ACTE II
Personnages : Les mêmes qu'à Acte I plus, Perrine.
La scène représente une galerie de portraits à Castel-Isolé. Sept cadres sont suspendus aux murs.. .Dans chacun de ces cadres est une des jeunes filles de l'Acte L déguisée en châtelaine. Robes à paniers, coiffures à boudins, talons français, etc. Les châtelaines doivent rester immobiles, .même quand elles chantent ou qu elles parlent.
Au bas de chaque cadre il y a une ou deux marches. Quand le rideau se lève, Charlotte est debout au milieu de la galerie.
(.rharloitr— Chant).
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Je te i)o.ssède, ô mon noble héritage, Je te revois, château de mes aïeux ! . . . Bienheureux sort, qui me donne en partage Ce legs si ])eau, si grand, si précieux! !
Refrain
Or, dans la splendeur somhre De Cixstel-Tsolé Mes ancêtres en nombre Ont bien voulu rester. . .
Toujours, restons ensemble
Sans jamais nous quitter;
Avec vous, il me semble,
J'aimerais demeurer.
(Les châtelaines, chantent avec CUaiiotie)
Or, dans la splendeur sombre
De Castel-Isolé
Vos ancêtres, en nombre.
Veulent bien demeurer. . .
Toujours, restons ensemble
Sans jamais nous quitter;
Avec vous, il nous semble
Nous aimerons rester.
(Charlotte)
Lorsque j'entends, sous ces voûtes géantes, Le vent qui passe, en sifflant et pleurant, Je ne crains rien, moi, noble descendante, De chevaliers, de preux, de courtisans.
Lorsque je vois le soleil qui se cache Et la nuit dans son sinistre manteau Envelopper la nature je tache De penser à mes aïeux, ces héros.
(A la fn riv dernier refrain, on frappe à In vnrfe (1p la oalerie) .
(Charloffe) — Entrez.
(Perrinr regardant les cadres tt arjant Vair effrayée) — Madame, c'est pour vous prier de quitter cette galerie et de descendre à la bil>liothèque, où il y a un l)on feu et où j'ai préparé du chocolat fumant pour vous.
(Charlotte) — Apportez le chocolat dans cette galerie ; je me plais mieux ici qu'à la bil)liothèque ou que dans aucune autre pièce de ce castel.
{Perrine)' — 0 Madame, venez, de grâce!. . Ne restez pas seule ici . . . Ces portraits . . . On dirait qu'ils sont vivants. . . qu'ils vont parler. . .
(Charlotte) — Quelle sottise! Retirez-vous si vous avez peur. . . Ces portraits. . . mais, ce sont mes ancêtres, (désignant l'un des portraits). Cette noble dame fut ma grand'mère bisaïeule. Lors de la bataille de . . .
(Pemne) — Pardonnez-moi, Madame; mais je ne pourrais rester dans cette galerie plus longtemps. . . Madame, ne ressentez-vous aucune frayeur?
(Charlotte) — De la frayeur! Mais, ce sont mes ancêtres. . . Je leur parle et elles scm])lent me comprendre. . . elles me répondraient que je n'en serais pas étonnée.
(On frappe et Marthe entre dans la galerie)
{Charlotte) — Kli ! bien, (iii'y-a-t'-il encore,?
{Marthe jetant, elle aussi des regards rjfrai/és sur les eadres) — Madanie, je viens vo-is demander la ])ermission de quitter le château à l'instant.
{Perrine)- -Et moi aussi, je pars. . . Il se passe de sino;ulières choses dans ce castel ... On y entend d'étranges frôlements, de sinistres chuchottements. . .
{Charlotte) — Et vous allez me laiser seule au castel?. . . C'est bien, partez! Moi, je ne crains rien ; une Castelisolé ne saurait trembler.
{Perrine et Marthe, ensemble) — Madame, nous regrettons. . .
{Charlotte, frappant du pied) — Partez, je vous chasse !
{Perrine et Marthe sortent)
{Charlotte, s adressant aux portraits) — 0 mes nobles ancêtres, vous auriez fait comme moi, n'est-ce pas?
