REMONTRANCES AUX UNS ET AUX AUTRES
Je l'assurai que j'étais sur le point d'en terminer un autre» qui renfermerait tout ce qui était capable de calmer l'effervescence des partis, et je lui promis de le lui montrer. Je faisais allusion à un petit écrit, également destiné à Monsieur, et que j'intitulai : Remontrances aux uns et aux autres y ou Lettre d'un magistrat à son ami (1). Cet ouvrage, comme celui que j'avais composé au mois de juillet précédent, pendant que M. de Maurepas travaillait à ramener sans aucune espèce de condition l'ancien Parlement, démontre que l'opération de ce ministre pour faire rentrer l'ancienne magistrature, fut aussi irrégulière que celle par laquelle M. de Maupeou l'avait détruite, et peutêtre encore plus impolitique et plus dangereuse : cette mauvaise besogne, en rétablissant l'aristocratie parlementaire, préparait les malheurs du règne de Louis XVI. L'objet de mes Remontrances aux uns et aux autres était de donner à notre prince des idées justes sur les affaires du Parlement, de .l'éloigner également de tous les partis, et de fixer son opinion sur les vrais principes d'une monarchielréglée.parl^s lois, et à laquelle tout ce qui s'en écartait pouvait porter des coups meurtriers; je voulais aussi le mettre en état de participer à des délibérations, et d'opiner même, s'il le ^allait','dans dés assemblées de Chambre qui menaçaient de devenir tnès orageuses. .Cf^ jeune prince était né avec beaucoup d'esprit ;. il avait :lu' tout ce que j'avais écrit, pour, terminer l'éducation de son malheureux frère et la sienne ::en lui présentant, de.graades.etimportantes vérités, je cherchai à les revêtir de.toutes les grâces d'un style propre à les fixer dans son esprit. La morale de cet opuscule, est bien simple : entre deux pouvoirs moraux qui se combattent, le plus faible sera toujours
(!) N"" XLl du catalogue des ouvrages de Moreau.
celui qui se donnera tous les torts. Je reniis mon manuscrit à Monsieur dans le courant de janvier; je le fis avec d'autant plus d'empressement que Gromot venait de me confier que ce prince l'avait étonné par la manière dont il lui avait exposé sa doctrine sur le Parlement et sur ses prétentions : je m'étais aperçu avec joie qu'il avait pris cela dans le mémoire que j'avais composé sur l'historique de cette Compagnie, et qu'il avait très bien saisi mes principes.
M. l'archevêque de Paris m'ayant averti que le projet de messieurs du Parlement était de faire des protestations contre les édits et contre l'enregistrement en lit de justice, et de les faire avec les princes et les pairs, je demandai une audience à Monsieur par l'intermédiaire de La Motte (1), son valet de chambre, et je l'entretins de ces protestations. Je lui montrai tous les inconvénients d'une pareille conduite, et lui dis qu'à mon sentiment, il n'y avait là-dessus que trois partis à prendre : ou ne pas aller au Parlement, ou protester contre ces protestations mêmes et faire mettre son avis sur le registre, ou sortir lorsqu'il verrait que Ton se réunirait pour les faire et inviter tous les bons sujets du Roi à le suivre. Il me parut sentir la vérité de ce que je lui expliquais, mais craindre, être incertain, et n'oser se déterminer que d'après les ministres. L'assemblée des princes et des pairs au palais eut lieu quelques jours après : on y prit un arrêté qui équivalait à une protestation; il déplut fort à la Cour, et Itfonsieur, en particulier, n'en sembla pas content.
Ce prince marquait une délicatesse infinie dans sa manière de récompenser ses serviteurs. Après que Cromot, son surintendant, lui eut obtenu à Fontainebleau
(1) Quatre-Sous de la Motte de Ghenej, premier yalet de chambre du comte de ProTence.