MM. CASTANIER D'AURIAC
sident s'appelait Tholignan (1) ; il était le favori de sa mère, qui avait pris le nom de Viriville, et lui destinait sa belle terre de Bois-le-Vicomte.
Le carnaval passé, je quittai le jeune Rosny pénétré d'affection et d'estime pour lui. Il me rendit bien tous ces sentiments, et sa mère surtout, 611e du chancelier Lamoignon de Blancmesnil (2), connut l'impression que son fils m'avait faite et tout le bien qu'il pouvait tirer de moi. Mme de Sénozan était la seconde sœur de M. de Malesherbes; elle avait une sœur plus jeune qui avait épousé M. Gastanierd'Àuriac, premier président du Grand Conseil, dont le fils était également un sujet de premier mérite et, comme le petit Sénozan, son cousin, fils unique, et déjà assez avancé pour être pourvu d'une charge d'avocat général dans la cour que présidait son père. J'eus l'occasion de l'entendre plaider et de plaider devant lui plusieurs causes. Ce futd ans ces audiences du Grand Conseil que je perdis l'habitude d'écrire mes plaidoiries et que, pour devenir bon avocat, j'appris qu'il fallait se livrer, en champ clos, à un courage qui, seul, peut vous faciliter la réplique.
Dans le courant du carême, je vins rejoindre à Paris, rue du Four, mes parents chez qui je travaillais, et conflit rappelé en 1787, mais se trouva bientôt obligé de se retirer de nouveau. Agé de soixante-douze ans, il assista, comme conseil, Louis XVI traduit devant la Convention, fut arrêté en 1794 et périt sur l'échafaud.
(1) Jean-François-Ferdinand-Olivier de Sénozan de Tholignan, marquis de Viriville.
(2) Guillaume de Lamoignon, de son second mariage, outre son fils, eut quatre filles : 1° Marie-Elisabeth, mariée à César-Antoine de la Luzerne; 2° Anne-Nicole, née le 6 juin 1718, mariée le 19 février 1735 à Jean- Antoine-Olivier de Sénozan, président de la 4* chambre des enquêtes du Parlement de Paris; 3° Marie-Louise, née le 16 juillet 1719 (d'autres disent le 7), mariée, le 17 février 1738, à Guillaume Castanier, sieur d'Auriac, depuis président du Grand Conseil; 4° Agathe-Françoise, née le 4 février 1723, religieuse de la Visitation de Paris.
soler mon pauvre père, auquel les vacances du Parlement donnaient pour moi les plus vives inquiétudes. Cet état de choses m'ayant créé des loisirs, j'eus l'idée d'écrire une satire à l'occasion d'un arrêt du Conseil, par lequel le ministre avait interdit aux comédiens français les bal- Jets et les danses qu'ils voulaient introduire sur leurs théâtres (1). Cette satire annonce et prouve combien j'étais tenté de regarder le Parlement comme infaillible; mais le succès rapide qu'elle eut me dégoûta vite de ce genre de productions. Cette pièce, en effet, n'avait aucun objet moral, comme en eurent toutes les autres plaisanteries que je me sui&permises depuis ; elle nommait, elle couvrait de ridicule les ministres les plus accrédités. Le public supposa qu'ils étaient fort en colère contre l'auteur; on débita beaucoup d'histoires fausses sur des versificateurs soupçonnés et mis à la Bastille; j'eus pour moi quelques craintes ; mais j'eus beaucoup plus encore de remords; et, dans la terre de Bruyères, où je passai quelques jours chez le premier président de Maupeou, à qui je n'eus garde de confiermon secret, je délibérai sérieusement si je ne devais pas me dénoncer moi-même. Ces bruits se dissipèrent, et il faut bien que, dès lors, on m'ait connu, sans m'en vouloir beaucoup de mal, puisque ces Remontrances des gens tenant à la Comédie ont été imprimées dans un petit recueil intitulé : Poésies satiriques du dix-huitième siècle, où j'ai été très surpris de les trouver avec les lettres initiales de mon nom. J'approche du moment qui m'a un peu lancé dans le monde; je ne l'avais ni prévu, ni cherché. Je perdis mon père (2) au mois de mai 1784. J'en fus inconsolable, et ce qui m'a le plus touché, c'est que je suis persuadé que
(1) Voir aux notes, p. 393 et suiv., des extraits du Journal de Moreau relatifs aux comédiens de Marseille et de Paris.
(2) Edme-Nicolas Moreau, avocat à Saint-Florentin, puis avocat au Conseil, né le 8 février 1689. Il était fils de Jacob Moreau et de