LE TRIBUNAL DES MARECHAUX DE FRANCE
compte des vers et des chansons, el leur choix ne fut pas généralement applaudi ; le baron de Montmorency pleura, dit-on, chez le Roi; M. de Tingry, M. de Graville, M. d'Aumont, M. d'Hérouville, furent très mécontents. La duchesse de Civrac se moquait de la marquise de Fleury, qui prétendait que ce n'était pas M. du Muy qui les avait proposés, et disait gravement; a II ne le serait pas, si c'était lui qui eût fait la promotion. » La nomination de plusieurs d'entre eux, et en particulier celle du duc de Fitz-James, avait rencontré bien des difficultés ; huit jours auparavant, tout était plein d'intrigues à Versailles, et il semblait décidé que M. de Fitz-James ne serait point maréchal de France. On racontait ainsi son histoire : il était commandant en Bretagne, et, dans plusieurs conversations qu'il avait eues avec le Roi, Sa Majesté lui avait toujours promis qu'il y retournerait. Cependant, depuis la révolution, on le croyait désagréable au Parlement et aux États ; on avait voulu l'dter, et l'on avait nommé à sa place M. d'Aubeterre. On lui donna en compensation 50,000 livres de pension; il demanda de plus le bâton de maréchal de France. Mme de Ghimay (1), sa fille, que la Reine aimait beaucoup, fit parler à Sa Majesté. M. de Maurepas, désirant que la Reine ne pût se plaindre de lui, sollicita du Roi le bâton, l'obtint et l'écrivit à M. le duc de
cbal de Duras, dans un temps où ce maréchal, faisant donnera Mlle Gourval, de la Comédie, une part entière, raconta au Sénat- Comique que c'était l'intention du Roi, et occasionna le bruit qui se répandit, que le Roi avait du goût pour cette fille. Louis XVI mandait au maréchal : < Dites-moi dans quel temps je vous ai donné cel ordre, afin que je proportionne ma reconnaissance au bienfait, t Le maréchal eut là-dessus une explication vive avec le Roi, et Thierry en entendit une partie. (Journal de Moreau.)
(1) Laure Fitz-James, née le 7 décembre 1744, fille de Charles Fitz- James, duc de Fitz-James, et de Victoire -Louise Goyon de Matignon.
Fitz-James. M. du Muy vint alors, et, maigre la grâce accordée par le Roi, fit des représentations en présence' même de M. de Maurepas; on crut la grâce révoquée, et la Reine ne parut nullement savoir gré à M. de Maurepas de sa complaisance.
Un impertinent écrivit à la porte du maréchal de Tonnerre, qui était le chef du tribunal des maréchaux de France : Séjour de Véternelle paix! Mais, comme pour infliger un démenti à cette plaisanterie, il se tint tribunal ce jour-là même, mardi 4 avril, où Ton condamna à un an et un jour de prison M. de Rouffignac. Voici le fait : le dimanche 2 avril, M. de Rouffignac, se trouvant chez M. du Muy, y vit M. de Montalembert (1) avec lequel, depuis plus de vingt ans , il avait des discussions d'intérêt, et qui effectivement passait pour avoir abusé, contre ces gens-là, et de son crédit et de ses intrigues. Il y avait environ huit ans que M. de Rouffignac avait osé réellement l'insulter par écrit, et lui avait proposé de se battre. Montalembert avait porté cet écrit au tribunal, et l'avait fait condamner à vingt ans de prison; elle ne dura que sept ans et fut adoucie. Pendant ce temps-là» M. de Montalembert imprimait qu'il lui demandait, le pistolet sur la gorge, ce qui ne lui était pas dû. Cependant,
(4) Marc-René, marquis de Montalembert, alors sous-lieutenant aux chevau-légers de la garde du Roi, né & Angoulême en 1714, fondateur des forges de Ruelle , près de cette ville : se distingua pendant la guerre de Succession (1740 à 1748) et pendant la guerre de Sept ans (1756-1763); introduisit d'importants perfectionnements dans l'art des fortifications; adopta les principes de la Réyolution, aida Carnot de ses conseils, émigra néanmoins en Angleterre, y abandonna sa femme, Marie de Commarieu, qu'il avait épousée en avril 1770, rentra en France, divorça, se remaria avec la fille d'un apothicaire , dut vendre sa terre d'Angoumois pour pajer ses créanciers, et mourut à Paris, le 22 mars 1802, doyen des généraux et doyen de l'Académie des sciences , où il avait été admis en 1747.