‹ Mes treize premières LanternesChapitre 19 sur 25 · TOTAL EN' LIQUIDATION · texte numérisé non relu

TOTAL EN' LIQUIDATION

Crédit mobilier. . . .

Nous ne devons plus que 6 milliards :

mais rassurez-fous, on nous annonce un emprunt pour la semaine prochaine. j

Pour les renseigaepjeirtSj s'adresser à' M. Potivf r^Querlier, qui sera tous los

Transatlantiques. . .

Obligations mexicaines.

jours à son bureau de deux à quatre; Voir l.e même, mais do cinq à sept.

M. Roubcr achète dos Orléans.

Faillites, suicides, plaies et bosses.

Valeurs diverses. . .

Départs pour 1 étranger.

La Patrie déclarait dernièrement que l'âge du « vénérable » M. Gar nier-Pages , était toute valeur à ses arguments, et qu'il devait comprendre que le moment était venu pour lui de rentrer dans la vie privée.

Quand l'Empereur aura atteint le même nombre d'années que M. Garnier-Pagès, la Patrie demandera-t-elle qu'il cède la place à un autre ?

Yoilàla question.

Le §,:.vïs:3^nement français est; dit-on, fort préoccupé an concile œcuménique qui doit se tenir à Rome en 1869.

J'aurais cru que 1869 promettait d'autres sujets de préoccupation qu'un concile œcuménique. L'inquiétude du gouvernement rappelle de loin la mauvaise humeur de ce condamné à mort qui, au moment de marcher au supplice, ne voulait pas se laisser couper les cheveux, de peur de s'enrhumer,

Hier a eu lieu l'enterrement de l'intrépide Hartmann, caporal des pompiers, tué dans l'incendie des halles. Ses trois petits enfants suivaient le convoi.

Quand un vaudevilliste veut faire rouler de rire son public, comment s'y prend-il? Il met en scène un pompier qui fait dés effets de casque en arrière ou de pantalon trop court, et la foule se tord.

Jamais il ne viendrait à l'idée du vaudevilliste de faire entrer un maréchal de France, qui sortirait son bâton bleu de sa poche et s'en servirait pour se gratter la tète, ce qui, en résumé, serait tout aussi comique.

Pourquoi cette préférence? Est-ce parce que le maréchal est réputé avoir tué des Autrichiens, tandis que le pompier n'a jamais sauvé que des Français? J'avoue, quanta moi, que la seule arme qui ait mes respects et mes sympathies, c'est celle de ces braves ennemis du feu, et quand on s'occupe tant de modifier les fusils, je m'étonne qu'on songe si peu à améliorer les pompes.

Le journal la Lanterne serait très-reconnaissant à Mme Hartmann, la veuve du citoyen qui s'est courageusement sacrifié, si elle voulait bien accepter pour ses enfants les cinq cents francs que je tiens à sa disposition et qu'elle peut venir toucher dès maintenant rue Coq-Héron, 5, si elle n'aime mieux m' envoyer son adresse, que j'ignore.

On m'écrit de Saint-Julien, près de Metz, pour m'offrir à des prix ridiculement modérés de charmantes propriétés en plein rapport. La cause de ce bon marché excessif m'est, du reste, expliquée tout au long. Tant que durent les exercices militaires, qui durent quelquefois toute la journée, les propriétaires reçoivent dans leurs vignes et ailleurs des balles, des boulets et des obus qui transforment leurs jardins en parcs d'artillerie.

Pour peu qu'un enfant allât jouer dans les champs, on le retrouvait en morceaux à quelques pas de là. Quand il revenait seulement avec un bras de moins, c'était une fête dans la famille.

Les habitants de Saint-Julien ont adressé à l'autorité militaire une pétition, où ils demandaient respectueusement pourquoi on venait les fusiller à domicile, puisqu'ils n'étaient pas condamnés à mort.

Ils ajoutaient que se préparer à affronter l'ennemi en canonnant préalablement des compatriotes leur semblait un mauvais système de défense nationale, et que, tant pour eux que pour leurs vignes, ils priaient l'armée française de vouloir bien pointer ses couleuvrines d'un autre côté.

Toutes les intelligences administratives agglomérées dans la bonne ville de Metz se sont concertées, et il a été décidé que les propriétaires de

Saint-Julien auraient deux jours par semaine pour aller écheniller leurs vignes.

Ils pourraient s'y rendre aussi tout le reste du temps, mais la mort qu'ils trouveraient dans leurs promenades agrestes serait alors considérée comme un suicide, et on sait qu'en province, les suicidés sont enterrés dans un cimetière à part.

Tout le monde comprendra maintenant que les immeubles se vendent pour rien dans ce pays sujet à bombardements.

Ce qu'on ne répétera jamais assez, c'est que ceux qui président à ces violations scandaleuses du droit des gens se proclament les protecteurs de la famille et de la propriété, et quand on leur demande de ne pas détruire les familles à coups de fusil et de vouloir Lien empêcher leurs boulets de détériorer les propriétés, ils vous appellent communistes.

On annonce l'histoire de Gharlemagne, écrite par Napoléon III. Que j'aimerais lire une histoire de Napoléon III écrite par Gharlemagne!

Lundi 13 juillet. — M. Rouher a déclaré

l'autre jour que les ministres passant six heures par jour au Corps législatif, il ne leur restait plus le temps de s'occuper des affaires de l'État.

Je ne crois pas me tromper de beaucoup en évaluant à environ trois cent mille francs le chiffre des appointements de ce ministre si occupé. Six heures de travail par jour pour trois cent mille francs donnent à peu près cent soixante-quinze francs par heure. Moi, je trouve que c'est un denier suffisant.

Maintenant, si M. Rouher se regarde comme trop peu payé pour travailler seulement vingt minutes de plus, c'est son droit. Tout dépend du prix qu'il attache à son travail. Je ne verrais d'ailleurs aucune difficulté à ce que lui et ses collègues fussent payés, soit à l'heure, soit « à leurs pièces, » comme on dit dans les ateliers.

Un ministre ferait, par exemple , un discours à la suite duquel vingt-cinq membres de la majorité déclareraient qu'ils passent à l'opposition ; le soir, le caissier du Trésor dirait à l'orateur :

— Entre nous vous avez piqué une tête formidable. En vous offrant vingt-sept francs pour votre harangue, nous vous la payons encore plus qu'elle ne vaut.

— Voyons, ferait le ministre, mettez trente

francs ; je vous promets d'être plus éloquent une autre fois.

En revanche, lorsqu'un ministre parlant au public aurait fait couler les larmes de toute une Chambre et serait arrivé à obtenir un vote unanime, on lui ferait la gracieuseté d'une prime exceptionnelle.

Un auteur ne gagne d'argent que quand il est joué, un avocat que s'il a des procès à plaider. Les ministres, eux, touchent quand ils parlent, quand ils ne disent rien, quand ils sauvent le pays, quand ils le perdent, quand ils crachent, quand .ils se mouchent, quand ils dorment. Les souverains euxmêmes se vantent volontiers de conduire le char de l'État. Pourquoi ne seraient-ils pas payés à l'heure? Quand on aurait assez de l'un, on lui crierait : stop! et on en prendrait un autre.

Il est question de la suppression très-prochaine du ministère de la maison de l'Empereur, qu'on regarde comme inutile.

