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CHAPITRE PREMIER

Ma famille. — Songe de mon père. — Mon entrée au collège de Beauvais. — M. Grevier, régent de rhétorique. — M. Goffin, principal du collège. — Miscellanea et lusus juventutis. — L'imprimeur Golombat. — Histoire de V Ancien et du Nouveau Testament en vers latins et français. — Mon père obtient à Paris une charge d'avocat au Conseil. — 11 quitte Saint-Florentin. — M. et Mme de Paris. — Bon accueil que j'en reçois. — Mme de Paris me pousse vers la médecine. — Mon antipathie pour les opérations chirurgicales. — Je me destine au barreau. — Mort de M. de Paris. — M. Robert. — M. de Plélo. — M. de Légal. — 11 veut me faire épouser sa nièce. — MM. Real.

On aime, dans sa vieillesse, à se rappeler, du moins en gros, les principaux événements de sa vie; on aime à transmettre à ses enfants le souvenir de la manière dont on a cheminé dans le monde.

Je me dégoûterai de bonne heure de l'agitation où j'ai vécu, car il y a déjà quelque temps que je désire le repos, et je commence à faire mes délices de la retraite. Les hommes attendent la vie, ils ne vivent point; ils se préparent des jouissances, ils échafaudentj mais ils ne jouissent pas, et tombent avec l'écha faud.

Ma jeunesse a été gaie; je voudrais que ma vieillesse fût heureuse, et je tiens à la commencer de bonne heure. Je rirai encore, mais ce sera avec ma femme, avec mes enfants, au milieu de mes roses et en voyant planter mes choux. Dieu avait placé nos premiers parents dans un jardin : cette place marquait leur destination.

Je laisserai bien peu à mes enfants ; néanmoins j'espère qu'ils béniront ma mémoire, et que j'aurai encore le temps de leur apprendre que le bonheur n'est point dans les richesses ; ils ne verront pas sur mon visage les traces du remords. Deux choses feront le charme de mes vieux jours : ma tendre reconnaissance pour les bienfaits de la Providence, et la paix d'une conscience qui ne me reprochera rien. Jusques à quarante ans, je n'ai point cru aux méchants; depuis, ils ont beaucoup cherché à me nuire : ils ne m'auront pas même fait le mal de graver le ressentiment dans mon cœur.

Le premier bienfait dont j'aie à remercier Dieu est d'être le fils d'un père chrétien, élevé dans l'école de Port-Royal, que j'ai toujours vu vivre et que j'ai vu mourir comme un saint. Il était avocat aux Conseils; son père (1), avocat au Parlement; cette profession était celle de mes ancêtres depuis plus de deux siècles, et je n'en avais jamais envisagé d'autre.

Né à Saint-Florentin (2) le 20 décembre 1717, je suis l'aîné de six enfants (3) : quatre fils et deux filles. Je n'eus

(1) Jacob Moreau, auteur d'un très curieux manuscrit intitulé : les Antiquités de la ville de Saint-Florentin, etc. Né le 18 septembre 4653, épousa, le 28 septembre 1679, Jeanne Regnard, fille de Robert Regnard, avocat, et mourut le 25 octobre 1726. Il fut enterré dans le chœur de la chapelle des Capucins de Saint-Florentin.

(2) Petite ville de Bourgogne, située au confluent de l'Armance et de i'Armançon.

(3) En réalité, il fut l'aîné de huit enfants : six dont il sera parlé plus loin, et deux filles qui n'ont pas vécu : 1° Cécile-Thérèse, née le

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