GEVAERT
L’autre musicien belge est M. Gevaërt ; homme de talent lui aussi, mais d’un talent tout à fait différent. M. Gevaërt a fait des études très-sérieuses, et on dirait qu’il tient à le faire savoir à tout le monde, tant sa musique s’attac.he à le démontrer. Quant à l’inspiration, jusqu’à présent elle ne tient que la seconde place dans les ouvrages du compositeur. Par bonheur, il est loin d’avoir dit le dernier mot à ce sujet ; ou plutôt il n’a fait que commencer. Espérons donc. Et nos espérances sont d’autant plus fondées que certaines pages de Quentin-Durivard et du Billet de- Marguerite révèlent un talent réel. Si nous avions à dresser un bilan du pour et du contre, nous mettrions d’un côté, à l’actif, le
GAVAERT.
talent, les études, le bon vouloir de M. Gevaërt, une connaissance merveilleuse de toutes les ressources des voix et de l’orchestre, enfin une mémoire vraiment prodigieuse ; cet homme est une bibliothèque musicale. De l’autre côté, au passif, nous mettrions les infidélités de son inspiration, rarement prête à venir à son aide quand il l’appelle ; nous mettrions surtout ses nombreux et maladroits amis qui s’obstinent à lui persuader qu’il est un homme de génie, destiné à fonder une nouvelle école. Si M. Gevaërt n’a pas pris un titre dans le ^enredeceluide « musicien de l\axenir » si malencontreusement choisi par M. Wagner, ce n’est certes pas la faute de son entourage. Que M. Gevaërt s’en méfie; qu’il se rappelle que la musique est l’art populaire par excellence, et qu’il s’attache plutôt à plaire au public qu’à s’enivrer de l’encens que des amis brûlent à ses pieds.