RENTRÉE DU CHATELET
un supplément d'apanage, il lui conunanda de faire reproduire son portrait, et de le mettre sur une botte, la plus simple qu'il pourrait trouver : « Je désire Voffrir à une personne qui ne veut que mon portrait, et qui en sera plus flattée que d'un présent fort riche. » Cromot s'excusa sur ce que les secrétaires des commandements pourraient prétendre que ce soin les regardait, mais le prince lui renouvela son ordre d'une façon très précise, et lui indiqua le portrait qui figurait sur la boîte de H. de Montesquiou comme étant le plus ressemblant. Cromot le fait copier et le place sur une boîte de corne de six livres. Il le porte à Monsieur, qui l'invite à s'asseoir auprès du feu pour lui rendre compte des affaires dont il a à traiter avec lui. Pendant ce temps-là, Monsieur était à son bureau et écrivait quelques mots. Le travail fini, il passe la boite à Cromot et lui dit : a Reprenez-la; il y a quelque chose à retoucher. Vous trouverez dedans mes ordres. » Un instant après, il se ravise : « Mais non, vous pouvez les lire dès à présent. » Cromot ouvre la boîte et voit ces mots : « Je vous ai trompé, la boite est pour vous; vous êtes très content , j'en suis sûr, mais je ne le suis pas. Je sais que vos frais de bureau consomment une partie de vos appointements : cela n'est pas juste, et j'ordonne à mon surintendant de les rembourser à M. Cromot sur les revenus de mon apanage, »
Le 30 décembre, on avait enregistré l'édit de rétablissement du Châtelet, par lequel on réintégrait les anciens ! officiers sans renvoyer les modernes. La rentrée de cette
I Compagnie fit le plus grand bruit : l'ancien Châtelet s'as-
sembla, refusa l'entrée à ceux qui composaient le tribunal depuis quatre ans, et les laissa attendre jusqu'à quatre heures du soir. On les obligea ensuite à communiquer leurs provisions, et à entendre debout l'arrêté qui portait qu'ils ne seraient admis que provisoirement, et jusqu'à ce
que le Roi leur eût donné de nouveaux titres. Le lendemain, rentrée publique; l'avocat du Roi, d'Esprémesnil (1), dans son discours , couvrit d'ignominie les opérations de Louis XV , et soutint que ceux qui lui avaient obéi étaient sans titre. Il les interpella d'avouer ce qu'il disait, et de se lever s'ils y acquiesçaient; ils se levèrent, et alors il s'écria : « 0 patrie^ reçois leur serment... y etc. » C'est ainsi qu'on crut les tenir par une nouvelle prestation de serment. En un mot, de tous les côtés, le feu roi recevait des injures, et le public était bien averti que c'était désormais au Parlement qu'il fallait obéir. Les provisions des avocats du Roi actuels du Chàtelet furent expédiées sur les démissions de ceux qui l'étaient en 1771 : on se conduisit en tout comme si le feu roi n'avait pu rien faire de ce qu'il avait fait.
(1) Jean-Jacques DuTal d*Esprémesnil, né en 1746 à Pondichéry, aTOcat du Roi au GhAtelet, conseiller au Parlement de Paris, se rendit populaire par la violente opposition qu'il fit à la Cour» demanda avec instance la convocation des États généraux, fut exilé en 1788 à Tlle Sainte-Marguerite ; rappelé, nommé député de la noblesse de Paris aux Etats généraux mais bientôt débordé par les passions du jour, il perdit sa popularité, se retira dans ses terres, futtradqit devant le tribunal révolutionnaire, condamné à mort et exécuté en 1794. •