‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 71 sur 307 · II · texte numérisé non relu

II

L'archiduc fut de toutes les parties, assista à tous les spectacles, où on l'applaudissait beaucoup; mais il excita une grande tracasserie à Versailles : comme il n'était là que sous le nom de comte de Burgau, les princes du sang n'allèrent point le voir, et au contraire attendirent sa visite. La Reine exigea qu'ils lui fissent la première; ils ne le voulurent pas. M. le duc d'Orléans alla trouver le Roi pour s'expliquer; suivant les uns, Sa Majesté le renvoya à la Reine ; suivant les autres , le Roi approuva la prétention des princes. Gela n'empêcha pas que la Reine n*eût été extrêmement offensée et n'eût boudé. Cet archiduc était un fort sot enfant, disait-on. On donna en son honneur, le lundi 20 février, un très beau ballet : c'était la Fête du château. La Reine dansa deux fois ce ballet; le vicomte de Noailles et Mme de Mortemart étaient le seigneur et sa femme; la Reine, une Anglaise . La danse ne cessa qu'à quatre heures du matin.

Monsieur et M. le comte d'Artois avaient aussi fait préparer, dans le manège de l'écurie, une fête qu'ils voulaient offrir à l'archiduc le lundi gras 27 février; la Reine, toujours piquée contre les princes, exigea que Mme la duchesse de Bourbon (1), qui devait y danser, fût dépriée. Monsieur et M. le comte d'Artois en furent au désespoir; ils le dirent à qui voulut l'entendre, et firent les excuses les plus tendres à Mme la duchesse de Bourbon. Les princes du sang jurèrent qu'ils n'iraient

(1) Louise-Marie-Thérèse-Bathilde d'Orléans, fille de Louis-Philippe, duc d'Orléans, et de Louise-Henriette de Bourbon-Gonti , née le 9 juillet 1750, épousa, en 1770, Louis-Henri-Joseph, duc de Bourbon, puis prince de Gondé, né en 1756 et mort en 1830, donna le jour au duc d'Enghien en 177:2; se sépara de son mari en 1780; fut emprisonnée à Marseille en 1793, fit don à la nation de tous ses biens la même année, fut eiiléeet partit pour l'Espagne en 1797, rentra en France après la chute de l'empire, et mourut subitement, dans l'église de Sainte-Genevièye, en janvier 1822.

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