M. DE SAUVIGNY
discours très touchant demandant la révocation de l*édit et le rappel des exilés.
Le Roi Gnit la séance en disant : « Vous venez d'entendre mes intentions : je veux qu'on s'y conforme. Je vous ordonne de commencer vos fonctions jeudi; mon chancelier va vous installer aujourd'hui. Je défends toute délibération contraire à mes volontéSy et toute représentation en faveur de mon ancien Parle^ ment, car je ne changerai jamais. »
Le premier président fut M. de Sauvigny. Il avait longtemps refusé ; mais le Roi lui avait écrit une lettre tout entière de sa main pour lui ordonner d'accepter. Les quatre présidents à mortier furent : M. de la Bretèche de la Bourdonnaye, M. le Prestre de Château-Giron, M. delà Briffe et le comte de Nicolaï. Au nombre des conseillers étaient quatre avocats. Sur-le-champ, lé chancelier partit pour aller installer le nouveau Parlement; ceux qui n'avaient point été du lit de justice se rendirent à l'hôtel du premier président où était le rendez-vous général. Le palais était bien garni d'exempts et de troupes. Le peuple regardait tout cela avec l'intérêt de la curiosité, et l'installation se fit très paisiblement.
J'entretenais depuis longtemps des relations d'amitié avec M. de Sauvigny et avec sa femme; le soir de sa nomination» j'allai le voir, car il faut rendre des devoirs aux malheureux; il me pénétra de pitié : il n'avait reçu aucun compliment. Dans la conversation, il me dit : « Mon cher Moreau^ j'ai grand besoin de vous : je suis bien ignorant. » Il me proposa d'accepter une charge ; il voulait
prince de Tingrj, lieutenant général des armées, fils aîné du marèchal de Montmorency, né le 30 novembre 4743, mort à Paris le 20 avril 4787. Veuf, en 4744, d'Anne-Sabine-Olivier de Sénozan, il épousa en secondes noces, le 29 décembre 4752, Louise-Magdeléne de Fay, fille du marquis de la Tour-Maubourg, morte le 45 septembre 4754.
intéresser mon amitié pour lui. Je refusai, sans préjudice de cette amitié ; je cherchai à le rassurer et lui promis tous mes services. C'était un honnête homme, droit, mais dont les plans manquaient peut-être d'envergure. Tout dépendait pourtant de ce que ferait le nouveau Parlement, et les choses étaient au point que, si ses actes ne forçaient l'admiration, il ne regagnerait jamais la confiance, et que, si l'on se persuadait qu'il n'était qu'un instrument dans la main des ministres, il était perdu : il fallait qu'il se saisit du plus indispensable des pouvoirs, de celui de la raison et de la bienfaisance ; il fallait qu'il étonnât par la grandeur de ses vues et la justesse de ses idées. A la suite du lit de justice, M. de Fleury (1) donna sa démission de la charge de procureur général; M. Angran (2) n'en voulut point, et ce qui retint un instant l'honnête M. de Fleury, ce fut la crainte de voir tomber cette place à son neveu, avocat général, mauvais sujet décrié, que son père avait cherché à faire enfermer deux ans auparavant, et qui l'eut cependant, malgré lui, quand il se décida à maintenir sa démission. C'était de quoi perdre le nouveau Parlement. M. Séguier et M. Barentin, avocats généraux, se démirent aussi de
(4) Orner Joly de Fleury, né à Paria en 4745, successivenotent procureur général et avocat général au Grand Conseil et au Parle* ment, mort en 4840.
(2) Denis-François Angran d'Alleray, né à Paris en 4745, conseiller au Parlement en 4735, procureur général au Grand Conseil en 4746, lieutenant civil au Châtelet en 4774, conseiller d'État et membre de l'Assemblée des notables en 4787, donna sa démission de lieutenant ciyil quelque temps avant la chute du Parlement, et fut arrêté pendant la Terreur sous l'inculpation d'avoir envoyé de l'argent à ses gendres émigrés. Fouquier-Tinville, autrefois procureur au Châtelet, voulant sauver son ancien chef, lui demanda de nier le fait dont il était accusé. M. d'Alleray refusa de mentir pour conserver sa vie, fut condamné à mort, et périt sur l'échafaudle 18 avril 4794.