‹ Mes trois castelsChapitre 2 sur 12 · Acte I · texte numérisé non relu

Acte I

Personnages: Charlotte de Castelisolé, Marielle, Gertrude, Rita, Yvette, Simonne, Fleurange, Jeannette, Marthe.

La scène se passe dans un jardin, à Saint- Jcan-de-Luz, sur les frontières de l'Espagne.

Quand le rideau se lève, les jeunes filles, excepté (Charlotte et Marielle, sont à préparer des guirlandes de fleurs. En travaillant, elles chantent.

aii^

oi jl.^r^^ 1 y' Ay^\\.

'fux. lAKuiiinAJs. , V'UxaMAJt • i-ev-d , a - 'Vn'u.

CA>, Uxx^-cwiiouA. l'uviKul .

j : 1 ^ *i ^ 1 j J h ' 1 1 -le

lE^

1^;, -1 Jij-.h ih-^n -iP^^^^

A>-aAKiL2 - C/«*^ , (ÀoA-oJt - toVi,, Ikaiaha J*. (Wa *. - ^o-

aL^jLvA^ij^ jj ; j->J4A^^-Ji-'t4^i^

ijjt/v al-^a^t(> dU lu, wfi&i. 8ACaAA..Xv.'V\Jt, <.«^ kSLiuti/ iuin*xAvuJA/ lL<t4w**«\-, 8^'

W-r*"! '' .)' -^l^fVV-nh^H^

Refrain

Travaillons, travaillons, amies.

Travaillons, sans perdre un instant ;

Achevons ces gerbes fleuries

Pour demain, car c'est la Saint- Jean.

Travaillons, travaillons, (hw).

Voyez, auprès de la belle cglantine

Je place le <îentil jasmin

Et ma guirlande aura charmante mine

A notre fête de demain.

J'ai proforo les douces violettes,

La marguerite et le lilas. . .

Dites, comment aimez-vous ces fleurettes.

Dont l'ensemble est si délicat?

(Yvrffr) — Ma nfuirlnnde est terminée, mais io ^^o snis où placer ceife rose. . .

(Rifn) — Pont-etre puis-ic t'aider? Anporte-moi ta «Tuirlapde, Yvette: la mienne est prête et, d'ailleurs, nous avons bien le temps.

{Yvette apporte sa guirlande à lîita, qui y poae la rose). J'espère qu'il fera l)euu deinain.

(Gertrude) — J'en doute... Des nuages sombres estompent le firmament et. . .

{Jeannette) — Oh! tais-toi donc, prophète de malheur.

{Gertrude) — Je ne demande (juà me tromper, croyez-le, car la fetc promet d'être belle.

{Marielle arrive sur la scène).

{Simonne à Marielle) — Toujours en rotard cette chère Marielle!

{Marielle) — Je mérite ce reproche, je l'avoue Mais, je viens de rire. . . (riant)

Ha! ha! ha!...

{Flcurange) — Cela t'arrive assez souvent. . . de rire, j ^entends.

{Marielle souriant) — Est-ce un reproche?

{Jeannette) — Non, non, nous ne te le reproclions pas; hien au contraire. . . Mais, si tu nous disais la cause de ton hilarité, nous ririons avec toi : un plaisir partagé est augmenté de moitié.

{Gertrndf) — Cependant, ça porte malheur de rire d'un trop grand cœur.

{Marielle saluant Gertrude) — Salut à toi, aimable prophète !

(Gertrude) — C'est bien, riez, riez; rira bien qui rira le dernier. (Marielle hausse les épaules et tourne le dos à Gertrude) . . .

(Marielle) — Je viens d'avoir une longue conversation avec Charlotte de Castelisolo. (riant) Ha ha ha!

(Yvette)— A^;ec Charlotte? Eh! bien?

(Marielle) — Vous connaissez sa toquade?

(Rifa) — Oh! oui, (déclamant^ "Le château de mes ancêtres ce Castel-Tsolé. . ."

(Jeannette) — " Ce château en Espagne " . . Car il est en Espagne ce château des ancêtres de Charlotte. (Toutes rient).

(Fleurange) — Et dire que Charlotte est t43l1ement convaincue de la noblesse do sos oïeux qu'elle affecte la coiffure à boudins et les robes à panier.

(Marielle)— PRUYve Charlotte!... Elle ne mannue pas d'esprit, vous savez, et sur tout mitre suiet oue Castel-Tsol'^. . . En l'écoutant, tout M l'heure, il m^esi venue une idée nui. si elle était mise n exécution, nous ])rocurerait. n toutes, beaucoup de plaisir et, en même temps, içîuérirait Charlo+te de sa manie. En êtes- vous?

(Simonne) — Oui, oui. Fais-nous part de ton plan, nous t 'écoutons.

(Maricllc) — Tout à l'heure donc, je me propose de. . .

(Charlotte' arrive sur la scène) (Gertrude à Charlotte) — Viens m'aider à terminer cette guirlande, Charlotte. L'oisiveté ne vaut rien et, de plus, elle est mauvaise conseillère, tu sais.

(Charlotte secouant la tête) — Impossible! Je ne saurais m'occuper de telles bagatelles. Aujourd'hui, je me sens le cœur oppressé, comme si j'étais à la veille d'une catastrophe ou d'un grand é\énement.

(Marielle) — Qui sait ce que te réserve l'avenir, Charlotte? Peut-être le rêve que tu as fait la nuit dernière se réalisera-t-il bientôt. (Marielle sort en riant tout bas).

(Jeannette) — Un rêve?. . . Quel rêve?..

