LE BON M. CHARPENTIER
savez que le Roi veut établir un Conseil à Châlofis; il m'a demandé une liste des magistrats qui pourraient y être placés. Sur quatre-vingts qui se sont présentés, j'en ai pris dix-huit^ les meilleurs, et j'ai remis la liste au Roi, qui me l'a rendue en disant : « Vous connaissez bien mal votre monde ! » — « Comment, Sire, ai-je répondu, j'ai choisi tout ce qu'il y avait de plus distingué. » — a Si cela était, a repris h Roiy j'y verrais Charpentier; est^e que vous ne le connaissez pas? c'est un des meilleurs juges de mon royaume. » — a Monsei'gneur, le Roi est bien bon; mais il connaît donc tout le monde, s'il me connaît! » — « OA/ bien, bien! il y a moyen de réparer tout; j'ai refait ma liste : vous êtes à la tête. Je voulais que vous fussiez président; mais le Roi s'est fait une loi de ne donner ces places qu'aux intendants; vous serez second président. Comme le Roi se fie à vous, il vous charge de choisir les huit conseillers qui manquent : vous nommerez ceux que vous voudrez à ces places. » Le bon M. Charpentier se confondit en remerciements et accepta. Revenu chez lui, il conta tout à sa femme, qui voulut lui persuader qu'il n'était qu'une bête. Il la crut, comme il avait cru le chancelier, et écrivit à celui-ci pour refuser la place de deuxième président.
M. d'Albertas 61s me mit également au courant de la manière dont M. le chancelier s'y était pris, pour engager M. de Bon à se laisser porter à la première présidence : il lui avait montré les lettres équivoques que MM. d'Albertas lui avaient écrites quand on leur avait offert une charge à eux-mêmes, alors que, n'étant pas encore au courant de l'affaire, ils ne savaient s'ils devaient accepter ou refuser. On avait aussi mandé à Paris le président d'Aiguilles; mais lui, en partant d'Aix, était bien décidé à n'écouter aucune des propositions qu'on lui ferait. Pourquoi donc le chancelier n'avait-il pas laissé
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à chacun la. faculté de s'instruire et de se déterminer librement? Agir comme il l'avait fait, c'était discréditer une besogne qui aurait pu être bonne à bien des égards.
Cependant le calme se rétablit peu à peu, et presque tous les princes exilés se réconcilièrent avec le Roi. Le prince de Gondé s'y décida vers la fin de Tannée 1772. J'appris cette réconciliation chez Mlle de Thil, le 7 décembre. La veille, il était allé à Versailles; Sa Majesté l'avait reçu au milieu de ses enfants, sans aucun ministre, et lui avait dit : a Mon cousin^ je suis bien aise que vous m'ayez mis dans le cas de vous voir : vous avez bien des o(/tgâtions au comte de la Marche, n Effectivement, c'était celuici qui avait amené le raccommodement : il avait dressé la lettre qui avait été signée. Cette lettre avait été communiquée aux autres princes, qui cherchèrent à y changer quelque chose; mais le prince de Condé ne le voulut pas souffrir. M. le chancelier ne fut pour rien dans ce rap* prochement, et bientôt on intrigua pour obtenir le rappel de M. le duc d'Orléans sans qu'il en eût l'honneur : M. le duc d'Aiguillon alla au Temple; les princes le virent, et enfin le duc d'Orléans et le duc de Chartres écrivirent au Roi une lettre par laquelle, tout en frondant la besogne du chancelier et en persistant dans l'improbation de son ouvrage, ils promettaient la soumission de leurs démarches. Ils furent bien accueillis à Versailles, où ils allèrent faire leur cour le 28 décembre. Le jour même, on distribua au Palais-Royal une copie de leur lettre à Sa Majesté, et l'on envoya, chez tous les notaires de Paris, une note imprimée pour annoncer cos événements, qui mirent au désespoir ceux qui avaient terminé leur liquidation. Il courut alors des chansons très bêtes contre M. le prince de Condé.
Le prince de Conti ne voulut point consentir à se sou-