Ce bruit ne peut avoir été semé que par la malveillance incarnée. Nous laisser supposer qu'un gouvernement est capable de payer cent mille francs par an à un ministre, vingt-cinq mille francs

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à un secrétaire-général, dix mille francs à plusieurs chefs de division et six mille à quarante chefs de bureau pour s'apercevoir, au bout de dix ans, que tout cela n'avait rien de sérieux et que cette plaisanterie est arrivée à son terme, c'est ravaler au niveau des intelligences les plus obtuses les organisateurs de cette belle machine administrative que l'Europe nous envie. (Avez- vous remarqué que l'Europe nous envie énormément de choses, mais qu'elle ne nous prend jamais rien?)

J'ignore ce dont on pouvait bien s'occuper dans ce ministère créé tout exprès pour gérer une maison; mais il esta croire qu'on n'y mourait pas de fatigue, puisqu'on s'aperçoit subitement que ministre et employés, le tout peut être remplacé par une femme de ménage.

Un journal allemand rapporte ce fait incroyable, que M. de Bismark ne touche que quarante-cinq mille francs par an.

Yous qui vous êtes déjà tant moqué de nos hommes d'Etat, pousser l'ironie aussi loin, ah! écoutez, major, c'est mal !

Le Constitutionnel a terminé la biographie de M. Paulin Limayrac par ce mot caractéristique ;

Le préfet du Lot meurt pauvre.

Je ne connaissais pas M. Paulin Limayrac, et je le supposais riche. S'il est mort pauvre, c'était donc pour son plaisir qu'il écrivait tous les articles que nous avons lus de lui ?

Alors il est sans excuse.

La Presse annonce qu'on fabrique en ce moment an sabre merveilleux destiné au prince impérial. D'un côté sont gravés les prénoms du prince et au-dessous ce vers de Béranger ;

« On parlera de sa gloire. »

Remarquez cette délicatesse du ciseleur, qui n'a pas ajouté : « Sous le chaume bien longtemps, » sachant que le chaume sous lequel on cause aux Tuileries revient à une trentaine de millions par an.

Je ne sais pas au juste de quelle « gloire » il est ici question, mais si les avis humiliés d'un futur sujet peuvent ne pas trop déplaire à son futur souverain, je lui conseillerai de se défier des sabres. Autrefois cet emblème guerrier était |ort en fa-

veur. aujourd'hui il frise le ridicule. La tirade de M. Prud'homme l'avait déjà ébréché; les couplets de la Grande-Duchesselui ont porté le dernier coup. Je ne me permets pas de croire que le prince impérial tiendra le moindre compte de mon observation. Tout ce que j'oserai ajouter, c'est que, si jamais il prenait à quelqu'un fantaisie de m'offrir un sabre, je m'imaginerais qu'il me prend pour un marchand de vulnéraire.

On prétend que les cendres de Napoléon Ier vont être renvoyées sous enveloppe à Sainte-Hélène, sous prétexte qu'elles ont été amenées en France par le prince de Joinville.

C'est peut-être pousser la susceptibilité un peu loin, mais j'aime celte grandeur d'âme.

J'avais jusqu'à ce jour considéré le ministre de l'intérieur comme une sorte de juge d'instruction égaré dans la politique, comme un Polignac, moins le courage et les convictions, capable tout au plus de rédiger des ordonnances (de non-lieu). La victorieuse réponse qu'il a faite au discours de

M. Lanjuinais sur la question des aliénés a modifié radicalement mon opinion à l'égard de ce fonctionnaire.

M. Lanjuinais avait réclamé énergiquement au Corps législatif contre la séquestration arbitraire d'un ancien militaire, nommé Hamon, qui avait été enfermé à Bicêtre comme atteint de démence, sous prétexte qu'il avait demandé en trois mois soixantedouze fois la croix d'honneur, pour avoir participé à l'affaire de Strasbourg.

A quoi pense M. Lanjuinais de demander au gouvernement pourquoi on a fait arrêter comme fou un pareil homme ?

Si ceux qui ont pris part à la conspiration de Strasbourg ne sont pas fous, autant ouvrir immédiatement toutes grandes les portes de Charenton et celles de la maison du docteur Blanche. J'ai vu des gens se tenir encore les côtes au seul souvenir de cette scène comique où une bande d'hommes vêtus de costumes bariolés se sont amusés à faire dans les rues, pendant un quart d'heure, des évolutions chorégraphiques rehaussées de roulements de tambour.

À ce point que le directeur du théâtre de Strasbourg, entendant quelque bruit, se mit à la fenêtre et s'écria en voyant passer cette troupe qu'il ne connaissait pas :

— Allons, bon, encore une concurrence! Voilà un nouveau cirque qui vient s'établir dans la ville.

Si l'honorable député de la gauche veut être sincère, il reconnaîtra que jamais démence ne s'est manifestée d'une façon plus évidente. Au lieu donc de se plaindre qu'un des acteurs de cette bouffonnerie ait été enfermé à Bicêtre, il eût été plus logique à lui. de demander comment ses camarades avaient réussi à ne pas l'y suivre.

On m'apprend que l'Etendard, feuille du soir souvent arrêtée à la frontière, comme chacun sait, pour la violence de ses annonces judiciaires, a publié un article formidable contre la Lanterne.

Je ne puis que remercier l'écrivain qui, ayant des choses désagréables à me dire, a eu la prévenance d'aller les cacher dans ce journal.

Ce problème a été, paraît-il, posé dans un de nos principaux collèges pour les concours de fin d'année :

« Etant donné un champ de huit mille mètres

carrés, la hauteur des peupliers qui le bordent et le nombre des haricots verts qu'on y a déjà récoltés, trouver les motifs du voyage du prince Napoléon. »

Après de longues nuits sans sommeil, plusieurs mathématiciens croient être arrivés à cette solution, qu'il s'agit de présenter en Italie la candidature officielle du cardinal Bonaparte au premier trône papal qui se trouverait vacant par suite de décès ou d'événement politique.

Napoléon Ier ayant fait emprisonner le pape Pie YII en le menaçant de le faire fusiller comme un simple duc d'Eughien à la première bulle qu'il se permettrait, il est bien naturel qu'un Bonaparte soit nommé successeur de saint Pierre; mais je ne serais pas fâché de savoir comment le neveu s'expliquerait à cet égard sur la conduite de son oncle, sans la gloire duquel il serait probablement à cette heure inconnu dans un coin de la Gorse, où il flânerait le long des maquis.

Son discours d'avônement offrira quelques difficultés de rédaction :

« Gomme neveu, dira-t-il à son clergé, je le respecte et je lui dois tout ;

)> Gomme pape, je le voue aux flammes éternelles :

« Comme souverain temporel, le me ferai un de-

MES TREIZE PREMIERES LANTERNES Zbi

voir de me modeler sur son adorable despotisme ;

» Gomme monarque spirituel, je l'excommunie jusqu'à la trente-septième génération. »

Quant à moi, je ne puis que souhaiter aux Romains d'avoir à leur tête un homme dont le nom seul est une garantie de grandeur et de succès. Peut-être leur montrera-t-il comment on s'y prend pour augmenter une dette publique de quatre milliards, comment on trouve moyen d'obliger les peuples et de s'en faire des ennemis; comment enfin, après s'être contenté de quatre cent mille hommes pour faire la grande guerre, on en prend douze cent mille pour faire la petite.

Ceux qui tiennent pour Henri Y vont néanmoins se trouver bien embarrassés entre leur roi, qui représente les Bourbons, et leur religion, qui sera représentée par un Bonaparte. Si j'ai un conseil à leur donner, c'est en adressant au Vatican leur denier de saint Pierre, d'écrire lisiblement sur l'adresse le nom et les prénoms du destinataire. La poste est si distraite, qu'elle pourrait bien de temps en temps se tromper de palais.

