératives Remontrances. Le peuple manifestait aussi, et d'une manière très marquée. Le jeudi 21 mars^ il y avait réception à l'Académie de MM. de Beauvau et Gaillard (1). Après un très beau discours de ce dernier, auquel l'abbé de Yoisenon (2) répondit par des arlequinades, Duclos (3) lut une rapsodie dans laquelle fut nommé par hasard M. de Lamoignon. M. de Malesherbes (4) était là : le public applaudit des pieds et des mains pendant une demi-heure. Le lendemain 22 devait se faire la procession de la Réduction de Paris; le Conseil tenant le Parlement se rendit aux Augustins ; la Chambre des comptes et la Cour des aides arrivèrent ensuite, et demandèrent qui était dans les stalles : on leur nomma messieurs tenant le Parlement. Dans le moment, sans les saluer, les Compagnies repartirent dans le même ordre et laissèrent le Parlement seul; le peuple poursuivit les deux Compagnies avec des applaudissements incroyables. Le même jour, la Cour des
(1) Gabriel-Henri Gaillard, né à Osiel (Aisne) en 1726, historien et littérateur, membre de l'Académie des inscriptions en 1760 et de l'Académie française en 1771 ; mort en 1806.
(2) Claude-Henri de Fusée, abbé de Voisenon, poêle et littérateur, né en 1708 au château de Voisenon, prés de Melun, entra dans les ordres après un duel en 1739, fut vicaire général de l'évèquede Boulogne, reçut à la mort de ce dernier, en 1741, l'abbaje du Jard, devint membre de l'Académie française en 1763, et mourut en 1775.
(3) Charles Pinot-Duclos, écrivain né à Dinan en 1704, membre de l'Académie des inscriptions et belles -lettres en 1739 et de l'Académie française en 1747, secrétaire perpétuel de cette Compagnie en 1755, succéda & Voltaire comme historiographe de France et mourut à Paris en 1772.
(4) Il était alors premier président de la Cour des aides.