OPINION DE NAPOLÉON SUR LA RÉVOLUTION
Napoléon disait souvent que les nations avaient leurs maladies comme les individus^ et que leur histoire ne serait pas moins intéressante à décrire que celle des maladies du corps humain. Tout ce qui affecte et contrarie le corps social dans ses besoins^ sa croyance, ses goûts, son indépendance, constitue un état de malaise qui s'annonce par des plaintes et se décide par insurrection. « Le peuple français, disait-il, « était froissé dans ses plus chers intérêts. La « noblesse et le clergé Thumiliaient par leur « orgueil et leurs privilèges. Ils le pressuraient « par les droits qu'ils s'étaient arrogés sur son « travail. 11 a langui sous ce poids pendant « longtemps, mais enfin il a voulu secouer le « joug, et la Révolution a commencé. La chute « de la monarchie n'a été qu'une suite des difii-
« cultes qui lui ont été opposées; elle n'était « point dans l'intention des révolutionnaires. »
Napoléon regardait la part plus ou moins active que chacun a prise à la Révolution comme Teffet d'une fièvre politique qui s'était emparée de toutes les têtes. Il n'y voyait pas plus de mal que dans les actes d'un frénétique, et il pardonnait à tout le monde, excepté à quelques nobles qui, comblés des faveurs de la cour, ont concouru à précipiter le monarque de son trône. Il voyait en cela, ou de l'ingratitude, ou une vile ambition. Il concevait qu'ils avaient pu se laisser aller aux idées révolutionnaires, mais il les blâmait d'avoir persisté lorsque le trône commença à être menacé; « dès « lors, disait-il, leur poste d'honneur n'était ni « dans les clubs ni à la Convention; il était à « Coblentz ».
La fièvre révolutionnaire a eu son siège dans le cœur ou dans la tête. Dans le premier cas, elle était produite par l'espoir des vengeances; celui qui en était atteint immolait son voisin sans pitié. C'était alors une perversion de sen-