Mort de M. Viennet, qui eut le mauvais goût de garder ses opinions jusqu'à l'âge de quatre-vingt-

onze-ans. Cet honorable académicien, qui connaissait les empires pour avoir voté contre le premier, s'empressa de voter contre le second.

Il ne fut jamais invité à Compiègne, ce qui lui permit d'atteindre les limites de la plus extrême vieillesse.

Mercredi 15 juillet. — Nous jouissons d'un gouvernement à surprises. La veille de la campagne d'Italie , on annonçait que la paix était assurée; le lendemain, la déclaration de guerre était au Moniteur.

Les ministres avaient à peine fini de démentir le projet de restauration de l'empire du Mexique au profit d'un prince autrichien, que nous apprenions le départ de Maximilien pour ce pays, au bonheur duquel lui et nous devions tant contribuer.

Issu d'un coup d'État, le pouvoir se croit obligé, à propos des événements les plus simples, de faire des complots en chambre et de petits deux-décembre de campagne. Les élections prochaines par exemple ne se préparent pas, elles se conspirent. Le rêve de nos maîtres et seigneurs serait, j'en suis convaincu, d'avoir des députés qui viendraient à la Chambre enveloppés dans des couvertu es et qu'on ferait voter entre deux matelas.

Ce besoin de cachoteries s'étend, paraît-il, jusqu'aux préfets, dont un grand nombre sollicitent vainement le nom du candidat dont le chauffage leur est confié. Vous faites-vous idée du monologue d'un homme qui attend une dépêche de Paris pour savoir si c'est Trufaldin ou Larfaillou qu'il doit recommander à l'enthousiasme populaire, et vous représentez-vous son visage surpris lorsqu'il reçoit cet ordre laconique :

« Ni Larfaillou ni Trufaldin. Nous choisissons Bobéchard. Pas d'intelligence, aucune énergie ; il votera tout ce que nous voudrons. »

C'est à ce moment solennel que les infortunés fonctionnaires dont tant d'ambitieux jalousent les collets brodés, gagnent bien leurs frais de bureaux et de représentation ! Je crois assister à la conférence qui s'établit entre le candidat et le préfet :

— Monsieur le candidat, voulez-vous me fournir quelques renseignements pour les circulaires pleines d'amour que je dois adresser à mes subordonnés, à qui je vais recommander votre candidature? Voyons. Avez-vous quelques tableaux chez vous ?

— Trois, dont une gravure représentant Mazeppa. J'ai aussi un Ivanohé, mais on l'a accroché dans la chambre de la bonne.

— Très-bien, je dirai que les arts et les artistes

ont toujours rencontré en vous un protecteur éclairé. Êtes-vous bachelier ?

— Non ; mais en 1833, j'ai eu l'intention de me présenter à l'Ecole polytechnique.

— C'est quelque chose. Nous écrirons que vos études spéciales dans les sciences exactes donnent la certitude que pas un sou ne sera dépensé en France sans passer par votre inflexible contrôle.

■ Entre nous, est-ce que vous donnez beaucoup aux pauvres ?

— Un jour, j'ai envoyé vingt-cinq francs à un dompteur qui s'était laissé manger le bras par sa panthère.

— . . . Compatissant et généreux, jamais une infortune ne l'a trouvé indifférent* Sa bourse et son cœur s'ouvrent en même temps. Les malheureux le savent bien, eux qui, en le voyant passer, s'écrient : ce « Yoilà notre père !... »

Tels sont à peu près les mystères que le gouvernement nous cache avec un soin jaloux. Ce qui m'étonne particulièrement dans sa conduite, c'est que, tout en faisant respecter si rigoureusement le secret des élections, il respecte si peu le secret des lettres.

Jeudi 16 juillet. — Quand M. Guêroult a cité à

MES TREIZE PREMIERES LANTERNES Ziï

la Chambre le fait de M. Sanclon incarcéré à Charenton sans-motif et remis en liberté dix-huit mois après sans explication, M. Rouher n'a trouvé à répondre à l'honorable rédacteur en chef de Y Opinion nationale que cette phrase concluante :

— Ne parlez pas de cela !

J'espère que le public sera satisfait de l'explication si franche de M. le ministre d'État. Voilà un homme qui ne craint pas les questions embarrassantes. Cette affaire Sandon qui était restée mystérieuse comme l'histoire du Masque de Fer, se trouve ainsi mise en pleine lumière. Il y a même dans ce « ne parlez pas de cela » tout un genre nouveau d'éloquence. Voyez donc quels douloureux moments Louis XVI se serait épargnés s'il s'était écrié quand on est venu lui annoncer qu'il était condamné à mort :

— Ne parlez pas de cela !

— Et, qui sait? Napoléon Ier serait peut-être encore sur le trône s'il avait fait la même réponse au général Lafayette, lorsque, en 1815, celui-ci lui donna une heure pour signer son abdication.

 la place de M. Guéroult, j'aurais obéi à l'invitation de M. Rouher en continuant ainsi mon discours :

ce Je vous disais donc, messieurs, qu'au dernier bal de la comtesse de la Gourgandinière. la société

lit MES TREIZE PREMIERES LANTERNES

était véritablement des plus choisies : un conseiller d'Etat , trois pharmaciens , six marchandes de beurre... »

Interrompu immédiatement par les clameurs de la majorité, le député de la Seine eût alors fait cette déclaration :

— Lorsque je prie le gouvernement de se justifier d'avoir tenu enfermé à Charenton, plus de dix-huit mois, un citoyen qui, avant, pendant et après son incarcération, n'a cessé de jouir de tout son bon sens, M. le ministre d'Etat regarde ce sujet comme si peu digne de son immense talent, . qu'il m'invite à parler d'autre chose. Je parle donc d'autre chose et je lui demande pourquoi il n'est pas allé au bal de la comtesse de la Gourgandinière, qui eût été heureuse de le recevoir ?

Un étudiant m'envoie de Poitiers une circulaire dont le but est de provoquer des souscriptions pour la reconstruction d'une chapelle en l'honneur de la Vierge.

Le mode recommandé pour l'envoi des offrandes est excessivement curieux. Les âmes bienfaisantes reçoivent avec la circulaire un billet à trois mois en blanc, qu'il leur suffit de remplir et de retourner au curé qui préside à cette œuvre pieuse.

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Je voudrais savoir si, au cas où un des souscripteurs laisserait le billet impayé, on l'enverrait chez l'huissier avec ordre à celui-ci de saisir et d'instrumenter ?

J'ai été souvent gêné d'argent dans ma carrière littéraire, mais jamais je n'aurais pensé que mes meubles pussent être vendus un jour à la requête de la vierge Marie.

Si le bon Dieu se met aussi à contracter des emprunts, c'est à devenir fou.

