‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 45 sur 307 · DE LA MAGISTRATURE ACTUELLE · texte numérisé non relu

DE LA MAGISTRATURE ACTUELLE

de Sa Majesté, qui lui demanda : « Que venez-vous faire ici? 3 Le premier président eut, dit-on, gueule morte. Le fermier général Augeard, fort lié avec M. de Lamoignon, prétendit, au mois d'avril suivant, qu'il y avait des mouvements et des intrigues pour le retour de l'ancien Parlement.

Ce fut vers cette époque, et immédiatement avant la mort de Louis XY, que je composai un opuscule intitulé : De la magistrature actuelle (1). Ce n'était qu'un plan dont l'exécution paraissait résolue, mais qui échoua après que H. de M aurepas eut été mis à la tète des affaires. Il contenait un exposé très sincère et très curieux des inepties, des fautes, de la maladresse et même de la mauvaise foi de ce chancelier de Maupeou qui, maître de réduire à l'aide des lois le Parlement de Paris dans un moment où celui-ci avait tous les torts, aima mieux, par l'usage du pouvoir le plus arbitraire, détruire toute la magistrature du royaume, qu'il ne tenait qu'à lui de réformer.

On verra bientôt que M. de Maurepas, pour la rétablir, ne prit pas un parti plus régulier, et ne fit qu'une nouvelle plaie au gouvernement monarchique qui nous échappait; mais je puis attester, et je suis en état de démontrer que, lorsque Louis XY tomba malade, il était résolu à renvoyer le chancelier, à épurer son Parlement si mal composé et si décrié, à réunir à cette Compagnie tous les meilleurs sujets de l'ancienne, qui ne demandaient pas mieux que d'y reprendre leurs offices, et enfin à réconcilier avec les princes et les pairs ce nouveau corps de magistrature, sans toucher aux autres Parlements, dont les provinces n'avaient qu'à se louer. L'exécution de ce projet avait déjà été confiée au duc d'Aiguillon; on trou-

(4) N<* XL du catalogue des ouvrages de Moreau.

vera, à côté du mémoire dont je viens de parler, les pro^ jets, d'édits qui n'attendaient plus que le dernier mot du Conseil : toutes ces pièces prouveront, au moins, qu'alors le mal causé par le chancelier de Maupeou était encore réparable. M. d'Aiguillon,, neveu de M. de Maurepas, espéra sans doute que ce ministre principal adopterait ce plan, et, pour revoir toute cette besogne, il me donna un rendez-vous. Au jour indiqué, comme je l'ai déjà raconté, je lui portai mon portefeuille , et c'est alors que j'appris par lui qu'il était chassé.

J'ignore encore si ce fut la paresse de M. de Maurepas qui lui fit prendre un parti si contraire à l'intérêt de la chose publique, ou si ce fut la nouvelle reine qui, se flattant de rétablir le règne des Ghoiseul, voulut éloigner un ministre dont ils avaient toujours été ennemis déclarés et implacables. Ce que je sais, et ce qui pourrait favoriser la première hypothèse, c'est que M. d'Amécourt, ami et confldent de M. de Maurepas, m'a dit que ce ministre, décidé à faire rentrer tout le Parlement, sans condition, à la Saint-Martin 1774, lui avait répété plus d'une fois : K Mon amiy il ne faut pas chercher ici quid melius^ mais quid facilius. »

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