NÉGOCIATIONS POUR LE RETOUR DE L'ANCIEN PARLEMENT
des démarches : les anciens Parlementaires relevaient la tête, et tout indiquait le prochain retour de l'ancien Parlement. Bientôt on apprit que les anciens magistrats avaient envoyé des mémoires à M. le duc d'Orléans. Lui, de son côté, avait fait travailler et avait tout porté au Roi, à qui il avait cherché à persuader qu'il était de sa gloire et de sa clémence de faire revenir le Parlement. Tout ce qui environnait la Reine ne souhaitait rien tant que ce retour, entre autres l'abbé de Yermond, dont la grande envie était de gouverner. Le parti Choiseul avait repris toutes ses espérances, et faisait de nouveaux efforts plus vifs que jamais. J'ai su, par M. de Montbel (1), que M. le comte d'Artois, môme avant son mariage , s'exprimait avec beaucoup de licence sur le nouveau Parlement, et sur la nécessité de rappeler l'ancien, ainsi que M. de Choiseid. M. de Montbel et M. de Fougens, qui ne le quittaient pas, lui demandaient quelquefois : « Qu'est-ce qui peut vous donner des préventions aussi peu respectueuses pour le Roi^ votre grand-père? d Mais ils savaient bien que tout se traitait dans l'intérieur^ et que le jeune prince ne répétait que ce que lui disait Mme la Dauphine, sa belle-sœur. Le Roi remit tous les mémoires à M. de Maurepas. Ce ministre, qui, depuis longtemps, voyait quelaReincle traitait très froidement comme oncle de M. d'Aiguillon et comme destiné à contre-balancer la clique des Choiseul, paraît avoir saisi cette occasion de se remettre en selle, et de plaire également à la Reine et à la plus nombreuse partie de la Cour; il voulut arranger l'affaire du Parlement, et eut un travail sur cela avec le Roi. Tous les anciens Parlementaires convenaient de leurs torts, acceptaient toutes les conditions qu'on leur imposerait; le
(i) Le marquis de Montbel était gentilhomme d*honneur du comte de Provence.
chancelier étfdttrès en peine et intriguait pour parer le coup. Quant au contrôleur général, qui était encpre l'abbé Terray, il n'ignorait pas qu'il était grandement question de négociations sur le Parlement, mais elles ne passaient pas par lui. Il me dit un jour : m Je ne traverserai jamais la besogne du chancelier, mais je n'aurai jamais aucune confiance en lui : voilà le vrai. 9
Le duc de Laval (1) me demanda mes idées et mes principes sur cette grande affaire qui l'inquiétait. Je les lui expliquai, et lui lus le projet d'édit que j'avais composé plus de deux mois auparavant, et dont le duc d'Aiguillon aurait fait grand usage s'il eût conservé sa place. Il en fut enchanté et écrivit, en ma présence, une lettre à Monsieur pour l'engager à prendre quelque connaissance de cette importante question. Pourtant, dans ce moment-là, il n'était pas trop bien avec ce prince, qui le regardait comme un des féaux de Mme du Barry ; mais il désirait se rapatrier avec lui en lui montrant de l'affection et surtout en le servant. Il lui offrit donc ou de l'aller voir ou de lui envoyer un mémoire, et m'engagea à l'écrire. Je le lui promis et je tins ma promesse (2). Ce mémoire ne pouvait me compromettre : il ne contenait que des faits historiques et des principes généraux. J'ai su, par le duc de Laval, que le chancelier mourait de peur, avait vu M. de Maurepas et lui avait dit : n Eh! mais, si on les mène cil, vous pensez^ j'aurai à me louer d'avoir rétabli l'autorité du Roi: c'est à quoi je les attendais. » Cet homme voulait avoir l'air de travailler à la besogne.
(4) Guj-André-Pierpe de Montmorency, duc de Laval, né le 21 septembre 1723, marié, le 28 décembre 1740, à Jacqueline-Hortense de Bullion, mort en 1798.
(2) Mémoire composé en 1774 pendant que M. de Maurepas tra- Taillait à faire revenir l'ancien Parlement. (N* XLI du catalogue des ouvrages de Moreau.)