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pour le plus illustre de ses élèves. Auber avait le génie mélodique, il avait l’imagination, le don du coloris; Chérubini compléta cette riche organisation, en l’initiant à tous les mystères de la science musicale. L’apparition de la Muette fut saluée des plus vifs applaudissements. Get ouvrage marqua une ère nouvelle dans l’art lyrique. A partir de ce moment la scène française aura son représentant.
Succès oblige. A partir de la Muette de Portici, Auber se devait à son art. La France avait désormais son compositeur, son chef d’école, l’homme qui devait réunir tous les talents, aborder tous les genres et réussir en tous. Il avait la science et l’inspiration, celle-ci ne faisant pas défaut à celle-là et vice versà; il avait le souffle et la puissance ; il avait surtout cette sûreté de touche, ce tact, qu’il devait à l’âge. Pour lui l’expérience n’était pas comme elle est prescpie toujours, ce collier de déceptions dont parle le poète. L’expérience c’était le goût. Auber n’est pas seulement un Français, il est le Parisien pur sang ; partant, toutes ces œuvres révèlent cette originalité, cette élégance, ce charme, cet entrain, cette grâce, voire même ce ton léger et goguenard qui composent le caractère parisien.
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A partir donc de la Mue lie, Aul)er se mit au travail, et ne laissa jamais passer une année sans enfanter un ouvrage, souvent un chef-d’œuvre, parfois même deux. Nous ne dresserons pas ici la liste interminable et interminée de ses partitions. On la trouvera dans toutes ses biographies. Si, d’ailleurs, nous en rappelons une série, ce sera pour montrer la fécondité et la régularité de son travail. Ce prodigieux musicien avait apprivoisé l’inspiration ; il avait fait un pacte avec sa muse, et ce n’est pas elle qui l’aurait enfreint. Elle arrivait docile à son appel, elle se présentait au jour et à l’heure indiqués; jamais un retard, jamais une défaillance. Jugez-en plutôt par ce rapprochement de titres d’ouvrages et de dates.
La M licite de Port ici, avons-nous dit, fut représentée en 1828.
En 1829, il donna /a Fiancée à l' Opéra-Comique.
■ En 1830, Fra Diavolo et le Dieu et la Bayadère. Ne faites pas attention s’il donne cette année deux partitions, et au même théâtre. Il a décidé d’en écrire une chaque année. Il est en avance, mais qui sait ! il peut être malade une autre année, manquer de poème, que sais-je ? être empêché par telle ou
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telle circonstance; le compte y sera toujours. Remarquez, d’ailleurs, que 1830 a été une année orageuse. Le trône de la branche aînée a été emporté par les trois journées de Juillet. Il ne faisait pas bon de se promener dans les rues, surtout du côté du Louvre; les balles suisses ne distinguent pas un grand compositeur d’un simple frondeur. Auber s’en est douté et a préféré rester devant son pupitre. Suivons :
En 1831, il donne le Philtre à l’Opéra.
En 1832, le Serment.
En 1833, Gustave lll, cinq actes à l’Opéra.
En 183A, Lestocq.
En 1835, le Cheval de Bronze.
En 1836, Actéon et les Chaperons rouges. Cette fois aussi il est en avance d’une année.
En 1837, il donne le Domino noir.
En 1838, il se repose. Il en a bien le droit. Il aurait pu se reposer, même l’année suivante. Par bonheur il se remit au travail ; et
En 1839, il écrit le Lac des Fées, grand opéra en cinq actes. Cet ouvrage, à la rigueur, pourrait compter double.
En 18â0, Zanetta à l’ Opéra-Comique.
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En 18/il, tes Diamants de ta Couronne.
En 1842, te duc d’Otonne.
En 1843, ta Part du Diabte.
En 1844, ta Sirùne.
En 1845, ta Bar carotte.
