ACTE TIT
Personnages: Mme du Cantclhanié, Lina, Mme (In TaUk, Mme de Boistouffu, Mme Deshirers, Mme Lepeiiplier et Gerirude..
La xchie se passe à Casfel-TIantf', eoinnir VAete II.
Quand le rideau se levé, tous les pjersonnages mentionnés ci-dessus, excepté Gertrudc, sont sur la scène. Poses naturelles, lune d'elles brode, une autre tricotte, une autre regarde des gravures, etc.
(Mme du Castelhanté) — Tant de méchanceté ! . . . C'est presque incroyable ! ! . . .
(Mme du Taillis) — J'ai eu peine à le croire moi-même, quand le Notaire nous l'a dit. . .
(Mme Lepeuplier) — Moi, je n'ai pu me rendre chez le Notaire hier et je ne connais pas les détails de cette affaire.
{Mme du Taillis) — Eh ! bien, voici : Avant même de recevoir la lettre de Lina, le Notaire a eu des soupçons. Un jour de la semaine dernière, ayant affaire à Gertrude, il lui a écrit do se rendre à son étude; mais il l'a attendue en vain. Aussitôt, il s'est douté de quelcpies chose, et bientôt, il a découvert (pie Gertrude n'était plus en ville mais dans une des maisons de ferme de Castel-Hanté . . .
(Lina) — De Castel-Hanté !
{Mme du Taillis) — Oui, de Castel-Hanté!
Le Notaire donc a fait épier tous les mouvements de Gertrude; et bien vite on a découvert le pot aux roses .... C'est Gertrude qui mascarade ici comme spectre du Castel. . . .Souviens- toi, Lina, de sa menace de vengeance-
(Mme Deshivers) — C'est inouï!
(Mrne du Castelhanté) — Son but, alors, c'est la vengeance? . . .
(Mm,e du Taillis) — La vengeance d'abord, l'ambition ensuite —
(31 me Lepeuplier) — Comment, l'ambition?
(Mme du Taillis) — Mais, Gertrude a voulu rendre Castel-Hanté intolérable à Lina et à sa mère. . .Elle y avait presque réussi.
(Lina) — Oui, elle y avait presque réussi et c'est à elle que revenait le Castel si nous l'avions abandonné. . . .
(Mme du Taillis) — Donc, à 11 hrs. précises, chaque soir, Gertrude quitte furtivement la maison de ferme. Elle entre au Castel au moyen d'une clef qu'elle a en sa possession, puis elle se dirige vers le donjon, où elle revêt son déguisement et. . . .Mais, il y a une note comique dans toute cette affaire (riant) hal Ha! ha!
(Mme du Castelhanté) — Cette note comique, je ne la perçois pas, ma cousine!
(Mme du Taillis) — Pourtant il y en a une: Gertrude est très susperstitieuse et ce n'est qu'en tremblant qu'elle joue le rôle de Solange du Castelhanté. . . .Elle croit à la légende comme à l'Evangile. . .C'est pourquoi je lui réserve une petite surprise à ma façon, tout à l'heure, une surprise qui lui ôtera l'envie de jouer dorénavant au spectre.
(Mme Deshivers) — Qu'allez-vous faire?
(Mm.e du Taillis) — Vous verrez, vous verrez!. . . .Mais il est déjà 11 V2 hrs! Eteignons les lumières, et mettons-nous aux fenêtres afin de voir arriver le fameux spectre.
(On éteint presque toutes les lumières et toutes se mettent aux fenêtres)
(Lina) Ce n'est pas trop tôt. . .La voici Gertrude ; je l'aperçois.
(Mme du Castelhanté) — Oui, c'est elle; je la reconnais à sa démarche.
(Mme Lepeuplier et Mme Deshivers) ensemble— Mais oui, c'est cette bonne Gertrude!
(Mme du Taillis) — Maintenant, soyez donc assez bonnes de vous ret'rer dans cette alcôve: le dernier acte va commencer.
(Toutes se retirent dans le fond de la scène, derrière une portière.) (Mme du Taillis) —
CovUUAv^X-.'IWUAoAiln. VwV Zo^^v^yX, U ÏaA- -^j^UU. . \»^ (il^^^-«J-- «^«A^
jfj,vj-j-Jvvn^-ijN i^w,,,^m
fj .fjj'j%-i.ri -ijij jf\;j-^
Cousines, vous allez voir comme
Il est facile d'effrayer
Ou d'intimider le fantôme
Qui hante le Castel-Hanté.
(Riant,) Ha ha ha, etc.
Qui hante le Castel-Hanté.
Pour satisfaire sa revanche, Dans le donjon de ce château.
Le spectre met sa robe blanche ....
Il nous apparaîtra bientôt.
(Riant) Ha ha ha, etc.
Il nous apparaîtra bientôt.
J'ai préparé la mise en scène
Et, bien sûr, je réussirai. . .
De moi, ne soyez pas en peine;
Tout h l'heure, je reviendrai.
(Riant) Ha ha ha, etc.
Tout à l'heure je reviendrai.
(Mme du Taillis sort. Le piano joue le refrain de l'ouverture. Un tevfips. Gertrude, drguisée en spectre, arrive sur la scène et fait mine de lire une lettre, comme à l'Acte II, Mme dn Taillis, déguisée en spectre, elle aussi et tenant une lettre ouverte à la main, arrive sur la scène à son tour. Elle se place un peu en arrière de Gertrude. Un temps. Le piano joue. Gcrirude se dirige vers la sortie, lentement, et tout à coup elle aperçoit Mme du Taillis. Elle fait un mouvement en arrière.
