‹ Mes treize premières LanternesChapitre 21 sur 25 · LES QUARANTE MINISTRES · texte numérisé non relu

LES QUARANTE MINISTRES

Mais les directeurs me demandèrent un si grand nombre de changements, que je renonçai à peu près au théâtre, pour me jeter dans la presse militante.

Quant à ma prétendue violence, j'aurais pour la justifier de nombreux exemples, celui-ci, notamment, d'un ancien journaliste, devenu depuis empereur par une circonstance indépendante de ma volonté, et qui, tout en conspirant pour se faire la main, écrivait ceci dans les feuilles de sa localité :

a Par cette fausse politique, le cabinet français s'est attiré à juste titre la méfiance de la France et celle des étrangers. Il a réveillé des haines et des jalousies qui étaient éteintes..,

» Vous ayez compromis l'avenir de la France en la laissant isolée en Europe et en épuisant le pays par des travaux de guerre qui n'ont même pas la guerre pour objet. A l'intérieur, vous nous avez divisés. A l'extérieur, vous avez réuni tous nos ennemis dans un même sentiment de défiance et de hame.

» Vous n'êtes pas des hommes de paix, car sans cesse vous recherchez les occasions de répandre le sang français. La France vous demandera compte des hommes morts glorieusement mais inutilement dans toutes vos expéditions stériles. »

(louis-napoléon. — Progrès du Pas-de- Calais du 5 novembre 1844.»

J'en appelle à tous les grands corps et à toutes les grandes âmes de l'Etat. Ai-je jamais rien écrit de comparable, comme violence, à ces lignes qu'on croirait, d'ailleurs, datées de 1868, tant elles coïncident avec la situation actuelle ?

Le troisième reproche que m'adresse mon inconnu, c'est de n'être pas sérieux.

Si je le suis peu, en effet, c'est pour avoir com-

pris que ceux que j'attaque Tétaient encore moins que moi. Je ne demande certes pas mieux que de le devenir, mais, pour utiliser le mot célèbre d'Alphonse Karr, j'attends que le gouvernement commence.

la lanterne w iô

Averti trop tard pour en aviser le public que le gouvernement se croyait le droit de saisir la Lanterne dans les bureaux et à la poste tant qu'elle ne contiendrait pas le communiqué qui m'a été adressé jeudi passé, je me vois forcé, en attendant la solution du procès, de publier ce document :

Après m'avoir interdit la voie publique, dont il a fait audacieusement sa voie privée, après avoir lâché sur mon nom, sur ma réputation et sur ma

famille ce qu'on a pu trouver de plus bourbeux dans la basse police, le ministère en est aujourd'hui à essayer de m' étouffer sous la couche épaisse de ses communiqués.

Je veux ne mettre aucune passion dans cette affaire, mais je le demande à Dieu, aux hommes et mêmes aux femmes, r encontre- t-on dans notre histoire un seul ministre qui ait combattu les adversaires de sa politique à l'aide de ces procédés, dont un cabotin de la banlieue refuserait de se servir ?

Je ne suis ni légitimiste ni orléaniste, mais, il faut le reconnaître, M. de Polignac et M. Guizot ontils jamais songé à supprimer l'opposition du National et celle de la Réforme en imposant à ces deux journaux hostiles l'insertion de documents capables de les absorber de la première colonne à la dernière ?

Et quand je me tuais à dire que les hommes d'aujourd'hui ne sont pas sérieux ! En êtes-vous convaincus maintenant ? Les calembours qu'on m'accuse de leur décocher ne sont-ils pas plus que suffisants pour combattre des fonctionnaires de cette valeur intellectuelle et morale ?

Malheureusement on ne peut recommencer tous les jours une ce charge » aussi spirituelle que celle dont le lecteur et moi sommes en ce moment vie-

times. Il faudrait trouver autre chose pour samedi.

Maintenant que j'ai inséré le discours sénatorial qu'il m'a forcé à reproduire sous la rubrique communiqué, si M. Pinard me faisait poursuivre par les tribunaux pour compte rendu incomplet d'une séance du Sénat ?

Eh ! dites donc, ce serait à voir ! Et je suis sûr qu'on chercherait vainement dans tout le ministère de l'intérieur un employé capable de trouver mieux.

Un dernier mot destiné à établir à quel point si la bonne foi était bannie du reste de la terre elle se réfugierait dans les bureaux du ministère de l'intérieur !

