‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 93 sur 307 · SUCCÈS DE MONSIEUR A REIMS · texte numérisé non relu

SUCCÈS DE MONSIEUR A REIMS

envoyer cette lettre : je vais vous en faire une autre. » Et elle récrivit de sa main, biea plus forte et plus piquante que ne Tétait la première. La petite femme copia l'écriture de la princesse, et expédia la lettre au Turgot, qui en pensa mourir de rage.

Dans le courant de cette même année, cette jeune femme, bonne et essentielle, amena la réconciliation de la Reine avec M. de Maurepas. Elle l'exhorta aussi très vivement à se rapprocher de Monsieur, la poussa à avoir une explication avec lui, et depuis ce temps, ils ont été fort bien ensembib.

Ce prince avait prodigieusement réussi à Reims : lorsque, suivant l'usage, il fut appelé pour venir recevoir l'accolade, du Roi, il se jeta dans ses bras en fondant en larmes. Le Roi s'attendrit également et le tint longtemps serré. Tous deux rentrèrent ensemble à Versailles le 19 juin au soir. La Reine, ayant couru toute la nuit, y était arrivée le même jour dès sept heures du matiq. M. le comte d'Artois les avait précédés et était au château le 16, à minuit. Le lendemain, après avoir vu sa femme ce qu'il voulut^ et ses tantes cinq minutes, il envoya dire à M. d'Affry qu'il irait à quatre heures à la comédie, mais qu'à trois heures, il désirait travailler avec lui pour préparer le plan d'un voyage en Flandre, qu'il se proposait de commencer le lendemain. Il partit en effet avec bidet entre les fesses, passa par Compiègne et alla coucher k Cambrai. Il visita Lille et les villes de Flandre jusqu'à Dunkerque, ainsi que le champ de bataille de Fontenoy, et revint à Versailles le 28 juin.

Avant de se mettre en route, il s'était bien rendu à la comédie, puis avait soupe dans la petite maison du duc de Chartres , et n'était rentré à Versailles qu'à onze heures. Quand on se présenta pour son coucher, il s'écria :

« Allez vous promener toits :je ne me couche points il est trop tard : on s'oublie avec les femmes. » Cela n'était que trop vrai pour ce prince, qui fréquentait le Palais-Royal et s'y mêlait à la plus mauvaise compagnie. Depuis quelque temps, on y donnait le soir des concerts et on y descendait par les maisons qui l'entourent; on était là en liberté et même sous une espèce de masque. Les filles y fourmillaient; il y régnait la plus grande licence. J'eus la curiosité de voir ce spectacle dont on m'avait beaucoup parlé, et j'allai un soir y prendre de la limonade. Le Palais-Royal était réellement devenu un mauvais lieu; cela était pitoyable et n'avait l'air que de la dissolution. Je ne sais pourquoi le duc d'Orléans n'en faisait fermer les portes qu'à onze heures du soir.

Ces sortes de distractions ne plaisaient pas au Roi, que M. le duc de Chartres, depuis longtemps, cherchait vainement à entraîner dans ces parties peu décentes pour son rang €t pour ses mœurs. Aussi M. le comte d'Artois s'en cachait-il le plus qu'il pouvait. Un jour, où toute la Cour avait suivi la Reine, qui s'était rendue à cheval à Saint- Hubert, Monsieur embarrassa beaucoup M. de Bourbon- Busset (1) en lui demandant ce qu'était devenu son maître, dont on remarquait l'absence : a Est-il allé au Pâlots-' Royal? » disait Monsieur. — « Je ne crois pas », répondit M. de Busset. — a Où Ort-il donc été? i» — « Tirer les lapins, » — ^Et souper? » — « Chez lui. » — Le vrai est que, quand M. le comte d'Artois faisait ces sortes de parties, il soupait de bonne heure et partait ensuite; on fut en conséquence bien persuadé qu'il était au Palais-Royal. Il se trouvait malheureusement entouré de roués qui n'avaient aucuns principes, et qui favorisaient ses penchants au

(1) Le comte de Bourbon-Busset, lieutenant général , était premier gentilhomme de la chambre du comte d'Artois.

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