SÉANCE D£ MESSIEURS DU CONSEIL
aides prit un arrêté pour protester contre le nouveau Parlement, et rendit un arrêt pour défendre aux Élections de le reconnaître, ainsi que les Conseils supérieurs. Elle fit signifier le premier au greffe du Parlement, et en envoya une copie collationnée aux princes et aux pairs. Des observations fuirent adressées à M. de Malesherbes, qui s'attendait depuis longtemps à être exilé, car on publiait partout qu'on se disposait à supprimer la Cour des aides pour en attribuer les fonctions à la Chambre des comptes. Il déclara au chancelier qu'il prenait sur lui tout ce qu'avait fait sa Compagnie, afin que l'on n'en punît pas d'autres. Onnel'écouta point : on voulait perdre cette Cour. Elle fut mandée à Versailles le 27, et on lui ordonna de porter son registre. M. de Malesherbes y alla avec deux présidents et les gens du Roi de la Cour des aides. Le Roi ne leur dit rien, ne les laissa pas parler; mais en leur présence on bàtonna leur arrêt; puis on leur lut un arrêt du Conseil qui le cassait, et qui interdisait l'huissier qui l'avait signifié.
Le 26, les gens du Roi portèrent des lettres de cachet enjoignant au lieutenant civil, à celui de police et aux lieutenants particuliers, ainsi qu'aux gens du Roi, de se trouver à la séance que messieurs du Conseil devaient tenir ce jour-là, comme le Parlement avait coutume de le faire. Le matin même, messieurs du Chàtelet avaient résolu de ne point s'y rendre, et défendu à tous les officiers d'y assister. Néanmoins, ils décidèrent qu'ils obéiraient au Roi, mais n'assisteraient à la séance que les lettres de cachet à la main, et protesteraient en présence même de messieurs du Conseil. Ceux-ci arrivèrent à midi, ne trouvèrent que le peuple en foule et se placèrent. Les lieutenants vinrent ensuite avec les gens du Roi. Quand le lieutenant civil se leva et commença à parler.
on crut qu'il allait reconnattre la séance ou faire un compliment. Le peuple, ignorant les lettres de cachet, hua ces messieurs; mais lorsque le lieutenant civil tira la sienne , ce que firent en même temps les autres lieute- .nants, et déclara qu'il protestait contre sa propre présence, on n'entendit plus que des applaudissements. Le président demanda que l'on appelât les causes; on répondit qu'il n'y en avait point, et la séance fut levée.
Le 30 mars, les princes envoyèrent un mémoire, joint à une lettre de M. le duc d'Orléans. Il fut remis au Roi par Ghevigny, valet de chambre. Sa Majesté lejeta au feu sans le lire, et chargea Ghevigny de le mander à M. le duc d'Orléans. Gelui-ci avait reçu plusieurs lettres des officiers des bailliages de son apanage, qui lui envoyaient leur démission et protestaient de ne jamais reconnaître les Conseils suprêmes. Un écrit intitulé : Observations d'un citoyen parut à cette époque et me fut attribué.
Cependant on annonçait le nouveau Parlement pour la rentrée deQuasimodo. Sans nommer aucun sujet, on indiquait tous ceux qui avaient refusé les places de présidents : M. de Bon en était un; son refus avait été net; M. de Monthelon, procureur général de la Chambre des comptes, etM. delà Briffe, avocat général du Grand Conseil, hésitaient. Or, on crut ou on débita qu'ils avaient accepté ; ils s'en expliquèrent, l'un et l'autre, très positivement : le cri du peuple et celui de la Cour les effrayaient. On continuait à regarder les offices comme injustement confisqués, et les Remontrances se multipliaient ainsi que les arrêts pour défendre d'obéir aux Conseils supérieurs.
Le 7 avril, M. de Malesherbes^ qui était à Malesherbes,
.reçut une lettre de cachet qui l'y exilait. Aussi, le lende-
.main. M, le chancelier, venant de Versailles à Paris à
six chevaux, fut-il insulté au cours par le peuple et par