La Lanterne paraît le samedi matin, et l'énorme travail du tirage, du brochage et de la mise sous couverture de cent vingt mille exemplaires m'oblige à mettre dès le jeudi soir le journal sous presse. Or, au lieu de m'envoyer son communiqué le lundi ou le mardi , l'administration me l'a adressé le jeudi soir, pensant qu'il me serait impossible de l'insérer, ce qui lui permettrait de me poursuivre, ce qu'elle s'est hâtée de faire.

Telles sont les bottes italiennes qu'on n'hésite pas à me porter. Je sens vaguement dans ces fa-

çons d'agir une odeur de Société de Saint- Vincentde-Paul et un souvenir des Monita sécréta de la Société de Jésus. Je livre ces observations à l'appréciation du tribunal qui me jugera bientôt, et surtout à celle de l'opinion publique qui nous juge tous les jours.

Quant à mon appréciation personnelle, elle est tout entière renfermée dans ce cri de dégoût poussé un jour dans le Charivari par mon brave ami Taxile Delord :

« Il n'y a rien à faire avec les punaises de sacristie! »

Passons maintenant aux affaires du pays :

Samedi, 25 juillet. — Un fait m'a vivement frappé clans cette ignoble affaire Jecker, qui, a elle seule, serait de force à déshonorer plusieurs gouvernements. Cet usurier a prêté environ quinze cent mille francs d'argent contre une reconnaissance de soixante-quinze millions. Il en a déjà reçu douze comme a- compte, et il continue à rester en faillite.

Vous comprenez bien : il prête un million et demi, il en reçoit douze et il est en faillite.

Cette situation est inexplicable, à moins que cet

ami de la France n'ait pas touché lui-même les douze millions. Mais alors je serais bien heureux de connaître les noms de ceux qui les ont touchés à sa place.

M. Rouher a culbuté de maladresse en maladresse dans sa réponse au discours écrasant do M. Jules Favre.

« Croyez- vous, a-t-il demandé dans sa péroraison, que nous serons arrivés à la seconde partie de notre vie pour salir nos noms dans de honteuses spéculations ? »

Si le ministre d'État adresse cette question à la Chambre, c'est évidemment pour en obtenir une réponse ; eh bien, comment se serait-il tiré d'affaire si un député s'était écrié :

— Oui, je le crois !

Autre four :

M. Jules Favre ayant cité l'ouvrage si remarquable de M. de Kératry sur le Mexique, M. Rouher, dans sa réplique, a désigné l'auteur par le mot de « un monsieur. »

Or, ce « monsieur » est non-seulement un écri-

vain de valeur, mais un ancien officier de l'armée française, décoré pour sa bravoure au Mexique même, et qui, pendant que M. Rouher et ses applaudisseurs allaient chasser des lapins savants dans les tirés de Gompiègne, risquait sa vie tous les jours et gagnait des fièvres dans les Terres Chaudes pour le triomphe du prêteur à la grosse semaine que vous souteniez du plus pur de notre sang.

Je reconnais bien là le bon goût, la loyauté et la gratitude des hommes d'État qu'on fait venir tout exprès d'Auvergne pour nous gouverner. Tant qu'on s'emploie à leurs petites combinaisons, on est un brave militaire. Le jour où sa légitime répugnance à les servir fait un devoir à M. de Kératry de donner sa démission, M. Rouher lui dit des impertinences.

Le .Moniteur, à la suite de ce mot « un monsieur, » ouvre cette parenthèse : [Rires.) On se sent en effet en proie à la gaieté la plus vive en songeant aux amusantes péripéties de cette expédition, où, après tout, nous n'avons guère perdu plus de trente mille hommes, mangé plus de huit cents millions, et à propos de laquelle les réclames orales prononcées par le ministre d'État en faveur des obligations mexicaines ont ruiné deux mille cinq cents familles à peine.

Je comprends du reste que M. Rouher et ses adeptes trouvent ce résultat relativement comique, car ils savent que nous en verrons bien d'autres.

Un électeur assis dans une des tribunes du Corps législatif s'est permis, l'autre jour, d'applaudir une improvisation de M. Ernest Picard. M. Schneider a parlé de manque de respect à l'auguste assemblée et a finalement menacé le public de faire évacuer la salle.

