‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 69 sur 307 · MM. DE BELLËGARDE ET DE MOUTIER · texte numérisé non relu

MM. DE BELLËGARDE ET DE MOUTIER

contre l'arrêt du Conseil de guerre par lequel lui et son beau-frère, M. de Moutier, avaient été condamnés quelques années auparavant. On ordonna l'élargissement provisoire de M. de Bellegarde, et on nomma six commissaires du Conseil pour juger de nouveau, et mettre le Conseil des dépêches en état de prononcer : si bien que, d'un côtéj on choisissait des gens de robe pour réformer ce qui avait été fait par un conseil de guerre, et que, d'un autre côté^ ou admettait la requête de M. deLally (i), qui

le règne d'un souverain aussi vertueux. > (Marie-Antoinette et sa famille, par M. DE Lescure, page 205.) — M. de Bellegarde était colonel et inspecteur d'artillerie, et son beau-frère, j)ropriétaire de forges k Saint-Etienne. Ils avaient été condamnés tous deux, sous le minis" tére du duc d'Aiguillon, & vingt ans et un jour de prison, pour avoir réformé dans les arsenaux de France, d'après un ordre de M. de Choiseul, un nombre considérable de fusils, livrés comme n'ajant que la valeur du fer, tandis que la plus grande partie de ces fusils furent à l'instant vendus aux Américains et embarqués.

(1) Trophime Gérard, comte, puis marquis de Laîlj-Tollendal, né à Paris en 1751, fils de Tbomas-Artbur de Lally, seigneur de Tollendal, et de Félicité Crafton (d'après son extrait de baptême cité dans sa Lettre à Messieurs du Conseil du 2 septembre 1768; son état avait été longtemps contesté, notamment par la comtesse de la Heuse, nièce de Lallj, qui se désista ensuite, et par Duval d'Esprémesnil), fut capitaine de cuirassiers, grand bailli & Étampes, député de la noblesse de Paris aux États généraux, quitta l'Assemblée après les journées des 5 et 6 août 1789, se retira en Suisse, & Goppet, revint en France, en 1792, dans l'intention de combattre les jacobins, fut arrêté après le 10 août et conduit à l'Abbaye, parvint à s'échapper, se réfugia en Angleterre, écrivit à la Convention pour solliciter l'honneur de défendre Louis XVI, rentra en France sous le Consulat, se tint & l'écart jusqu'à la Restauration, suivit Louis XVIII à Gand, fut nommé pair de France en 1815, membre de l'Académie française en 1816, et mourut en 1830. — En 1777, il travaillait & obtenir la revision du procès du comte de Lallj-ToUendal. Moreau écrit dans son Journal, k la date du 28 avril de cette année-là : J'ai été à Versailles au lever de Monsieur, avec qui nous avons beaucoup parlé de l'affaire du jeune Lalljr pour réhabiliter la mémoire de son père. — Il s'adressa pour cela au Conseil du Roi, et le 21 mai 1778, à la suite de trente-deux séances des commissaires, le Roi, de l'avis unanime de soixante-douze magistrats, cassa l'arrêt du parlement de Paris du 6 mai 1766, qui avait condamné Lally à être décapité, et ren-

demandait un conseil de guerre pour défaire ce qu'avait fait le Parlement. A la fin de l'année 1762» j'avais été chargé de la défense de son père, cette célèbre victime du despotisme de la multitude. Mmes de Rochechouart et de Maulde avaient fait transporter chez moi, rueVivienne, tous les papiers de ce malheureux; M. de Saint- Priest, intendant de Languedoc et ami de l'accusé, venait travailler avec moi. Tout d'abord, on essaya d'effrayer mes amis sur mon compte, et Mme de Périgord fit ce qu'elle put pour me faire renoncer à m'occuper de cette cause. Dans la suite, l'intrigue me l'enleva et la confia à M. Aubry. On connaît les mémoires qui ont si mal saisi et si maladroitement présenté l'apologie de cet infortuné général. J'ose me flatter que, si l'on ne m'avait pas arraché des mains les armes que j'avais déjà prises pour sa défense, M. de Choiseulet M. deBussy (1) auraient inutilement tenté de le sacrifier.

voja TalTaire au parlement de Rouen pour j être examinée de nouveau. Bientôt M. de Lally, redoutant Tesprit de corps et surtout les manœuvres de d'Esprémesnil, reçu partie intervenante au procès comme neveu de Duval de Leyrit, en son vivant conseiller en la Chambre du conseil à Pondichéry, fit casser huit arrêts déjÀ rendus par ce parlement et demanda d'autres juges. L'affaire fut déférée au parlement de Dijon, qui, le 23 aoûti7S3, après quarante-neuf séances consécutives, confirma la sentence du parlement de Paris. Lally dénonça immédiatement au Roi et à son Conseil le nouvel arrêt rendu contre la mémoire de son père, et en sollicita la cassation. Sa requête ne fut portée au Conseil du Roi qu'en 1786, et l'arrêt du parlement de Dijon fut cassé, comme l'avait été celui du parlement de Paris.

(1) Charles-Joseph Pâtissier, marquis de Bussj-Castelnau, né & Bussjr, prés de Soissons, en 1718, servit aux Indes orientales, fut nommé brigadier des armées du Roi en 1758, maréchal de camp en 1765; fait prisonnier par les Anglais, ramené en Angleterre et mis en liberté sur parole, il vint à Paris au moment du procès de Lallj, et ils s'accusèrent mutuellement dans leurs mémoires. Bussj devint dans la suite lieutenant général, reçut un commandement en Orient et mourut k Pondichéry en 1785.

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