(GrrtrvrJe) — J'espère que tu n'as pas rêvé que tu assistais h une noce, car, c'est signe de mort.

(Charlotte) — Non. non.... J'ai rêvé que ie franchissais lo=! frontières et nue je prenais enfin possession dn château de mevS ancêtres.

(Chant).

(fouJiJiU^D. , J'Ji ; i ■ .f \.^

tUw' Kt ^Jt«><>AA/,'yiv.»'-iA.aAi- diLr\y\^ eL\^ii£.' , UjL<i.' <J.«uA«nA. iAÀ.

Ah ! te revoir, château de mes ancêtres. Pouvoir enfin m'abriter wsous tes tours ! . . . Dans ce pays que je veux tant connaître, Qu'il serait doux de demeurer toujours!! {his) .

Souvent, la nuit, quand l'étoile scintille. Je crois to voir o Castel-Tsolé ! . . . T^s vieux donjons» tes flèches, tes aio^uille^î. Ton pont-levis, tes jardins et tes près, {his) {Marthe entre, j)ortant, sur un plateau,

une longue enveloppe, aux larges cachets de

cire.)

(Marthe s inclinant devant Charlotte) —

Pour Mademoiselle de Castelisolé. {elle sort).

(Charlotte) — Pour moi?. . . On dirait un pli officiel. . . Que peut bien contenir cette enveloppe?. . .

(Rita) — Le moyen de le savoir, c est de l'ouvrir.

(SiDionnc) — Kh ! oui, ouvre-la donc!

(Yvette) — Et si ce n'est pas une communication trop privée, lis-nous-la ; nous mourons de curiosité.

(Gertrude) — Et puisse-t-elle ne contenir aucune nouvelle désolante!

(Charlotte déchire l'enveloppe et en retire une lettre, au bas de laquelle est un large cachet de cire, et la lit tout bas).

(Charlotte) — Mon rêve!... Il s'efface, il s'efface!!!. . . Enfin, il est venu ce moment tant désiré, ce jour pour lequel j'ai vécu jusqu'ici... Ecoutez: (lisant)

" A Mlle Charlotte de Castelisolé, Saint-Jean-de-Luz,

En cet an de grâce 1885

Honorée Demoiselle,

Lundi prochain, à cinq heures du soir, le luiit-rossort de Castel-Isolé S"ra à la porte de votre demeure pour vous conduire au château de vos ancêtres. Tout sera prêt pour vous

recevoir; vous n'aurez qu'à prendre possession. Veillez croire,

Honorée Demoiselle de Castelisolé, A la considération très distinguée de votre lunnble et dévoué serviteur,

H. Firniin,

(Les jeunes filles ensemble) — Oh!!

(Rita) — C'était donc vrai cette affaire de château en Espagne?

{Charlotte, l'air hautain) — Kn avez-vous douté? Mon château est situé sur la route conduisant (le Bilbao à Saint-Basticn. {se Uvani) Au revoir. Je vais hâter mes préparatil:: de départ. Je reviendrai, dimanche, vous faire mes adieux, {elle sort).

{Jeannette) — Et dire que nous nous sommes tant moqué de cette pauvre Charlotte !

{GertrvfJp) — Je Viù toujours dit: rira bien qui rira le dernier.

(MarieJle arrive inir la f^cène, .sv.s yeax fnvt Je four du jardin).

{MarirJJr)—Où pst nllop rhnrlofto?

(Simonne) — Elle est nllée faire ses préparatifs de départ.

(Yvette) — Eiitemls-tu, Mariellc? Ce n'est pas lin cliâteau iniasinaire que Caste 1- Isolé. . .

(Mariclle) — Eh! je le sais bien. . . Cas- (el-lsolé justifie son nom; il est isolé do toute habitation. Mais ce n'est qu'une ruine que Castel-Tsolé, une mine pittoresquement située au versant d'une colline, dans la partie la plus sauvage peut-être de l'Espagne.

(Jeannette) — Charlotte a reçu de sou notaire, une lettre dont elle nous a donné communication.

(Marielle riant) — Ha ! ha ! ha ! Je sais, je sais. . . C'est moi qui l'ai rédigée cette lettre... '''l. tont(>s. vous y avez cru... A'oilà ce fjni s'appelle avoir du succès !

(Fleurange) — Comment! C'est toi!!

(Marielle) — Eh! oui. Et maintenant il s'assit d'exécuter le reste de mon ])lan . . . Nous allons rire!. . . Charlotte ne ixirtira pas soul'^ pour l'Espafïuo: nous l'accoT>ipagnerons s'uis "M 'elle s'en doute.

(T^)in^ — "NTo"* 1''T'roninn();]ierons fli<-^'i'!^ (^Jan'^nf^ — Oui . . . Tenez, si vous voulez venir r>hoz moi inmiédiatement. ie vous ferai part du complot que j'ai imaginé. Venez I

Ah ! est-il rien de plus agréable que de comploter?

f .^ i. 1 1 °l rj-ri- T- 1 J| J j iii^

/yi/i^a iw. ■ a|<4u<-«. - <u^ »cu>-<a.

ivuytix

Ol/WU^ Iv- *r\AvvtJ!.

lÂtuJ^.

\JIK , <UiJ«- C-W: a - <Y^

Comploter, que c'est agréable!

Et nous rendrons, évidemment, Un service inappréciable A notre amie en même temps.

PoiîT (lélivi'or dinrlotto

De Castclisolé

De sa toquado sottr,

Nous allons comploter.

Reprise: Comploter. . .etc.

(Toutes sortent aux dernières paroles du ehoeur).

Page 1