Le journal le Nord raconte dans sa correspondance parisienne qu'il a été longuement question à la cour des Tuileries (ainsi nommée parce* que c'est de là que nous arrivent les tuiles) de l'assassinat du prince de Servie. Le Nord cite même un passage d'une conversation reproduite par le Constitutionnel, et où l'empereur aurait émis, entre autres considérations, la pensée suivante :

« Il pourrait se faire qu'une mort violente, si je venais à en être frappé, contribuât encore plus à la consolidation de ma dynastie que la prolongation de mes jours. Voyez en effet ce qui arrive : l'homme qui inspire ou qui commet un assassinat politique, qui se fait à la fois juge et bourreau, produit toujours un effet contraire à celui qu'il veut atteindre. C'est le châtiment de son crime. »

Yoilà d'excellentes appréciations, parfaitement

gff MES TREIZE PREMIERES LANTERNES

exprimées. Je partage même à ce sujet si complètement les idées de Sa Majesté impériale, que j'en suis encore à me demander comment elle peut avoir comblé de places, de croix, d'appointements et de maisons de campagne des hommes qui, comme M. de Persigny, ont, après l'échauffourée de Boulogne, audacieusement soutenu devant la Chambre des pairs la théorie de l'assassinat politique.

J'ajouterai que ces genres de violences ne portent pas un châtiment aussi inévitable qu'on pourrait le croire, puisque ledit M. de Persigny, dont tout le passé politique consiste à avoir essayé de tirer sur un officier, est aujourd'hui membre du conseil privé, grand-croix de la Légion d'honneur et homme de confiance du gouvernement.

Ce qui ne cesse de m'amuser, c'est que, si un journaliste se permet de trouver mauvais que de tels hommes disposent de notre France, on lui répond en l'appelant révolutionnaire.

C'est toujours cette réplique adorable d'un réactionnaire de 1848 à un membre de la Montagne :

(c Un homme qui demande l'abolition de la peine de mort ne peut être qu'un buveur de sans, »

M. Eugène Pelletan a porté à la tribune la question des fonds secrets, qui sont aux autres sections du budget ce qu'une maladie honteuse est à une jambe cassée. Si on apprenait à la reine Mohélie, actuellement dans nos murs, qu'elle se trouve dans un pays dont les chefs encouragent à prix d'argent des misérables dont l'unique besogne est d'attirer d'honnêtes gens dans des pièges ;

Si on lui racontait que les ressources de l'Etat passent en partie en primes données à un métier tellement ignominieux, que le reprocher à ceux qui l'exercent constitue un délit, la pauvre reine grimperait d'étonnement après les rideaux.

Telle est, cependant, une des bases de nos institutions actuelles. On fait venir des gens tarés et on leur dit : Soyez canailles, et plus vous serez canailles, plus vous serez payés î

À l'heure où j'écris, je ne connais rien d'aussi immoral que les fonds secrets, si ce n'est cependant les fonds publics*

M. de Pêne, dans son nouveau journal dont j'ai annoncé l'apparition, paraît fort surpris delà vogue de la Lanterne. Je préfère cet étonnement à celui qu'aurait pu lui causer l'insuccès de mon journal,

mais il m'accuse de « traîner dans la boue » la vie privée et publique de ceux que j'attaque.

Je paye assez d'impôts pour avoir le droit de regarder un peu dans la conduite politique de ceux qui en ont la manipulation. Quant aux existences privées que j'ai, suivant son expression aristocratique, « traînées dans la boue, » je lui serais trèsreconnaissant de vouloir bien me les citer.

J'ai eu plusieurs fois dans ma vie ce qu'on est convenu d'appeler des « affaires » et jamais, veuillez le remarquer, jamais pour des questions particulières.

Quant à mes idées politiques, je suis au désespoir qu'elle ne soient pas du goût de M. dé' Pêne ; mais je ne me sens plus le courage d'en changer. Il est, du reste, très-naturel que mes opinions soient bien plus défectueuses que les siennes, puisqu'à la fin de son article il avoue n'en avoir aucune.

Il ne restera plus au lçr janvier que dix-sept mille hommes sous les armes... en Amérique, bien entendu.

Pour ceux que le Nouveau Monde inquiète tant, ce sera le moment d'aller le prendre d'un coup de filet. Songez donc, dix-sept mille hommes, et au 1er janvier nous en aurons douze cent mille !

Si vous ne tentez pas cette conquête, c'est que vous savez d'avance qu'en trois quarts d'heure les deux Amériques mettraient sur pied un million de citoyens.

Et si l'Amérique peut mettre un million de citoyens sur pied en trois quarts d'heure, pourquoi la France n'en ferait-elle pas autant ?

C'est que, je vais vous dire, en Europe, les gouvernements trouvent peut-être que douze cent mille hommes, c'est snffisant pour les défendre en temps de paix, mais ils trouvent aussi que, vu l'état des esprits, dix-sept mille ce n'est pas assez.

Ceci est pour la Commission de col ortage (elle seule) :

Déposition de M. Chaudct dans V affaire la Varenne-Saint-Hilaire.

Il reconnaît que l'accusée est devenue sa maîtresse; elle avait des attaques de nerfs. Un jour, elle a consulté Y Oracle des dames pour savoir si je l'aimerais longtemps. L'oracle a répondu : « Il t'aimera jusqu'à ce qu'il te connaisse. » Ce qu1 a paru faire une certaine impression sur elle.

Le bureau du colportage s'est tellement ému de la déposition qui préeèd -\: qu'il en a immédiate-

ZiQ MES TREIZE PRE?.IIERES LANTERNES

ment refusé l'estampille au dernier livre de M. Deschaiiel, intitulé : A bétons rompus.

Le vingt-quatrième volume de la Correspondance de Napoléon Fr vient de paraître.

Natures primo-sautières qui vous laissez encore prendre au « noble éclat du diadème, » lisez-moi ces lettres-là, et si vous n'en revenez pas complètement guéries, c'est que votre monomanie respectueuse est radicalement incurable.

Vous apprendrez dans ce cours complet de politique italienne comment on envoie des baisers aux souverains qu'on se propose de détrôner huit jours plus tard.

Vous y verrez comment les journalistes officieux y sont traités par les monarques qu'ils ont la naïveté de servir.

Yous y saurez enfin à quelles cabrioles fantastiques Tépilepsie du pouvoir absolu peut amener un être humain.

Et c'est là la correspondance d'un homme à qui on a décerné le nom de « grand i » Que peut bien être celle des monarques qui ont mérité le surnom de « petits? »

Nous recevons du ministère de l'intérieur, au sujet de la détention de l'avocat Sandon à la maison des fous, un communiqué qu'il nous est impossible d'insérer dans la Lanterne d'aujourd'hui, pour plusieurs raisons :

La première, c'est que le journal est déjà composé et mis en pages ;

La seconde, c'est que ce communiqué est d'une taille tellement démesurée, qu'il absorberait environ quarante- cinq ou cinquante pages de la Lanterne, qui en contient soixante.

Nous remettons l'affaire à huitaine.

Samedi 18 .juillet. — Le Constitutionnel lui-

même n'y tient plus : il déclare dans un article spécial que la Lanterne est l'œuvre d'un indigne spéculateur.

J'ai pensé d'abord que le Constitutionnel, qui aime les parallèles et qui en a risqué souvent d'extrêmement comiques entre le génie de César et celui de Napoléon III, avait l'intention de comparer son désintéressement à mon mercantilisme. Mais en m'apercevant que ce journal, tout de dévouement, qui exaltait à la première page les discours du maréchal Niel, recommandait avec non moins de fougue à la quatrième le traitement de madame Lachapelle et les biscuits dépuratifs du docteur Ollivier, je me suis demandé si les éloges décernés quotidiennement à ces médicaments étaient uniquement le résultat d'une conviction politique.

Le ton de bénédiction générale adopté par le Constitutionnel, quand il ne parle pas de la Lanterne, rend même la situation plus ambiguë, et, confondant les enthousiasmes, il m'est arrivé quelquefois de croire que M. Rouher guérissait la stérilité, tandis qu'au contraire madame Lachapelle était chargée par le gouvernement de répliquer aux orateurs de l'opposition.

