‹ Mes souvenirsChapitre 88 sur 207 · MAUVAISE FOI DE M. DE GALONNE · texte numérisé non relu

MAUVAISE FOI DE M. DE GALONNE

général de quitter Fontainebleau le jour môme, et de m'en absenter jusqu'à ce que je fusse rappelé.

Surpris de cet espèce d'exil, j'en devinai le motif, et je m'en sentis si peu inquiet, que je tins à ne pas manquer une partie de forôt projetée avec la comtesse de Gramont, l'archevêque de Cambrai et toute la société. Je ne partis que le lendemain; le contrôleur général le sut. Je m'en allai à Âulnoy, chez mon ami Gerbier; puis à Marcilly, chez Mme de Galliffet, maintenant Mme de Sarsfield (1), avec qui j'étais fort lié. Je me divertis beaucoup, et j'écrivis de là à M. de Lavcrdy; je lui montrais, dans ma lettre, que je connaissais à merveille la cause de ma disgrâce; je lui rendais compte de tout ce qui s'était passé entre M. de Calonne et moi, et je n'attribuais mon exil qu'à quelques mauvais services de ce dernier.

Je ne me trompais pas; au bout de huit jours, M. de Laverdy me renvoya ma lettre, apostillée de sa main. Il convenait de tout, et me priait de n'en point vouloir à M. de Galonné, qui dans le fond, disait-il, était trèsvéritablement mon ami (2). Cette expression m'amusa, et je n'en fus que plus en état d'apprécier ces bons amis de Cour dont parle le Misanthrope. Au reste, M. de Lavcrdy me mandait que je pouvais revenir à Fontainebleau, qu'il m'y verrait avec plaisir.

Je me rendis d'abord à Paris; mais comme le voyage se

(1) Mme de Galliffet épousa M. de Sarsfield en octobre 1766. (Voir à ce sujet des extraits du Journal de Moreau, p. 418.)

(2) 10 août 1774. — J'ai trouvé M. de Galonné dans la cour du château de Gompiègne ; nous avons disserté sur les matières publiques, et, tout en nous rappelant le temps passé, nous sommes entrés en explication sur ce qui eut lieu entre lui et moi à Fontainebleau, en 1765. L'explication a été gaie et assez cordiale : il rejette tout sur M. de Laverdy, et prétend n'avoir eu aucune part à l'ordre qui me fut donné alors par ce ministre. (Journal de Moreau.)

i. il

prolongea jusqu'à la mort de Mgr le Dauphin (1), que j'ai amèrement pleuré, je retournai à Fontainebleau, et j'y demeurai jusqu'au moment où la Cour en repartit. Mon ami Cromot m'y expliqua le fait de M. de Calonne, ou plutôt ses motifs : il avait craint, d'un côté, que je ne me vantasse des lumières que je lui avais procurées, et, d'un autre, que je ne me plaignisse de sa petite infidélité. Il m'avait donc peint au ministre, et à un ministre parlementaire, comme un homme à systèmes, ayant des principes très différents des siens et pouvant les répandre dans le conseil. C'est ainsi que les vilains se trompent eux-mêmes dans leurs calculs, car, sans sa vilenie, je n'aurais jamais conté ce qui avait eu lieu entre nous. La seule vengeance que j'aie tirée de ce mauvais procédé a été de me procurer une copie entière du rapport fait au Conseil par M. de Calonne ; je passai la nuit à le copier ; je le trouvai l'ouvrage le plus fort que l'on eût jamais écrit contre les Parlements : il citait toutes leurs remontrances, et présentait le corps de leurs systèmes comme étant la destruction de la constitution et de toutes les lois de la monarchie. J'ai gardé cette pièce; elle me parut d'autant plus singulière, qu'alors M. de Calonne faisait surtout sa cour à M. de Choiseul, qui depuis Ta nommé intendant de Metz.

Après la mort de Mgr le Dauphin, je rappelai quelquefois à M. de laVauguyon mon ouvrage sur l'histoire, et je lui proposai d'exécuter mon plan. Il me répondait toujours qu'il fallait en parler à Mme la Dauphine; il m'allégua

(1) Ce prince mourut à Fontainebleau le 20 décembre 1765; il avait demandé à être inhumé dans le diocèse où il mourait. Suivant ses dernières dispositions, son cœur seulement fut porté à Saint-Denis, et son corps fut conduit à Sens, parce que cette ville, chef-lieu du diocèse, comprenait alors Fontainebleau. Un an après, la Dauphine le suivit au tombeau.

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