Je parie à M. Schneider une de ses locomotives contre un de mes communiqués que je vais un jour à une des séances de la Chambre, et qu'après le discours du ministre d'État, de l'Intérieur, ou de la Guerre, à son choix, je donne le signal des bravos sans que le président du Corps législatif m'accuse d'inconvenance et me menace de me faire sortir.

Il n'y aura pas au 15 août de cantates pour les théâtres, mais il y aura, dit-on, de nombreuses croix pour les députés. Ceux qui ne sont rien deviendront chevaliers, et ceux qui le sont déjà passeront officiers.

Il est donné à la seule France d'assister à de

pareils spectacles. Un député est un citoyen nommé par le pays pour contrôler la conduite du gouvernement. Or, il se trouve que c'est précisément le contrôlé qui décore son contrôleur. C'est exactement comme si, à la fin de l'année, les élèves donnaient des prix à leurs professeurs et comme si les faillis offraient à leurs syndics des obligations de chemins de fer,

Le côté tout à fait réjouissant de ces décorations spéciales, c'est qu'elles sont accordées sur la proposition du ministre d'État, ce qui est bien fait pour corser les acclamations qui accueillent ses discours les plus insignifiants.

A la place de M. Rouher, j'y mettrais moins de façons. Au commencement de chaque session, je ferais cette déclaration au Corps législatif :

« Messieurs,

» J'aurai à monter souvent à cette tribune. Je rougirais de vous demander vos applaudissements pour ma frêle éloquence. Je vous ferai seulement remarquer que personne ici ne peut être décoré que sur ma proposition. »

Si jamais je m'étais mis dans le cas d'encourir la peine capitale, au lieu de prendre un défenseur, je demanderais au président qu'on m'accordât l'autorisation de remettre la croix d'honneur à mes

douze jurés. Je puis me tromper, mais j'ai idée que j'obtiendrais des circonstances atténuantes.

Je n'ai pas l'honneur de connaître M. le général Rollin, qui vient d'être mis à la retraite comme adjudant général des Tuileries, à cause, disaient tous les journaux, de son âge avancé, qui ne lui permettait plus de surveiller assez activement la comptabilité du château.

On annonce aujourd'hui que le général Rollin sera prochainement élevé à la dignité de sénateur.

Ainsi, voici un homme qui n'a plus l'énergie nécessaire pour vérifier les mémoires des marchands d'asperges ou contrôler les notes du fumiste, et on le regarde comme très-suffisant pour faire respecter le pacte fondamental et pour défendre les libertés publiques.

Dans quel but, je le demande, le gouvernement donne, -t-il lui-même à entendre qu'il considère le Sénat comme une succursale de Sainte-Périne ?

L'agence Reuter publie la dépêche suivante :

« Madrid, 23 juillet.

» La reine est enceinte. »

Tout m'est expliqué maintenant : ces arrestations, ces emprisonnements, ces proscriptions, ces fusillades n'étaient que des envies de femme grosse. Et malheureusement il faut bien lui passer ces fantaisies, l'héritier du trône n'aurait qu'à venir au monde avec une potence dans le dos !

D'après le correspondant du Journal de Paris, la pénurie du trésor portugais serait telle que le roi se serait décidé à vendre pour quarante-cinq millions de pierreries, afin de venir en aide aux caisses publiques.

Ailleurs les choses se passent autrement, c'est-àdire qu'on vide les caisses publiques pour venir en aide au souverain. Mais ce qui ressort de la nouvelle ci-dessus, c'est qu'il existe sur cette terre, si pleine de cailloux pour les uns, des êtres pouvant posséder quarante-cinq millions de diamants improductifs, lorsque la moitié de cette somme suffirait à apprendre à lire et à écrire à tout un grand pays.

Et messieurs les dynastiques s'étonnent que nous ayons cessé d'appeler les rois les pasteurs des peuples !

Monsieur Sothern va, dit-on, revenir en France. L'idée que nous sommes exposés à voir de nouveau son insupportable ligure collée sur toutes les murailles a de quoi rendre folle une bonne partie de la population.

Il est vrai que nous voyons constamment sur les pièces de monnaie les mêmes têtes couronnées sans que notre raison en souffre. Et Dieu sait si quelques-unes sont désagréables à regarder !

Dimanche 26 juillet. — Je l'avais bien prévu : M. de Kératry, justement froissé de la grossièreté avec laquelle M. le ministre d'État (A moi, d'Auvergne!) s'était exprimé à son égard, lui a adressé une lettre très-dure, où il le rappelle à la vérité et à la politesse.

