‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 38 sur 307 · SUPPRESSION DE LA COUR DES AIDES · texte numérisé non relu

SUPPRESSION DE LA COUR DES AIDES

les écoliers. On cria : « Fermez la grille! » Le cocher doubla le pas» et sortit heureusement du cours avant que le tumulte augmentât.

La nuit suivante» les mousquetaires portèrent à tous messieurs de la Cour des aides des lettres de cachet pour leur enjoindre de se rendre au palais de bonne heure. M. le maréchal de Richelieu y alla avec M. d'Ormesson (i); difficulté sur la place : ces messieurs prétendirent qu'il n'y avait que les princes qui siégeassent à la place du premier président. Le maréchal répondit : « Ce n'est pas la peine dHnsister, vu la nature des fonctions que je viens exercer. » Puis il fit lire un édit par lequel le Roi supprimait la Cour des aides; le motif allégué était l'économie. Ordre ensuite fut donné à tous ces messieurs de s'en aller chez eux. Ils se levèrent alors pour délibérer par pelotons, mais le maréchal le leur défendit et ajouta: « Si vous restez ici huit jours, j'y resterai neuf. » Ils partirent après la transcription de l'édit, et l'on ferma les portes. Dans le jour, quatre de ces messieurs furent exilés.

Enfin, le 12, tout était prêt pour la formation du nouveau Parlement : dans la nuit» les mousquetaires avaient été avertir les présidents du Crrand Conseil de se trouver à Versailles dès le matin, et d'y rester jusqu'à nouvel ordre. Us y vinrent et virent M. le chancelier, qui ne leur fit aucune confidence, mais qui leur tint des propos vagues sur la nécessité de venir au secours de l'État. Il

(i) Louis-François de Paulele Fèyre, marquis d'Ormesson, d'une famille alliée à celle de saint François de Paule et neveu du chancelier d*Aguesseau, né à Paris le 7 mars 1718, avocat général au ChAtelet en 1739, au Grand Conseil en 1741 et au Parlement la même année, président & mortier en 1755, doyen des présidents en 1780, premier président du Parlement le 12 novembre 1788, membre de TAcadémie des inscriptions et belles-lettres, servit souvent de médiateur entre la Cour et les Parlements, et mourut le 26 janvier 1789.

leur donna à dîner. Les mousquetaires avaient également porté à tous les membres du Grand Conseil des ordres du Roi de se rendre à Versailles, à cinq heures du soir. Là, M. le chancelier leur dit, en termes généraux, que le Roi avait des vues sur eux. Il les livra ensuite à M. de Boynes, qui venait d'être fait secrétaire d'Ëtat, et auquel on avait confié la Marine (1). Celui-ci leur oflFrit à souper, comme leur ancien président et comme conseiller honoraire en leur Cour. Il les garda jusqu'à minuit, leur proposa, au nom du Roi, de remplir la place de l'ancien Parlement, leur annonça leur suppression dans le lit de justice du lendemain, et vint à bout, après bien des difficultés, de leur faire donner leur parole. Le 13 avril, au matin, les princes envoyèrent signifier au Parlement intermédiaire, qui s'en allait, un acte de protestation; ils eurent peine à trouver un huissier qui voulût s'en charger. A la fin, ils en découvrirent un, lequel, ayant été interdit plusieurs fois et n'ayant rien à perdre, se fit donner une pension par M. le duc d'Orléans. Comme le Parlement était prêt à partir, il ne délibéra point sur cette signification. Pendant tout l'après-midi,

(4) Mardi 9 ax^ril. — M. de Saint-FJorentin a été annoncer à M. de Boynes que le Roi le nommait secrétaire d'Ëtat et lui donnait la Marine. Il a accepté. On dit que c'est M. le chancelier qui le nomme; le vrai est que, hier, celui-ci manda à M. de Boynes : « Dormez tranquille, f aurai demain de bonnes choses à vous apprendre, » Cependant cela me paraît mal vu au chancelier; M. de Boynes est homme de loi, homme savant, sachant les formes et très bonne tête ; si la besogne du chancelier échoue, il est très propre à donner un plan qui sauvera l'autorité en perdant l'auteur du projet. Je crois voir une pierre d'attente et un futur garde des sceaux. Il a dit à messieurs du Conseil qu'il serait toujours leur confrère et ne quitterait point la robe pour l'épée.

ÎO avril. — J'ai été voir M. de Bojnes, que j'ai trouvé ne dissimulant pas sa joie. M. d'Aguesseau a fait aujourd'hui son discours des Mercuriales. M. de Boynes, malgré sa nouvelle dignité, a été au palais. (Journal de Moreau.)

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