Si le Constitutionnel ne voit réellement que le bonheur de la France dans l'avenir de l'eau de

Botot, je n'ai plus qu'à me taire, mais si, comme quelques personnes ont eu l'audace de me l'affirmer, le tapioca Feyeux (le plus savoureux des potages) entre pour quelque chose dans ses recettes de fin d'année, il me permettra de lui faire observer qu'en m'attribuant un but de spéculation, il s'expose à un ridicule par trop bénévole.

La Lanterne est, en effet, le seul journal politique qui ait refusé d'insérer des annonces. Un industriel fort important m'a offert pour ma part quatre mille francs par semaine, c'est-à-dire de seize à vingt mille francs par mois, si je voulais lui abandonner les cinq dernières pages de ma brochure. J'avais, en outre, le droit d'élaguer les réclames incompatibles avec mes manières de voir.

Ces conditions n'avaient rien d'exagéré, puisque mon tirage représente environ vingt fois celui du Constitutionnel, Je n'en ai pas moins repoussé les offres des Artaxercès de l'Emprunt Égyptien et de la limonade purgative, ne voulant pas me rendre, même indirectement, responsable des conséquences que pourraient amener lesdits emprunts ou lesdites limonades.

J'ai fondé un journal, et il se trouve qu'il se vend beaucoup. Voilà ma spéculation. Le seul moyen d'en arrêter l'essor serait peut-être de me précipiter aux genoux des passants, en les suppliant d'ache-

ter moins de Lanternes, c'est-à-dire de ne plus m' exposer aux ironies si douloureuses de la feuille de M. Rouher et de madame Lachapelle.

Et encore le public tiendrait-il compte de mes génuflexions ? J'en doute.

Quant au Constitutionnel, qu'on ne déplie guère que le couteau sous la gorge, je comprends jusqu'à un certain point qu'il soit obligé, pour vivre, de s'appuyer sur quelques sages-femmes ; mais oser, dans ces conditions tant soit peu humiliantes, signaler l'avidité du seul journaliste politique qui ait écarté toute combinaison financière autre que la vente de son journal, c'est là une maladresse qui suffit amplement à expliquer l'insuccès, tous les jours plus mérité, de ce sons-moniteur, où l'on arrive à tout, excepté à se faire lire.

Je viens de boire tout d'une traite les cinq cents pages du beau livre de M. Prévost-Paradol.

J'en ai été d'autant plus charmé qu'avant la France nouvelle, nous ne connaissions que la Nouvelle-France qui est une caserne.

Vous n'êtes pas sans avoir entendu parler du

jeune étudiant nommé Buclin qui, ayant été assommé par plusieurs sergents de ville, qui l'ont couché pendant huit jours sur un lit d'hôpital, va passer en police correctionnelle.

Si les sergents de ville l'avaient tué tout à fait, il passait probablement en cour d'assises.

Des renseignements sur la conduite du délinquant ont été demandés au commissaire de police du quartier, et voici la réponse qu'un hasard fait tomber entre mes mains, et que je me hâte de publier, afin que la France sache définitivement à quoi s'en tenir sur les déplorables antécédents du coupable que la justice poursuit en ce moment :

6e ARRONDISSEMENT. — QUARTIER DE i/ODÉON,

Paris, le 15 juin 1868.

« J'ai l'honneur de faire connaître à M. le juge d'instruction que les renseignements recueillis sur le sieur Budin, étudiant en médecine, sont des plus favorables à ce jeune homme.

» Il occupe avec un autre étudiant, nommé de Lauréat, un logement du prix de cinq cents francs par an. Ses habitudes sont régulières ; il sort tous les matins avec son ami4 rentre avec lui à onze heures, suit assidûment ses cours, et aucune

28i MES TREIZE PREMIÈRES LANTERNES

femme n'est jamais amenée par eux dans leur logement, qu'ils occupent depuis trois ans.

» En un mot, on cite M. Budin comme un étudiant modèle. Son caractère n'est nullement querelleur.

» Le commissaire de police, » Macé. »

On a retenu d'un discours célèbre une phrase ainsi conçue :

a Que les bons se rassurent et que les méchants tremblent! »

J'ai malheureusement aperçu depuis bien des méchants qui ne tremblaient pas, et les poursuites exercées en ce moment contre un jeune homme que tout le monde proclame un étudiant modèle, ne me semblent pas de nature à beaucoup rassurer les bons.

J'ajouterai que le rapport de M. Macé, commissaire de police, étant l'œuvre d'un homme indépendant, impartial et droit, je ne puis m'empêcher d'éprouver des craintes sérieuses pour son avancement.

M. Duruy a fait une découverte qu'il a commu-

niquée au Corps législatif : c'est qu'aujourd'hui la littérature manque parce qu'on s'occupe trop de politique. Il y a dans cette démonstration toute une pièce pour le théâtre de Guignol.

Comment ! voilà un gouvernement qui a fait un coup d'État pour empêcher les Français de s'occuper de politique, et qui avoue tranquillement que c'est parce qu'on s'en occupe trop que la littérature actuelle est inférieure à celle des époques où on s'en occupait encore davantage.

Avant votre avènement, la France, qui était agitée, a eu une période littéraire d'un éclat incomparable.

Vous vous montrez, le calme renaît, et vous n'arrivez pas à faire pondre un alexandrin potable aux poètes que vous élevez dans vos basses-cours.

M. Duruy accuse la politique d'abrutir les hommes. Nous sommes abrutis, et depuis dix-sept ans personne n'a fait de politique, excepté vous.

Si M. Duruy a voulu parler de l'influence que la politique a pu exercer sur le cerveau des orateurs du gouvernement , ses collègues, j'arriverai peutêtre à débrouiller le sens de sa phrase ; j'ajouterai même que j'avais fait à cet égard la même observation ; mais je n'aurais jamais pensé que M. Duruy osât traiter avec cette brutalité des mi-

nistres qui, après tout, siègent sur le même banc que lui.

Lundi 20 juillet. — Anniversaire de la bataille de Pharsale, qui décida de la destruction de la République romaine et inaugura le règne de ce despotisme spécial qui arrête la pensée et emprisonne les gens sur l'air de « Yive la liberté ! »

César, dont un auteur, plus connu par ses coups d'Etat politiques que par ses travaux littéraires, a écrit dernièrement l'histoire (je crois que la commission de colportage lui a accordé l' estampille), César, dis-je, qui, en apercevant Cassius, s'était écrié : « Ce jeune homme m'inquiète : il est bien maigre pour un sénateur! » périt en effet assassiné, en pleine séance, par le sénateur Cassius et plusieurs autres, qui emportèrent sous leurs robes les membres du tyran défunt.

Aujourd'hui les sénateurs sont vieux, très-gras, et quand l'un d'eux emporte quelque chose sous son paletot, c'est un melon.

Les catholiques exaltés sont en train de s'annexer M. Viennet. Après avoir vécu excommunié

comme franc-maçon, il paraîtrait qu'à sa dernière heure il a abjuré la franchise et la maçonnerie pour mourir dans les bras de la religion à laquelle nous devons le cardinal Dubois et la seconde expédition romaine.

