‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 48 sur 307 · INQUIÉTUDE DU PRÉSIDENT DE SAUVIGNY · texte numérisé non relu

INQUIÉTUDE DU PRÉSIDENT DE SAUVIGNY

Le l*' juillet, Mme de Sauvigny vint me voir; elle feignit une visite d'amitié» mais c'était une visite d'affaires. Elle me dit que son mari avait été trouver le chancelier, et qu'il n'en était pas extrêmement content, qu'il ne lui avait pas dissimulé les mouvements ni le danger. Nous décidâmes que je dresserais une lettre que son mari écrirait au Roi sur sa position actuelle. Je la lui remis le dimanche suivant : elle était pleine de respect , de vérité, de principes, et, en même temps, écrite avec dignité et chaleur. La première présidente en fut très con-* tente; elle mourait d'envie que son mari l'écrivît et fit tous ses efforts pour cela, sans réussir. Ce même jour, le premier président alla chez le chancelier, auquel, par ordre de sa Compagnie, il avait envoyé la veille une lettre destinée à être mise sous les yeux du Roi. Le chancelier lui affirma que Sa Majesté l'avait chargé de lui dire d'exhorter sa Compagnie à être sans inquiétude. Malgré cela, le premier président n'était pas rassuré, et il convenait que le chancelier ne lui avait parlé que de manière à lui laisser entendre que, s'il se faisait quelque chose, ce serait de concert avec lui. Les conseillers du Parlement n'avaient pas non plus l'air tranquille , quoiqu'ils l'affectassent. L'abbé de Lucker (1) raconta, à

(1) 9 mars 1775. — M. de Sainte-Hermine est arrêté dans son projet de mariage avec Mlle de Polignac : il avait gagné sa cause contre les héritiers de Mme d'Orgeyille et au Ghàtelet et au Parlement intermédiaire. M. de Melfort, seul, n'avait pas été en cause devant cette dernière Cour, parce qu'après le jugement du Cbâtelet, il j avait acquiescé et avait donné sa parole d'honneur de ne point en appeler. L'intrigne se mêle maintenant de cette affaire : on se souvient que la sœur de M. de Sainte-Hermine est Mme de Lucker, belle-sœur de l'abbé de Lucker, conseiller au Parlement intermédiaire. On veut détruire l'ouvrage et de cette Cour et du ChAtelet; on a engagé M. de Melfort à interjeter de nouveau appel de la sentence; on veut faire juger l'affaire au Parlement. — 29 avril 1775. M. de Sainte-Hermine a fait en règle la demande de Mlle de Polignac. Cependant le procès

Mme de Sauvigny et à moi, qu'un de ses confrères avait été rencontré au Palais-Royal par un homme inconnu, qui, lui mettant le poing près du visage, lui avait dit :

« Aht b , tu vas être chassé avec tou^ ces gueux-là I »

Cependant on débitait partout, dans Paris, que le premier président avait reçu une lettre du chancelier, qui lui mandait que le Roi était fâché des bruits qui couraient, et engageait les membres de son Parlement à continuer de le servir et à compter sur sa protection royale. Il n'en était rien : cette Compagnie n'avait d'autre assurance que ce que le chancelier avait dit au premier président. Néanmoins, le Parlement était plus calme : on était un peu honteux des alarmes que Ton avait prises, et on voulait remonter ses actions en marquant de la confiance. Les anciens Parlementaires, d'ailleurs, commençaient à parler moins haut, et disaient même qu'ils n'avaient pas consenti à rentrer aux conditions qu'on leur avait proposées. Le chancelier avait Tair triomphant : on racontait que les négociations, dont on avait fait tant de bruit, s'étaient réduites à ceci : M. le duc d'Orléans avait effectivement donné un mémoire au Roi, qui l'avait communiqué au chancelier. Celui-ci y avait répondu, et, ce mercredi si célèbre, le Roi avait remis la réponse à M. le duc d'Orléans, qui, après l'avoir fait examiner par ses adhérents, vint retrouver Sa Majesté et lui dit : « Cette réponse est de notre ennemi que nous récusons; il nous faut un homme neutre, avec qui nous puissions traiter. » Le Roi confia

pour la succession de Mme d'.Orgeville recommence, et raccommodement avec M. de Melfort ne tient pas. — 23 mai 1775. J'ai vu passer toute la noce de M. de Sainte-Hermine et de Mlle de Polignac. Le mariage s'est fait chez M. de La Vrilliëre. 11 j avait un monde innombrable'. M. le comte d'Artois a donné à M. de Sainte-Hermine la survivance de la charge de premier écujer et même l'exercice ; il aura les livrées et les chevaux, et a prêté serment. (Journal de Moreau.)

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