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NOTICE SUR MOREAU

Le nom de l'homme dont nous publions aujourd'hui les Mémoires n'évoque aucun souvenir dans l'esprit des générations présentes, et pourtant Moreau, pendant près de quarante ans, a pris une part active aux événements ainsi qu'à la politique intérieure et extérieure de la France.

Mis en vue par quelques légers travaux de plume, distingué par le vieux maréchal de Noailles, alors tout-puissant, il fut chargé par Louis XV (1755) de défendre nos intérêts en Amérique, et de sonner le tocsin en Europe contre la perfidie des Anglais. A dater de cette époque, attaché au ministère des Affaires étrangères comme chef d'un cabinet de législation, auquel s'adjoint bientôt, grâce à lui, un dépôt des chartes, il a pour mission d'éclairer les ministres dans les questions spéciales de leur département : il est leur conseil, et, jusqu'à la Révolution, il remplit ces fonctions délicates avec un dévouement qui n'a d'égal que sa modestie.

Là ne se borne pas son activité : nommé premier conseiller de Monsieur, comte de Provence, à la formation de sa maison; puis, successivement, conseiller à la Cour des comptes, aides et finances de Provence, député de cette compagnie près le gouvernement, bibliothécaire de la reine Marie-Antoinette, enfin historiographe de France,

Vin NOTICE SUR MOREAU.

il s'acquitte des devoirs de ses places à la satisfaction générale, et trouve encore le temps de se livrer à de nombreux travaux littéraires.

Servir loyalement le Roi, son maître; ne jamais celer la vérité, même aux puissants : tel fut l'objectif de sa longue carrière politique. La lecture de ses Souvenirs démontrera d'une manière évidente qu'il y fut fidèle jusqu'au bout, malgré les périls qui pouvaient en résulter. Que de fois il dut se détourner de ministres ambitieux, dont il voyait l'intérêt primer celui du Roil Que de fois, en manifestant trop ouvertement son indignation d'honnête homme, il risqua de compromettre sa situation, seule ressource pour lui et les siens I Si ce caractère d'intégrité lui créa des ennemis, il eut la joie de compter d'illustres amitiés; il eut l'honneur d'approcher le Dauphin, père de Louis XVI, prince instruit, éclairé, mort à trente-six ans, et dont le corps repose en notre cher pays de Bourgogne, sous la garde des archevêques sénonais. Après plusieurs entretiens, le fils de Louis XV, discernant chez Moreau une érudition profonde, jointe à une piété solide, lui donna « l'ordre de présenter courageusement à ses enfants et la règle « du pouvoir qui les attendait, et sa destruction s'ils en usaient « contre sa fin. » Moreau devenait ainsi le collaborateur du duc de la Vauguyon, précepteur des Enfants de France.

Cela se passait en 1764. La mort inopinée du Dauphin, survenue l'année suivante, 1765, ruina les espérances de ceux qui croyaient, comme notre auteur, que ce prince aurait fait le bonheur de la France, s'il eût régné. Ses fils, soumis désormais à une direction opposée, n'entendront plus que d'une oreille distraite « toutes les vérités sévères « que je n'avais jamais cessé de dire aux rois, et auxquelles la

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