Je ne vois pas qu'il y ait, pour ladite religion un sujet de gloire bien sérieux à obtenir les faveurs d'un vieillard de quatre-vingt-onze ans, dont le cerveau est dans l'état de demi-sommeil qui précède la mort. Si on m'annonçait qu'une douairière de soixante-dix-huit ans est devenue tout à coup folle de moi et qu'elle m'offre sa main avec toutes les rides et toutes les pattes d'oie qui en dépendent, je n'irais certes pas m'en vanter dans les journaux.

Mais cette habitude qu'a le clergé de venir se fourrer jusque dans la table de nuit des mourants pourrait être utilisée par les gouvernements qui, comme le nôtre, ont le plus pressant besoin d'adhésions. Je m'étonne qu'on n'ait pas encore songé à envoyer au chevet des moribonds hostiles à l'ordre de choses actuel des conseillers d'Etat chargés de les convertir à la vraie politique, c'està-dire aux joies pares du pouvoir absolu.

Quand le malade en proie au râle suprême et déjà noyé dans les brouillards de la dernière heure

aurait écouté sans trop de résistance ces questions insidieuses :

— L'affaire du Mexique n'est-elle pas la plus grande pensée du règne ?

N'est-il pas prouvé que l'idée de rester neuf années sous les drapeaux remplit d'allégresse tous les Français âgés de vingt et un ans ?

Avouez, en outre, qu'en dehors de la famille Bonaparte, il n'y a pour la France que honte et misère ?

Le Moniteur publierait, pour le jour de l'enterrement, en tète de sa partie non officielle (vous savez? la partie réservée aux Tartares), cette note triomphante :

« Le fameux X..., qui après avoir donné, au coup d'Etat, sa démission de professeur de rhétorique au collège de Senlis a été transporté à Lambessa aux frais de notre généreux gouvernement ; le fameux X..., pressé par l'évidence, a avoué, à son lit de mort, qu'il n'avait jamais été plus libre que sous ce règne, et qu'il expirait dans les bras de la Constitution, à laquelle il jurait obéissance dans ce monde et dans l'autre. »

Appliqué aux derniers moments de l'honorable M. Yiennet, ce système eût peut-être réussi, et nous ne serions pas obligés de déplorer aujourd'hui qu'il n'ait pas craint de paraître devant Dieu sans

MES TREIZE PREMIERES LANTERNES Ziï\)

être préalablement muni des sacrements de l'impérialisme.

Il paraît qu'à la cour de Fontainebleau, la grande mode est de creuser des puits instantanés.

Gomme il est regrettable que la Vérité n'ait pas encore pu se décider à en sortir !

Le Journal de Paris, qui a les yeux partout, fait remarquer que rien comme d'être nommé rapporteur du budget ne porte bonheur à un député.

L'année dernière, M. O'Quin a obtenu une des meilleures recettes générales qu'on puisse accorder à un homme seul.

Cette année, M. Busson-Billault, chargé de rapporter, comme M. O'Quin, vient d'être ou va être nommé président de section au conseil d'Etat.

Et les deux budgets étaient en déficit !

Ces bienfaits dont on comble les rapporteurs de notre situation financière manquent d'opportunité. Les. chercheurs de petite bête sont ainsi exposés à faire cette réflexion :

— On a donc bien besoin de celui qui rapporte le budget, qu'on le soigne avec cette sollicitude î

Qu'aurait dit le monde, si avant de se présenter au conseil municipal de Mariy-le-Roy, Victorien Sardou avait adressé cette allocution à ses électeurs :

« Je ne veux influencer personne, mais tous ceux qui voteront pour moi toucheront cinq pour cent sur mes droits d'auteur. »

Mardi 21 juillet. — M. Jules Favre, plaidant contre ce frère de la doctrine chrétienne qui a failli arracher l'oreille d'un petit garçon confié à ses brutalités, prononce un de ses plus beaux discours.

Le grand orateur refuse non-seulement aux instituteurs le droit de frapper leurs élèves, mais encore aux parents celui de frapper leurs enfants.

On m'assure que la Lanterne est souvent lue par la classe ouvrière. C'est donc aux ouvriers que je m'adresse, en les suppliant de renoncer à corriger leur progéniture par ces procédés violents.

Elevés durement pour la plupart,, ils continuent à leurs enfants cet héritage de calottes qu'ils ont reçu de temps immémorial.

Qu'ils en soient bien convaincus cependant, une des causes de la déchéance physique, morale

et politique de notre triste pays est due au manque de raisonnement et de dignité qui préside à l'éducation des fils d'ouvriers. Les coups en font des révoltés ou des abrutis.

Dire à un enfant : Il ne faut battre personne, et lever la main sur lui, équivaut à lui défendre ' de voler quoi que ce soit, tout en forçant devant lui les tiroirs d'un secrétaire.

L'ouvrier français est le seul qui ait gardé ce mode odieux de correction. L'Allemand et l'Anglais y ont renoncé depuis longtemps.

Si le gouvernement s'occupait un peu moins de ses emprunts et de ses élections, il aurait pu traiter depuis longtemps cette question vitale pour une nation : qu'on ne doit pas infliger à ses fils des traitements d'esclaves si on veut qu'ils soient libres un jour.

Il est vrai que le gouvernement tient médiocrement à ce que nous soyons libres; c'est même ce qui m'a donné depuis longtemps l'envie de le devenir.

Un employé supérieur du château de Fontainebleau ayant commis l'imprudence de rester trop longtemps à parler- tête nue au chef de l'Etat, a

payé de sa vie son respect de la dynastie régnante.

Le soleil d'un côte, l'empereur de l'autre, ce double éclat lui a tapé sur la tète ; une insolation s'est déclarée,' et il est mort dans la nuit.

Tel que je me connais, dès que j'aurais senti mon cerveau s'attaquer, je me serais empressé de remettre mon panama. Mais tomber victime de l'étiquette est, pour les courtisans, mourir au champ d'honneur.

Napoléon Ier, par exemple, avait la manie asiatique de témoigner sa satisfaction à ses généraux en leur pinçant l'oreille jusqu'au sang. Ceux-ci étaient enchantés; moi, je l'aurais reçu à coups de plat de sabre. Il est vrai que j'aurais passé pour un malotru, tandis que ceux qui sourient quand un monarque leur pince les oreilles sont signalés . comme des gens très-bien élevés et possédant ce qu'on appelle l'habitude des cours.

Ce nouveau danger que courent les invités de Fontainebleau prouve que les grands d'Espagne sont plus intelligents que nous, puisqu'ils ont maintenu le droit de se couvrir devant la reine. A côté des décorations biscornues qui se distribuent tous les jours autour de nous, il devient urgent par ces chaleurs d'établir un ordre, qu'on appellerait, par exemple, « le Chapeau d'honneur », et qui permettrait aux hommes nécessaires de parler au chef de

l'Etat, sans que cette témérité leur coûtât la vie.

Un ministre qui aurait trouvé la meilleure combinaison pour disloquer les circonscriptions électorales des députés de l'opposition serait nommé grand- chapeau de première classe, et aurait droit de se couvrir à 17 degrés;

Celui qui serait simplement parvenu à négocier un emprunt recevrait le brevet de moyen-chapeau, et ne pourrait se coiffer qu'à 30 degrés ;

Quant aux chevaliers du petit-chapeau, ils ne jouiraient qu'à 45 degrés de la faculté d'abriter sous un feutre leur cervelle congestionnée.

Non, la France ne périra pas, car ce n'est pas un gouvernement ordinaire celui qui, à de si nombreux besoins d'argent, joint un tel souci du cérémonial.