(Gertrude) — Ciel!. . .T.e Spectre!. . . (^7/^ recule jusqu'au milieu de la scène)
(Mme du Taillis) s'avançant lentement sur (rcrfrude . . . J^oi.r sourde — Qui eles-vous, qui osez uio personnifier ici?.... {Elle enlèrc lentement le voile dont Gertrude a le visage couvert)
(Gertrude) reculant encore — T.e Spectre!
Le Spectre ! !
(Lina) — ICli ! bien, (îcrtrudc?. . .
(Cfcrfntde) (U'aiynant Mme du Taillis — Le Spectre ! Le Spectre ! !
(M Die (le lioisfoifjfy) — Qu'est-ce que ça veut dire, tout ça? Pourquoi (Tertrude portct-elle ce costiune?. . .Va-t-elle danser le lan^o?
(Tontes sourient)
(Gertrude) désignant Mmie du Taillis — Te Spectre! Le Spectre!
{Mme du Castelhanté) à 31 me du Taillis — C'est assez, ma cousine! (Mme du Taillis enlève son voile)
(Gertrude) — Madame du Tîdllis!
(Mme de Boisfouffu) — Et vous aussi, cousine du Taillis? Non, vrai, je ne me suis jamais tant amusée au Castel! (elle rit)
(Mme du Taillis) à Gertrude — Misérable!
Tu le vois, nous avons découvert ton joli complot. Mme du Castelhanté et Lina allaient quitter le Castel . . . Regarde ta tante, Gertrude de Lespoirdéçu ; tu ns réussi à la faire mourir presque de peur et d'énervement ! 0 misérable !
(Mme LepeAiplier)— Mais ça ne se passera pas ainsi, Gertrude. . .Nous avons les ordres du Notaire, cpie nous allons exécuter à l'instant; tu vas être eiiferînéc dans le donjon de ce Castel jusqu'au uia,!in et, de la, tu seras conduite en prison. {Elle passe les menottes aux poignets de Gertrude)
(Gciirudc)— Ail donjon 1 Kn pr'.i^on ! Non, non !
(Mme Dcshircrs)— An donjon., le Sp3ctre du Castel!
{Mme du raillis, Mme Dcshircrs ci Mnw Lepcnplier) ensemble— A\\ donjon! Au donjon!
{Gertrude) — N'aurez-vous ])as pitic?. . .
{Toutes font un signe négatif)
(^Lina) — Non, pas de pitié!. . .Tu as fadli tuer ma mère, dont le système nerveux était si affaibli d'avance.
{Mme du Castelhanic) — Lina !
{Toutes, excepte Mme du Castelhanic.) — Au donjon! Au donjon i {On entoure Gertrude)
{Toutes) cxccpir Mme du Castclhanté —
o ^ aîiU)à
|.|f'» .1 J > ." J J 1 ^-\. T-\r4^-i^JÏ
GHANT
Au donjon celle qui complote!. . .
Elle saura, nous Tesporons, Pleurer sa méchanceté sotte Dans l'obscurité du donjon.
Au donjon ! Au donjon !
(à Gertrude) — Au vieux donjon, nous allons te conduire, Au vieux donjon, tu passeras la nuit Car ce n'est plus, pour toi, le temps de rire Puisqu'en prison demain on te conduit.
Reprise de: ^'Au donjon, etc.
(Après ce chant, M vie du Taillis et Mme Lepeuplicr font faire volte-face à Gertrude et toutes trois se dirigent vers la sortie)
(Mme du Castelhanté) à Mme du Taillis et à Mme Lepenplier — Attendez! (Mme du Taillis, Mme Lepevplier et Gertrude s arrêtent et se tournent du coté de Mme du Castelhanté. Mme du Castelhanté se dirige vers Gertrude et lui enlève ses menottes) — Tu es libre, Gertrude!
(Toutes) — Libre!!
(Lin a) — M a mère !
(Mme du Castelhanté) — Lina, i] faut savoir pardonner si nous voulons être pardonnes un jour. . . Jo crois, d'ailleurs, que la leçon profitera à Gertrude. . .
(Gerirude)se jetant au.r r/r^mux de Mme du Castelhanté) — Merci, oh! merci!! Le ciel vous ])énira ])our votre £>Tande bonté (à Lina) Lina, dis-moi cpic toi aussi, tu me pardonnes. . Souviens-toi de notre enfance à toutes deux, d'^ notre amitié d'autrefois, (elle pleure)
(Lina) — .le te pardonne. Relève-toi, Gertrude (Gertrude se relève) et reste au Castel : nous t'invitons ])our ime longue visite, ma mèro et moi.
(Gertrude) — Tu es un ange, Tâna: tu es la digne fille de ta mère!- A ton invitation je suis très sensible, erois-le; mais je ne puis l'accepter, car je pars demain pour le front, comme ambulancière. . .
(Mme du Castelhanté) — Reste avec nous Gertrude; nous sommes prêtes à t'aimer, Lina et moi.
(Gertrude) — Je pars. . .C'est là-bas qu'est ma vocation, j'en suis convaincue; mais je partirai le cœur léger puisque vous m'avez pardonnée.
(iS'îir Tair de la première partie de Vouverture.)
Plus de Spectre, plus de mystère.
Qu'au Castel-Hanté désormais — Nous en faisons le vœu sincère — Règne le bonheur et la paix.