CHAPITRE PREMIER
Débuts du règne de Louis XVI. — Rappel de M. de Maurepas. — La petite marquise de La Fajette. — La princesse de Conti. — Remise du don de jojeux ayènement. — Les nouvelles monnaies. — Réponse du Roi à M. de Bojnes, & M. de Belsunce, au duc de Noailles. — Nominations dans la maison du Roi et dans celle de la Reine. — M. de Pontécoulant. — Opinion da duc d'Aiguillon sur Louis XVI. — Démission du duc d'Aiguillon. — Maurepas, le Chasse-cousin. — M. Bertin chargé par intérim des affaires étrangères. — M. de Vergennes, ministre des affaires étran-» gères. — Le maréchal du Muj, ministre de la guerre. — Mme de Cré(juy. — MM. du Blesel et de Chois j reçoivent le Cordon rouge. — Noirceurs sur Mme de Vergennes. — Réceptions du Parlement, de la Ville et de la Chambre des comptes. — Les poissardes & la Meute. — Retour et départ de M. de Choiseul. — Inoculation du Roi. — Calomnie contre M. de Sartine. — Un roué, le chevalier de Maupeou. — La liste des censeurs. — La Cour à Marlj. — Propos du Roi sur le comte d* Artois. — Le chevalier de Tollendal.
Au moment où je reprends ces Mémoires, le prince que, dans la première partie de Mes Souvenirs^ je désignais sous le nom de M. le Dauphin, vient de monter sur le trône et est devenu notre maître; on espérait alors que ses vertus consoleraient la France et répareraient nos pertes. Dès son avènement (10 mai 1774), il avait annoncé
la plus grande bonté et les plus droites intentions ; aussi l'enthousiasme pour lui fut- il bientôt à Paris dans sa plus grande force : on l'aimait à la folie. La procession de la Fête-Dieu attira, cette année-là, toute la capitale à Passy ; les croisées s'y louaient un louis, et, malgré la présence du Saint Sacrement, on cria beaucoup : Vive le Roi!
Celui-ci, au lendemain de la mort de Louis XV, avait fait envoyer à M. de Sartine (1) Tordre de se rendre auprès de lui, et ce qu'il lui avait principalement recommandé avait été le soin des mœurs et le pain des pauvres : il voulait que les pauvres pussent toujours manger le pain à deux sous. L'un de ses premiers actes fut également de supprimer l'extraordinaire de la bouche, et de congédier cette foule de gens chargés de la fourniture des voyages : « Je nourris ma famille, dit-il, mais simplement. » Il tint parole : sa famille et la Cour furent traitées à Ghoisy frugalement et sans faste.
Dans ce même temps, il écrivit à M. de Maurepas (2) que, les circonstances l'éloignant de ses ministres, il ne pouvait mieux faire que d'avoir recours à lui pour prendre les connaissances qui lui étaient nécessaires sur l'administration, et l'invita à venir à Choisy. M. de Maurepas y alla et travailla longtemps avec le Roi. Cet événement
(1) Nous ne reproduirons pas dans ce second volume les notes biographiques qui se trouvent au premier.
(2) Jean-Frédéric Phélipeaux, comte de Maurepas, fils de Jérôme Phélipeaux, comte de Ponchartrain, né à Versailles le 9 juillet 1701, secrétaire d*État en 1715, ministre de la maison du Roi en 1718 et de la marine en 1723; ministre d'Etat en 1738. Exilé par Louis XV en 1749, il fut rappelé, vingt-cinq ans plus tard, par Louis XVI, qui ie nomma ministre d'État et président du Conseil sans portefeuille; il mourut en octobre 1781. Il avait épousé, le 19 mars 1718, Marie- Jeanne Phélipeaux, fille de Louis Phélipeaux, seigneur de la Vrilliére, et de Louise de Maillj, née en mars 1704, morte en 1791, dont il n'eut point d'enfants.