Je harponne cette nouvelle et je voudrais l'encadrer dans une bordure de bois sculpté :

M. Dumas, sénateur, est, dit-on, parti pour le Gard, où il va soutenir la candidature de son fils. » C'est le même procédé que pour le mariage. Tandis que le père demande aux électeurs de vouloir bien lui accorder leur main pour son héritier mâle, celui-ci reste discrètement dans le fond à rouler son chapeau dans ses doigts.

Tel le père Léotard tenait lui-même le trapèze de son garçon, tel aussi le chef de la dynastie des

Diafoirus présentait en personne son fils aux parents de sa future épouse.

— Baiserai-je, papa? disait le jeune homme.

— Promettrai-je des chemins vicinaux? demande sans doute le jeune Dumas.

— Promets, mon fils, et des églises avec des clochers de cinquante mètres, et des chemins de fer qui se prolongent jusqu'en Ahyssinie. Fie-toi à moi, et ton élection est assurée. Ce que les électeurs refuseraient au père, ils n'oseront le refuser au sénateur, et réciproquement.

La seule chose à craindre, c'est que les notables du département ne prient M. Dumas fils de leur exposer lui-même sa profession de foi. Si le père est obligé de répondre :

— Mon enfant est au lit. Je le couche tous les soirs à huit heures ; mais il m'a chargé de parler à sa place ;

Il est possible que cette façon toute paternelle d'offrir des députés à notre pays ne soit pas goûtée des célibataires.

On ne remarque pas assez, du reste, à quel point la parenté envahit le Corps législatif. Si les élections prochaines se font au souhait du gouverne-

ment, nous arriverons à des discours de ce calibre : « Mon gendre, qui descend de la tribune, et mon neveu qui l'y avait précédé , soutiennent, contrairement à T opinion de mon beau-frère, que plus une constitution est perfectible, moins elle doit être perfectionnée... »

Or, ce n'est pas leur linge, mais bien le nôtre que nos représentants lavent ainsi en famille, et je trouve qu'ils mettent bien du temps à le rapporter de chez la blanchisseuse.

On nous assure que l'empereur Napoléon vient d'adresser à la reine d'Espagne une lettre autographe pour l'engager à ne pas user de rigueur dans la situation actuelle.

Si le fait est vrai , la rédaction de cette lettre charitable n'a pas dû coûter grand frais d'imagination au chef du gouvernement français. Il n'a eu qu'à recopier celle que la reine d'Espagne lui a probablement écrite dans des circonstances analogues, et dont, comme vous savez, il n'a tenu aucun compte.

Il y aura, paraît-il, très-peu de nominations cette année dans l'ordre de la Légion d'honneur.

Moi, je compléterais cette sage mesure en reprenant les décorations de l'année dernière.

Mercredi 22 juillet. — Le Constitutionnel a beau faire, Le Moniteur sera toujours le meilleur chocolat Perron.

Il annonce que l'Empereur est arrivé à Plombières accompagné de son état-major et des personnes de sa maison. Malgré son incognito, ajoute ce journal universel, 'Sa Majesté a été reçue avec des acclamations enthousiastes, et, le soir, la ville était illuminée. »

Je suppose qu'une ' feuille montée en couleur imprime ceci :

« M. Jules Favre est arrivé dans sa bonne ville de Lyon. Il en a parcouru les principales rues dans une calèche attelée de quatre chevaux que précédaient plusieurs huissiers criant à haute voix :

— )> Le personnage assis dans cette voiture est M. Jules Favre, le célèbre avocat, qui vient rendre visite à ses électeurs. » .

Et si la feuille montée en couleur terminait ainsi son article :

ce Malgré son incognito, l'illustre orateur a été l'objet de plusieurs ovations et a dû assister le soir à un banquet organisé en son honneur ; »

A la suite de cet article, les journaux de la réaction riraient pendant deux mois. Aussi, ne puis-je voir dans la bonne plaisanterie du Moniteur qu'une vengeance de la maison Panckoucke, injustement dépossédée de son privilège.

M. Pelletan a demandé au Corps législatif dans quel but avaient été instituées les Archives, puisque personne n'en profitait, et que, tout récemment encore, un jeune écrivain de talent s'était vu refuser les pièces relatives à la conspiration du général Mallet.

Naturellement, on a répondu à M. Pelletan une bêtise, à savoir : que plusieurs familles mêlées à la vie et à la mort de Mallet étant encore vivantes, il avait paru dangereux de communiquer ces pièces.

Mais les familles des Bourbons, des d'Orléans et des Bonaparte existent encore, et on écrit tous les jours les histoires de Charles X, de Louis-Philippe et de Napoléon Ier. Ces scrupules ne vous prendraient pas s'il s'agissait d'une histoire de l'indemnité Pritchard ; mais vous n'aimez pas à voir revenir sur le tapis cette conspiration extraordinaire, où un seul homme parvint à faire crier : Vive la République ! aux fonctionnaires les plus importants et les plus gavés du premier empire.

Yous avez la crainte vague qu'il n'en soit de même pour- les fonctionnaires du second si un nouveau I\Jallet surgissait par hasard, et vous nous feriez croire que les grands corps de l'Etat ne s'occupent pas plus de Napoléon IV qu'ils ne pensèrent alors à Napoléon II.

Yous auriez toujours, il est vrai, la ressource d'imiter le gouvernement de 1812, qui, tout en déclarant hautement que Mallet était absolument seul, fit fusiller quatorze innocents avec lui.

Napoléon, au retour de sa glorieuse expédition de Russie, feignit de s'emporter contre, cette sévé- ' rite excessive ; mais comme il venait lui-niênie de mener six cent mille hommes à la boucherie, il prit rapidement son parti de cette aventure, dont, le soir même, on finit par rire beaucoup, au bê*sigue de la Reine Mère.

Dans sa plaidoirie pour les deux maifaitriees de la Yarenne-Saint-Hilaire, Me Lachaud avait évoqué l'exemple de la femme Boise, condamnée, iL y a peu d'années, pour un crime qu'elle n'avait, pas commis, mais dont elle s'était déclarée routeur pour échapper aux tortures physiques et morales qu'on lui faisait subir dans sa prison.

S'il y a au monde un être respectable, c'est certainement cette infortunée qui, après un second débat, est enfin sortie des bancs des assises triomphante et acquittée.

Eh bien, voici les paroles prononcées à ce sujet, en réponse à Mc Lachaud, par le Président luimême :

« Cette grande coupable, cette femme parricide, dont l'innocence est sortie d'un second débat, n'a été reconnue innocente que dans une certaine mesure. Il est vrai qu'elle n'avait pas elle-même exécuté le crime, qu'elle n'avait pas donné de sa main la mort à son père ; mais c'était son amant qui avait exécuté ce qu'elle avait prémédité et conseillé. Elle n'était pas étrangère à ce crime; elle n'avait pas ignoré qu'il devait se commettre. Il n'y avait donc pas là une erreur judiciaire... »

Ces paroles sont affligeantes, et j'ai été extrêmement surpris en voyant que la Presse les avait laissées prononcer sans les qualifier comme elles le méritent. Quand un journaliste se permet d'interpréter le plus simple jugement, on le poursuit sans pitié, et voilà comment un Président de Cour nous apprend à respecter les décisions de la justice, qu'il est chargé de rendre lui-même.

La femme Doise a été acquittée dans des conditions honteuses pour ceux qui avaient instruit

l'affaire. Le jury a décidé qu'elle n'était absolument pour rien dans l'assassinat de son père, et c'est un magistrat qui, du haut de sa toque, accuse tranquillement une victime reconnue innocente d'avoir tué son père par l'entremise de son amant.