Arrêtons-nous, l’énumération serait longue. Et certes nous sommes loin d’avoir enregistré tous ses ouvrages ! Nous avons même oublié de dire qu’en 1831, l’année dans laquelle Auber écrivit te P hittre^ il crut qu’il n’avait pas achevé sa tâche, et il voulut entrer, lui, neuvième (lui, premier devrions-nous dire) dans cette curieuse collaboration à laquelle on doit ta Marquise de Brinvitiers. On sait que neuf maîtres y travaillèrent, — ce qui du reste en fit une œuvre originale, il est vrai, piquante, brillante, si vous aimez mieux, mais décousue, sans caractère, sans unité. Ce fut un immense pot-pourri, un opéraalbum, le spécimen du talent de ce que la France comptait en ce moment de vaillants musiciens. Les collaborateurs se nommaient Batton, Berton, Blangini, Boïeldieu père, Carafa, Chérubini, Hérold et Paër. Pas n’est besoin de dire que le duo du troisième acte est le morceau d’Auber. On le reconnaît sans peine, ab ungue teonem. Et l’on dit pourtant que ce
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compositeur a commencé trop tard à écrire. En effet il a commencé à l’âge où Rossini a fini, où Mozart est mort. Qu’aurait-il fait, grands Dieux! s’il eût commencé à dix-huit anS comme Rossini ou à quinze comme Mozart ! L’âge n’a pas attiédi sa verve ni son inspiration. On a pu s’en assurer à la représentation de ta Circassienne, cette œuvre d’un octogénaire, qui aurait été le plus heureux début d’un jeune compositeur.
Auber a eu cela de particulier que son génie n’a pas vieilli avec l’âge, comme celui de ses plus illustres devanciers. Ses dernières productions n’ont pas cette éclosion maladive propre aux enfants de vieillesse. Prenez au contraire les dernières partitions de Lulli, de Rameau, de Gluck, de Spontini, de presque tous les maîtres italiens, vous verrez qu’à partir de la soixantième année, elles ont nui plutôt qu’ajouté à la gloire des musiciens qui voulurent par un enfantement tardif et forcé compter trop sur leurs forces épuisées. Auber avait déjà pius de soixante ans quand il écrivit la Part du Diable, la Sirène, la Barcarolle, ta Corbeille d’oranges, l’Enfant prodigue. Marco Spada, la Circassienne.
Ce n’est guère que dans l’histoire des peintres
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qu’on trouve de pareils exemples de vieillesse aussi verte et aussi productive ; encore est-ce plutôt chez les anciens que chez les modernes. 11 faut remonter à Michel-Ange, au Tintoret, à Titien surtout, qui mourut presque centenaire et qui peu d’années avant sa mort ayant fait un tableau, que l’acheteur, voyant le peintre si vieux, ne croyait pas être son 4 œuvre, saisit d’une main irritée son pinceau et écrivit au bas de la toile ces quatres mots : Titianm fecit, fecit, fecit. Auber eût pu en faire autant pouila Circamenne. Seulement tout le monde a été étonné de sa verve prodigieuse; à personne n’est venu l’idée de supposer que la partition ne fût d’Auber.
Il est vrai que sur les derniers temps, ceux qui sacrifieraient le meilleur ami et la plus belle gloire de leur pays à la velléité de faire ce qu’on appelle un mot, prétendirent que les œuvres d’Auber commençaient à se ressentir un peu trop de la paternité commune, qu’elles n’avaient pas cette physionomie particulière, fades non omnibus una, qui doit caractériser chaque ouvrage. A la représentation de Marco Spada, qui eut cependant un fort beau succès, ils dirent que la nouvelle partition pouvait s’intituler
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Fra Domino ou les Diamants de la Sirène. II est bien plus de personnes qui se souviennent des beautés que renferme Marco Spada que du nom du mauvais plaisant qui fut l’auteur du mot.
Pas plus qu’il n’a fait de la verve et du génie du musicien, l’art n’a porté atteinte à l’esprit et à la gaieté naturelle de l’homme. Auber, nous l’avons dit, est Parisien par excellence, il a la répartie fine et prompte, le mot piquant, l’humeur joviale. Il n’a pas seulement l’admiration et l’estime des artistes et des gens du monde ; il en a les plus vives et les plus sincères sympathies. Il n’a pas d’ennemis, comme il n’a pas eu de détracteurs. Son immense
talent aurait dû cependant lui en procurer. Mais telle
est la puissance d’un caractère aimable, d’une belle et bonne franchise, quelle a émoussé les traits des envieux. On peut porter envie aux débuts heureux d’un génie naissant ; l’envie serait absurde si elle se tournait vers une célébrité si solidement assise.
Auber dirige depuis plusieurs années le Conservatoire impérial, comme il a dirigé le Conservatoire national et le Conservatoire royal. Les régimes passent et se suivent, les grands hommes restent à leur place, surtout quand ce n’est pas la place qui
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est nécessaire à l’homme, mais quand c’est l’homme qui est néces.saire à la place. Tant qu’ Auber existe il ne peut y avoir un autre directeur de notre première école musicale.
HALÉVy.