‹ Mes souvenirs sur Napoléon (volume 3)Chapitre 14 sur 26 · Ô MES SOUVENIRS · texte numérisé non relu

Ô MES SOUVENIRS

poléon ne se soit jugé lui-même : il iVa jamais été plus grand que dans la campagne d'Italie, qu'il a faite à vingt-six ans, où, avec une armée peu nombreuse, mal vêtue, mal nourrie, dépourvue d'une partie du matériel nécessaire, il a détruit successivement quatre armées autrichiennes et a marché de victoire en victoire jusqu'aux portes de Vienne.

Il accordait du génie militaire au grand Frédéric, mais dans ce sens qu'il avait su s'écarter de la routine de son siècle. « Il a mis, disait-il, t( plus d'activité dans ses marches, moins de (( lenteur dans ses manœuvres; il a montré de « l'audace devant des généraux qui n'avaient « que de la méthode; il les a étonnés et battus, « parce qu'il s'est écarté de leurs formes et de « leur froide tactique. » Un jeune homme entreprenant lui eût plutôt résisté qu'un général consommé dans le métier.

11 parlait avec admiration des premiers temps de la guerre de la Vendée -, « alors, disait-il, les « paysans étaient des soldats qui n'écoutaient « que leur courage et leur fanatisme; ils éton-

« naient et déconcertaient la troupe de ligne; il « n'y avait plus de tactique pour elle; les pay- « sans^ armés de bâtons^ s'emparaient de Tar- (( tillerie; mais lorsque ces paysans ont com- (( mencé à se battre en ligne, alors ils ont eu « de l'infériorité sur les troupes réglées^ parce « que, dès ce moment, la supériorité de la tacce tique a décidé de la victoire. »

J'ai vu un manuscrit de Kléber dans lequel cet habile général^ qui avait suivi Bonaparte en Egypte, examinait avec soin son talent militaire et, passant en revue toute sa campagne d^Italie, ne lui accordait la réputation de grand général que dans cette circonstance où il se décida à lever le blocus de Mantoue et à abandonner son artillerie de siège pour aller combattre Wurmser, qui marchait contre lui avec des forces très supérieures.

Page 1