Il faut vivre à cette époque de bouleversement moral pour pouvoir écouter sans frissonnements cette incroyable apostrophe.

A en juger par la douleur concentrée des présidents obligés de prononcer un acquittement, il semblerait qu'il y a une énorme volupté à formuler une condamnation aux travaux forcés à perpétuité. Les affreuses paroles citées plus haut feraient croire qu'en ordonnant la mise en liberté de la femme Doise, la Cour se serait dit à elle-même :

— Ah ? tu te permets d'être innocente ! Sois tranquille, je te repincerai.

Des incidents de ce genre, lecteurs mes frères, ne pourraient-ils pas donner à supposer que, si le jury n'existait pas, il n'y aurait pas un de nous qui, à l'âge de la conscription, n'eût subi trois ou quatre exécutions capitales ?

M. Monnier, l'ancien précepteur du prince impérial, dont la retraite a fait quelque bruit, vient

d'être nommé professeur à la Faculté de Poitiers. M. Mon nier n'a pas été jugé suffisant pour diriger les études du fils de Napoléon III, mais il paraît qu'il est assez fort pour instruire de simples citoyens.

Le trombone Jacob, connu en charlatanisme sous le nom de Zouave guérisseur, recommence ses culbutes.

Plusieurs lecteurs me demandent par lettres si je ne vais pas protester contre ce propagateur de magie blanche.

Ma foi non ! d'autant qu'il n'est; pas seul à exploiter la naïveté publique. Nous avons eu des ministres, non moins trombones et non moins guérisseurs, qui ont offert aux bonnes gens, sous la dénomination d'obligations mexicaines, un remède souverain contre la cherté des vivres.

Ceux qui ont mordu aux paroles des ministres ont payé cette confiance de leur -fortune, comme les autres payeront peut-être de leur santé les conseils du zouave. Mais en tout cas, puisqu'on a envoyé aux premiers des plaques en diamants, je ne vois pas pourquoi on punirait le second.

Deux ministres portugais, le duc de Loulé et le marquis de Sa Bandiera, viennent d'être obligés de résigner leurs fonctions, pour ce motif qu'ils étaient trop impopulaires.

En France, où les ministres sont de simples employés à deux cent mille francs, chargés, selon la Constitution, de répéter les paroles qu'on leur a soufflées le matin, et dont ils ne sont même pas tenus de comprendre le sens, cette question n'a aucune importance.

Mais si jamais l'un de ces personnages à répétition s'avisait de devenir populaire, c'est alors qu'il se verrait forcé de résigner ses fonctions. On fait ici profession d'adorer les hommes du peuple ; mais quand un homme du peuple s'ingère d'aimer quelqu'un, l'infortuné est immédiatement considéré comme un fauteur de désordres et traité comme tel.

Du reste, je cherche dans l'entourage d'un chef d'Etat, et je crois qu'il doit vivre sans aucune inquiet de à ce sujet.

En Boukharie, s'il faut ajouter foi aux renseignements particuliers que la Lanterne a puisés dans les autres journaux, les dépenses du harem

de l'Emir sont insignifiantes. Il a quatre femmes qui font elles-mêmes leurs robes et cousent les vêtements de leur époux.

Chez nous, les émirs ont généralement plus de quatre femmes; leurs dépenses sont loin d'être insignifiantes ; elles font faire leurs vêtements par les autres, et quand elles ont plusieurs années de services, l'Emir leur fait donner des bureaux de tabac

Il y a bien quinze ans qu'on cherche de toutes parts le moyen de diminuer le prix des loyers.

M. Magne n'a pas mis cinq minutes à trouver celui de les augmenter. Il vient de prescrire aux agents des contributions la plus grande rigueur dans l'estimation de la valeur des appartements.

Un employé vient relever votre cote personnelle et mobilière...

— Monsieur, lui dites-vous , mon logement, que je paye 450 fr., est composé de deux pièces et demie ; je couche dans une soupente, et je fais la cuisine dans le plomb.

— Quatre cent cinquante francs, c'est une plaisanterie ! Votre soupente est en vieux chêne et votre plomb en fer battu, Cet appartement-là vaut

six mille francs comme un liard, mettons sept mille parce que M. le ministre m'a recommandé d'être rigoureux, c'est-à-dire que vos contributions sont désormais portées à cinq cent soixante-quinze francs, que vous pourrez, à votre volonté, payer d'un seul coup ou par douzièmes.

Voilà, au moment des élections, une mesure intelligente et qui sera favorablement accueillie par la partie gênée de la population. Ce qui m'étonne, c'est que M. Magne n'ait pas conseillé en même temps au gouvernement de déclarer la guerre à quelqu'un, n'importe qui, afin d'avoir une occasion d'établir un nouveau décime.

La simple condamnation aux travaux forcés des femmes de la Yarenne-Saint-Hilaire a remis sur le tapis l'abolition de la"peine capitale.

Cette réforme^ est déjà à peu près adoptée en Prusse, en Autriche, en Hollande, et généralement dans toute l'Allemagne.

La plus arriérée et la plus ignorante des nations, j'ai nommé la France, sera nécessairement la dernière à la proclamer.

Aucun pays, cependant, n'a plus à se repentir d'avoir laissé subsister cette coutume odieuse et

dégradante. Pour ma part, je n'ai jamais pu me décider à m' apitoyer sur Louis XVI, qui, en abolissant la peine de mort, avait un moyen si facile de ne pas monter sur l'échafaud.

Jeudi 23 juillet. — M. Stéphen Liégeard, dont les intentions sont évidemment meilleures que les poésies, propose une augmentation de cent vingt francs par an pour le traitement de chaque facteur rural.

Le député de la Moselle raconte qu'un de ces infortunés piétons parcourt, en proie à cette chaleur, quarante kilomètres par jour, moyennant la somme de cinq cents francs par an ; ce qui donne environ deux francs pour la journée, c'est-à-dire un sou par kilomètre.

Il est vrai que cet employé a une femme et quatre enfants qui tous jouissent d'un appétit d'enfer.

Eh! bien, au milieu de l'attendrissement général, il s'est trouvé un homme pour déclarer que cinq cents francs par an pour quarante kilomètres par jour constituaient une somme suffisante, et qu'il n'y avait pas lieu d'augmenter d'un centime le traitement des facteurs ruraux.

Cet homme est M. Busson-Billaut, gendre du

ministre qui, de son .vivant, touchait cent mille francs comme président du conseil, et cent autres mille francs comme membre du conseil privé.

K Même date. — M. Rouher marivaude avec l'opposition.

— Je suis, dit-il, de l'avis de M. Ernest Picard. Ce n'est pas chez moi péché d'habitude.

— Il n'y a que le premier pas qui coûte, répond M. Iules Favre.

— Ajoutez qu'il se fait quelquefois sans qu'on y pense, réplique M. le ministre d'État.

Ces mots d'auteur m'inspirent des craintes sérieuses; annonceraient-ils quelque nouveau proverbe pour le théâtre des Bouffes parisiens? M. de Mornyy a déjà donné M. Choufleury, et on disait dans les couloirs que M. Rouher voulait donner un pendant à cette spirituelle comédie, sous le titre : M. Juarez restera chez lui.

M. le ministre d'État, en effet, sait mieux que personne pourquoi le président du Mexique est chez lui et comment il nous a renvoyés chez nous.

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