‹ Mes souvenirsChapitre 4 sur 207 · NOTICE SUR MOREAU. IX · texte numérisé non relu

NOTICE SUR MOREAU. IX

« Convention nationale elle-même a rendu hommage dans sa « séance du 14 août 1790 (1). »

L'idée fondamentale qui inspire les nombreux écrits de Moreau sur l'éducation des princes est résumée dans la phrase suivante, radicale, faisant table rase des procédés employés jusqu'alors : « Tant que les princes seront élevés « en princes, ils seront toujours mal élevés; tout le monde en « convenait, mais on prétendait qu'il était impossible de les « élever autrement. C'était nous ôter pour jamais V espérance « d'avoir de grands rois9 et cette assertion me révoltait (2). »

Il ne comprend cette éducation que basée sur la religion > mais sur une religion éclairée : « Plus je désirais que les « rois fussent chrétiens, plus je souhaitais qu'ils ne le fussent « que selon les maximes de l'Évangile. J'aurais voulu qu'il leur « eût été, dans la suite, impossible de rendre odieuse la religion « de leurs pères ou de la calomnier auprès de leurs peuples (3). »

Si l'on remonte par la pensée à l'époque où Moreau émet de telles opinions, on ne sera pas étonné de l'insuccès de ses écrits dans une Cour où régnait la morale la plus large, et dans une société passionnée pour les formules philosophiques, alors à la mode, des Diderot, des d'Alcmbert, des Voltaire. Cependant peu lui importe : n'obéissant qu'à sa conscience, dédaigneux des calomnies que l'on répand sur son compte, méprisant les persécutions de toutes sortes dont il est l'objet de la part des gens hostiles à sa manière de penser, il ne cesse, durant plus de trente ans, de faire entendre le cri romain « Caveant Consules9 » et d'indiquer à la royauté le précipice où, incon-

(1) Catalogue raisonné et anecdotique des ouvrages de Moreau : N° 64, seconde partie de mes Souvenirs.

(2) Ibid. — N° 32, Premier et second entretien sur la condition et sur l'éducation des princes.

(3) Ibid. — N° 34, Instructions morales et politiques à l* usage des •princes.

x NOTICE SUR MOREÀU.

sciente, elle se laisse entraîner à la remorque des nouvelles doctrines. Aussi, après les effroyables scènes de 1793, auxquelles il eut le crève-cœur d'assister, est-il fondé à dire : « Je n'avais que trop anmncé que la fausse « philosophie de notre siècle était l'ennemie du trône des rois, « de la liberté des peuples, et de la religion des uns et des « autres (1). »

Puis, afin de montrer qu'avec de l'énergie et de la droiture, il aurait été possible de résister aux pires attaques : « Je me fis un plaisir de prouver un jour aux méchants qui « persécutent la vertu, qu'il y a un moyen sûr d'échapper à leurs « coups ou de les repousser : c'est de leur en imposer par notre « courage et de les dérouter par notre franchise. Avec cette « méthode, on ne fera jamais fortune, mais on ne sera jamais « renversé, car on se tiendra toujours à une distance égale des « partis et dans le juste milieu où se trouve la vérité, dont les « uns et les autres abusent. Et c'est ce qui m'est arrivé à moi- « même (2). »

Voilà, en quelques lignes, l'explication du rôle qu'il a joué à la Cour : c'est pourquoi, malgré sa vaste érudition et sa vive intelligence, malgré son honnêteté et les services incontestés qu'il rend chaque jour, il reste toute sa vie au second plan. Pour n'avoir voulu être, selon son expression, « l'âme damnée d'aucun ministre, » pour s'être tenu constamment à l'écart des partis, il est abandonné de ses meilleurs amis, les plus puissants, dont il voit quelques-uns « déchirer l'amitié, » d'autres « la découdre (3) ; » et, en refusant de prendre part aux intrigues des Encyclopédistes, des Philosophes, des Parlementaires,

(1) Catalogue raisonné et anecdotique des ouvrages de Moineau : N° 61, Seconde partie de mes Souvenirs.

(2) Ibid.

(3) Mes Souvenirs, p. 297.

Page 1