Je ne vois pas trop comment M. Rouher sortira d'embarras, à moins qu'il ne réponde par une nouvelle grossièreté; parti qu'il se décidera probablement à choisir.

Seulement, si ce dépositaire de la pensée du maître doit continuer à la répandre sur ce ton si plein d'urbanité, je lui conseille de prendre quelques leçons de chausson.

Je n'y apporte pas le moindre acharnement, mais je crois que l'heure est venue de risquer une nouvelle citation :

« Ne devons nous pas rougir, nous, peuple libre, ou qui du moins nous croyons tel, puisque nous avons fait plusieurs révolutions pour le devenir; ne devons-nous pas rougir, disons-nous, en songeant que même l'Irlande, la malheureuse Irlande, jouit, sous certains rapports, d'une plus grande liberté que la France ?

« Ici, par exemple, vingt personnes ne peuvent se réunir sans l'autorisation de la police, tandis que dans la patrie d'O'Connell, des milliers d'hommes se rassemblent, discutent leurs intérêts, menacent LES FONDEMENTS DE L'EMPIRE BRITANNIQUE, SailS

qu'un ministre ose violer la loi qui protège en Angleterre le droit d'association. »

(louis-napoléon Bonaparte. — Progrès du Pas-de-Calais du 4 octobre 1843.)

Oh ! oui, nous devrions rougir, et je ne m'en fais pas faute, hélas ! en songeant qu'en 1843 les gens pouvaient être punis quand ils étaient plus de vingt, et qu'en 1865 (vingt-deux ans plus tard!) on en a condamné en police correctionnelle parce qu'ils étaient treize.

Lundi 27 juillet. — M. Rouher a un tort énorme, sans préjudice des autres : depuis quelques jours, il ne peut plus aborder la tribune sans parler de son honnêteté.

Le public et moi, nous avons fait une remarque, c'est que les honnêtes gens se gardent généralement de mettre ainsi leur honorabilité sur le tapis. Ils attendent que cette idée vienne aux autres. Il n'y a plus guère que les gens pris de vin qui rabâchent presque toujours en battant les murs :

— Moi, je suis un honnête homme... un honnête homme... un honnête homme.

On s'est enfin décidé à faire un service commémoratif pour le roi Louis de Hollande.

Soutenez donc encore que les réclamations de la presse sont mutiles !

Les frères Péreire et les administrateurs du Grédit mobilier ont été déclarés responsables des pertes subies par plusieurs actionnaires.

Pour l'affaire des obligations mexicaines, les choses ont été jugées autrement. C'est le gouver-

nement qui a enfoncé les souscripteurs, et ce sont les contribuables qui sont responsables.

Mardi 28 juillet — L'arrivée du duc et de la duchesse de Montpensier à Lisbonne a motivé de vives réclamations de la part de M. de Montholon, ministre plénipotentiaire de France, qui s'est vainement opposé au débarquement des deux exilés.

M. de Montholon était ministre plénipotentiaire aux Etats-Unis quand ceux-ci nous intimèrent l'ordre, si je ne me trompe, de quitter le Mexique dans le plus bref délai. Ses réclamations, il me semble, furent alors moins énergiques. Le défaut du roi de Portugal est de ne pas avoir aussi une flotte cuirassée et douze cent mille hommes prêts à entrer en campagne.

On ne s'imagine pas à quel point ces instruments adoucissent les mœurs du gouvernement français !

^es décorés du ! 5 août devraient être obligés

d'aller chercher eux-mêmes la croix en haut du mât de Cocagne de l'Esplanade des Invalides.

Nous serions sûrs au moins qu'ils auraient fait quelque chose pour l'avoir.

La République d'Andorre, disent les correspondances, a mis à la porte le Syndic et le Vice-Syndic, accusés de se livrer à l'usure. Ces deux hauts fonctionnaires ont été aussitôt remplacés, et, un quart d'heure après, toute trace de désordre avait disparu.

Deux des premiers magistrats du pays sont accusés de tripotages à la Bourse ou ailleurs. Vlan ! ils sont destitués en moins de quinze minutes.

Gomme on voit bien que le Yal d'Andorre est une République!

L'Étendard annonce que, sur la recommandation de M. Calvet-Rogniat, député de l'Aveyron, ie ministre des cultes a accordé à la commune de Base un secours de deux mille francs pour achever son église.

