‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 6 sur 307 · M. DE MAUREPAS · texte numérisé non relu

M. DE MAUREPAS

était l'effet des ressorts que M. le duc d'Aiguillon (1) avait fait jouer par Madame Adélaïde, auprès de laquelle il était assez bien servi par Mme de Narbonne (2). Cette princesse aimait M. de Maurepas, et elle lui dit, quand elle le revit, qu'elle ne le trouvait nullement changé; cependant il avait soixante-quatorze ans. Beau-frère de M. de la Vrillière, onde et ami de M. d'Aiguillon, il semblait vraisemblable qu'il les soutiendrait.

M. de Maurepas retourna à Ghoisy le 15 mai et proposa Bon marché : il ne veut ni rentrer au Conseil sans dépar* iement, ni département qui puisse l'y faire entrer; il n'accepte aucune relation avec la famille royale et tient à n'être l'organe d'aucune grâce. A ces conditions, il offre de travailler avec le Roi dans son cabinet, tant qu'il voudra. On le fit pourtant revenir sur sa décision, et un Conseil d'État ayant eu lieu le 20 mai, il y siégea à la grande satisfaction de tout ce qui n'était point Choiseul. Il n'était plus question de ce dernier ; aussi, tous ses partisans avaient l'oreille basse et commençaient à être mécontents. On entend leur langage : « On a été surpris.

(1) Emmanuel -Armand de Vignerot du Plessis- Richelieu, duc d* Aiguillon, pair de France, fils d'Armand-Louis, duc d'Aiguillon, et d' Anne-Charlotte de Grussol-Florensac, né le 31 juillet 1720, d*abord gouyerneur d'Alsace, puis, en 1756, de Bretagne, contribua & l'exil du duc de Choiseul, lui succéda au ministère des affaires étrangères en 1771, fut disgracié à l'ayènement de Louis XVL et mourut en 1780. Il avait épousé, le 4 février 1740, Louise-Félicité de Bréhan-Mauron, nièce de Mme de Maurepas et du duc de la Vrillière.

(2) La comtesse, puis duchesse de Narbonne, d'abord dame d'honneur de Madame Louise-Elisabeth de France, duchesse de Parme, fille de Louis XV, devint, à la mort de cette princesse, dame d'atour, puis dame d'honneur de Madame Adélaïde. En 1791, elle la suivit en exil, perdit tous ses biens, et néanmoins, à la mort de sa royale maîtresse, montra le plus grand désintéressement en renvoyant & Louis XVHI et à la duchesse d'Angoulême tout ce qui lui revenait par droit de sa charge. Elle mourut en 1821.

répétait la petite marquise de La Fayette (1) d'après son papa, que le nouveau règne n'ait pas débuté par des actes de clémence. » Peut-être le caractère hardi et léger de M. de Gboiseul et ses anciennes prodigalités avaient-ils effrayé le Roi» et la Reine, que Sa Majesté aimait tendrement, avait moins de crédit que n'en avaient espéré les amis du duc. On assurait qu6 Louis XYI avait dit dans son intérieur : fi Je ne sais ni lire ni écrire : an ne m'a rien appris; j'ai pourtant lu un peu d'histoire^ etcequefaivu^&est que ce qui a toujours perdu cet État<i, a été les femmes légi^ times et les maîtresses. » Vers ce moment-là, Mme la prin^ cesse de Conti (2) vint à Choisy trouver le Roi; la Reine était avec lui et proposa de se retirer; la princesse de Conti la supplia de rester, mais le Roi ne la retint pas, et elle sortit. Ce que voulait la princesse, c'était obtenir pour M. le prince de Conti (3) la permission de faire sa cour au Roi ; celui-ci répondit : a fai trop de respect pour

(1) Marie-Adrienne-Françoise de Noailles, née le 2 novembre 1759, seconde fiilede Jean-Paul-François de Noailles, duc d'Ajen, puis duc de Noailles, et d'Henriette- Anne-Louise d'Aguesseau de Fresnes; épousa, le 11 avril 1774, Marie-Joseph-Paul- Y ves-Roch-GilbertMotier, marquis de La Fayette, et mourut le 24 décembre 1807. — Jeudi 14 avril 1774. J'ai été voir & sa toilette la jeune marquise de La Fayette que j'ai trouvée causant, raisonnant comme une grande personne : cela à quatorze ans et demi. (Journal de Moreau.)

(2) Louise-Elisabeth de Bourbon-Condé, fille de Louis III, prince de Gondé, et de Louise-Françoise de Bourbon (Mlle de Mantes), née le 22 novembre 1693, épousa, le 16 juillet 1713, Louis-Armand de Bourbon, prince de Conti, mort le 4 mai 1727.

(3) Louis-François de Bourbon, prince de Conti, né le 13 août 1717, gouverneur du Poitou en 1732, lieutenant général en 1735, servit en Bavière, sous le maréchal de Belle-Isle, en 1741, commanda en Piémont en 1744, eut de brillants succès dans la campagne d'Allemagne en 1745 et dans celle de Flandre en 1746 , fut nommé grand prieur de France en 1749. Mal en Cour par suite d'intrigues et de jalousie, il fit une vive opposition au parlement Maupeou et mourut en 1776. Il avait épousé, le 22 janvier 1732, Louise-Diane d'Orléans, princesse du sang, née le 27 juin 1716 et morte le 26 sepembre 1736.

Page 1