‹ Mes souvenirsChapitre 34 sur 207 · ANECDOTE SUR SAMUEL BERNARD · texte numérisé non relu

ANECDOTE SUR SAMUEL BERNARD

Chauvelin (i), qui arrangea l'affaire. Déjà Samuel Bernard s'était adressé à ce ministre, lorsqu'il avait été averti que ses deux fils se ruinaient et qu'ils avaient près de quatre millions de dettes sur le pavé de Paris. Il se trouva qu'ils avaient été les victimes de plusieurs usuriers. Le garde des sceaux fit nommer une commission à la Bastille, pour instruire le procès de ces usuriers. Cette commission réduisit à environ deux millions les dettes «suraires des deux fils. Mais fait certain, caractérisant bien l'intérêt et l'avidité d'un ministre en faveur» on paya M. Chauvelin en lui vendant la superbe terre de Grosbois moyennant quatre cent mille livres, qu'il ne remit point et dont on lui donna quittance. Mme Bernard, la femme de l'aîné, avait son douaire sur Grosbois; elle fut obligée d'y renoncer et, par là, se vit fort mal à l'aise, car elle fut primée sur les autres biens par les créanciers, et gênée par les substitutions.

. Ces Bernard étaient absolus en tout : leur père contraignait ses convives à boire les vins étrangers qu'il leur servait. Un laquais qui eût repris un verre plein eût été chassé. M. de Chastellux ayant voulu, une fois, renvoyer un troisième verre, le laquais le refusa, et M. de Chastellux jeta lui-môme le vin et le verre dans une cuvette qu'il aperçut à l'autre bout de la salle à manger.

Mais il ne faut point confondre, avec la postérité masculine de l'aîné Bernard, sa malheureuse femme et sa religieuse famille, que je fréquentais depuis longtemps déjà, quand je fus invité à aller passer, à Coubert (2), une partie de mes vacances de 1749. Le comte de Chastellux,

(1) Germain-Louis de Chauvelin, garde des sceaux et secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, né en 1685, mort en 1762.

(2) Le vendredi 24 août 1753, M. de Coubert m'a emmené, dans son remise, visiter la maison de M. d'Argenson, à Neuilly. Elle n'est pas encore entièrement bâtie, mais ce sera un endroit charmant.

mon ami, venait de mourir; sa veuve s'était retirée chez ses parents. Je la quittai pour me rendre chez les Bernard.

J'y trouvai deux femmes qui me ramenèrent à Paris : Tune était Mme de Gergy, belle-sœur de l'archevêque de Sens et du curé de Saint-Sulpice, tous les deux Lan guet; l'autre était Mme la [marquise de Valbelle, riche et très aimable Provençale, qui préférait la bonne campagnie de Paris, dont elle faisait le charme, à toutes les sociétés d'Aix ou de Marseille.

Les conférences de droit que j'avais ouvertes sur le conseil de l'avocat Ligier m'attirèrent quelque considération. J'ai déjà parlé de M. de la Houssaye. Mon amie, la jeune veuve de Chastellux, me proposa d'y admettre le fils (i) de M. de Montyon, qui a été, depuis, chancelier de M. le comte d'Artois ; mais il habitait trop loin du faubourg Saint- Germain, où j'étais fort aimé, et Mme de Montyon passait pour très avare. J'acceptai le jeune Olivier de Sénozan, dont le père (2), alors président de la troisième chambre

On voit des portiques à jour et tout en l'air. Il y a une statue du Roi qui est de Girardon : le buste est admirable ; un petit défaut de dessin dans le bras ; du reste, la stature et l'ordonnance, dune grande noblesse. C'est le Roi qui a choisi lui-même l'endroit où elle devait être posée : on la voit de tous les points du jardin, et le visage est tourné du côté du pont. Il y a, dans les jardins, un cabinet de fleurs délicieux. La maison est sur le bord de l'eau, et deux terrasses dominent la rivière. Une île, presque vis-à-vis, gâte un peu le canal ; on dit que M. d'Argenson la fera détruire. (Journal de Moreau.)

Jeudi 13 septembre. — M. de Coubert a été à l'audience de M. le chancelier, qui lui a promis l'agrément du Roi pour la charge de maître des requêtes, à condition qu'il ne serait reçu qu'à vingt-cinq ans. (Ibid.)

(1 ) Jean-Baptiste-Antoine Auget, baron de Montyon, né à Paris en 4733, mort en 4820, à quatre-vingt-sept ans ; célèbre philanthrope, connu par ses prix de vertu, fut successivement intendant d'Auvergne, de Provence et de la Rochelle, conseiller d'État en 4755 et chancelier du comte d'Artois en 1780.

(2) Jean-Antoine-Olivier de Sénozan, fils de François-Olivier de Sénozan, chevalier de Saint-Michel, et de Marie- Jeanne-Madeleine de Grolée de Viriville, et frère de la première femme du prince de

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