Ce fait-divers est modelé sur l'antique. C'est le

IZE -PREMIERES LANTERNES

candidat officiel qui demande le secours, c'est le ministre qui l'accorde, mais ce sont les électeurs qui le payent!

Mercredi 29 juillet. — La rue de Grenelle- Saint-Honoré prendra désormais le nom de rue Jean-Jacques-Rousseau.

Yoilà un écrivain qui fait bien d'être mort depuis quatre-vingts ans ! SU s'était avisé de publier Y Emile et le Contrat social sous le règne de M. Pi nard, régnante Pinardo, au lieu d'avoir son nom collé sur une plaque bleue à l'angle d'une voie carrossable, il serait, à l'heure où j'écris, prive de Ses droits civils et politiques, obligé de payer soixantequinze mille francs d'amende et employé à fabriquer des chaussons de lisière dans une maison centrale.

Jeudi 30 juillet. — Avant- hier, la session -du Corps législatif a été déclarée close, et les députés se sont séparés aux cris de « Vive l'empereur ! » d'une part, et d'autre part de : « Vive la liberté! »

Je ne puis ignorer que dans le premier vœu il s'agit de l'empereur que nous avons.

Mais je voudrais bien savoir de quell: ïfkï'AC 1 est question, puisque nous n'enavo^s ggaeaBe.

Ce n'est pas « Vive, » c'est « Wéme h libs^1 . qui devrait être notre cri de raBîemesi

On m'apprend que Salnave, le président de ïa République d'Haïti, vient de prendre le titre d'empereur.

Je lui souhaite de finir mieux que ses confrères.

Le ministre Bismark s'étant aperçu qu'aux environs de la frontière les Allemands s'habituaient à parler le français, et que les Français patoisaient de leur côté assez proprement l'allemand, a envoyé les membres les plus distingués de son académie, qu'il a chargés de s'opposer de toute leur énergie à la fusion des langues.

Cet homme est décidément le plus fort. Il sait bien, lui, que le jour où deux armées pourront se comprendre entre elles, au lieu de s'aborder à la baïonnette, elles iront l'une à l'autre pour se dire :

— Au fait, nous sommes trop bêtes de passer, notre temps à nous massacrer pour des individus qui ne nous invitent jamais à venir partager leurs bons morceaux, et qui savent si bien nous trouver quand ils ont à placer des obligations véreuses.

La fusion des langues serait la suppression de la guerre. La suppression de la guerre serait la fin du despotisme, et ce sont précisément ces petites choses-là qu'on tient à garder.

On a beaucoup remarqué que M. Schneider, en prononçant la clôture de la session législative, n'a ajouté à ce fait important aucun discours d'adieu et n'a fait aucune allusion au bonheur de se revoir (air connu).

11 est aussi d'usage qu'en se séparant de ses collègues, le président du Corps législatif remette sa carte à chacun d'eux. M. Schneider ayant négligé cette cérémonie, on en a conclu que les députés actuels ne reverraient pas leur président à la prochaine session, c'est-à-dire que les élections étaient prochaines.

Il est en effet bien inutile de garder des formes avec des gens dont on ne doit plus avoir besoin.

En revanche, les députés de la majorité sont tous allés chez le concierge des Tuileries déposer leurs cartes avec cette formule : P. P. G,

Ce qui, aux yeux de tout homme impartial, signifie :

Pour Préparer Candidature.

Vendredi 31 juillet. — J'ai donné un peu d'air au communiqué afin de le rendre plus supportahle. Je me décide à en essayer moi-même la lecture, et j'y découvre ce fait curieux que le rapport du sénateur Tourangin, introduit sans ma permission dans ma Lanterne, ne répond en quoi que ce soit aux questions que j'ai posées relativement àM.Sandon. Je demande et je n'ai jamais demandé que ceci :

« Gomment explique-t-on qu'un homme, resté en état d'aliénation mentale pendant le ministère de celui qu'on accusait de l'avoir fait enfermer, a recouvré définitivement la raison le lendemain même de la mort de ce ministre ? »

Voilà ce qui était important à savoir, parce que, s'il était prouvé que le décès d'un ministre suffit

330r MES TREIZE PREMIÈRES LANTE RÏ£ES

i pana? guérir les malheureux atteints, de folie,, il fau- * drait eu conclure que ces fonctionnaires sont. utiles

à quelque chose, ce qui boule verserait toutes les

idées reçues*

LA LANTERNE N° il

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