{Les Châtelaines font signe que oui)
{On entend le bruit d'une porte qui se ferme avec fracas.)
{Charlotte)— Quel est ce bruit?. . . Ah! ce sont ces caméristes qui viennent de quitter le château, sans doute. Eh ! bien, qu'elles partent ; une solitude complète ne saurait me déplaire.
{Le piano joue en sonrdine, svr fa mesure d'un menuet).
{Charlotte) — Ah! n'est-ce pas exquis d entendre jouer ainsi les harpes éoliennes?. . . Quel rythme!. . . Quelle cadence!. . . Sans doute, mes aïeux ont dû, bien des fois, jadis, danser le menuet dans cette galerie, au son de ces harpes. Essayons.
{Charlotte recule jusqu'au fond de la galerie.. .Aussitôt, les Châtelaines descendent de leurs cadres et, avec Charlotte, dansent le menuet.
Après le menuet, les Châtelaines remontent prendre place dans leurs cadres. Charlotte va d'un cadre à l'autre et regarde fixement les Châtelaines) .
{Charlotte) — C'est assez singulier tout de même!. . . {elle frissonne) Mais je ne crains rien ; ce sont mes ancêtres et une Castelisolé no saurait trembler.
Allons, il doit être bien près de minuit; je vais me retirer dans mes appartements. {s adressant aux portraits) Au revoir mes nobles ancêtres.
{Les Châtelaines, munmirant) — Bonne nuit.
{Un temps. — Le piano joue).
(Rifa dedans son cadre) — Et main tenant qii 'allons-nous faire?
(Marielle) — Nous allons nous dépouiller de ces déguisements, quittes à les reprendre demain.
(Yvette) — Et ensuite?. . . Car, enfin, ça ne peut s'éterniser ce jeu.
(Jeannette) — Sans compter que cette pauvre Charlotte se meurt de peur, sans se l'avouer à elle-même.
(Simonne déclamant) — " Une Castelisolé ne saurait trembler!" Eh! bien, allons nous coucher; moi, je tombe de sommeil.
(Gertrude) — Oui, allons nous coucher.
Moi, je n'ai pas approuvé ton plan, Marielle, quand tu nous a proposé cette comédie ... La chose m'a semblé lugubre, tout simplemon'L lugubre !
(Fleurange) — Oh! toi!!
(Marielle) — Demain matin, à huit heures, rendez-vous dans cette galerie. Bonne nuit, à toutes.
(Ensemble) — Bonne nuit.,
(Les Châtelaines disparaissent derrière les rideaux, formant le fond des cadres).
(Un temps — Le piano joue).
{Charlotte arrivant sur la scène et ayant l'air cjfrai/r) — Je ne puis me décider à rester dans ma chambre. T.e vent mugit effroyablement cette nuit. . .et puis, ces caméristes avaient raison : on entend des chuchottements étranQ;os dans ce château. Je préfère rester dans cette galerie jusqu'au matin : mes ancêtres me tiendront compagnie. (Se tournant vers les cadres) 0 mes nobles an ... . Ciel î î Où sont-elles . . . Elles se sont effacées de la toile. . . Et je suis seule à Castel-Isolé pour y passer la nuit ! ( elk pleure).
{On frappe)
{Charlotte) — Qui frappe ainsi?... Que faire?. . . Allons, allons {voix tremblante) Je serais bien la première Castelisolé qui aurait connu la peur, (a la coulisse) Qui que vous soyez, entrez !
{Maridle entrant) — Eh! bien. Chariotte?
{Charlotte saluant Mariette ) — Salut, à vous, noV»le ancêtre!
{Mariette) — Voyons, voyons, Chariotte, ne me re<?onnais-tu pas?
{Charlotte)— Mi\TM\e\ C'est Marielle! !
{Elle .sv' jitte au cou de Marielle en pleurant). Marielle. oh ! c'est le ciel qui t'a conduite à Castel-Isolé cette nuit... Mais... ce costume. . . cette coiffure. . . Qu'est-ce que cela
veut dire?. . . (Elle jette un coup d'oeil sur les cadres)
{MarieUe) — Tu as deviné, Charlotte;
c'était nous les Châtelaines, tes ancêtres. . .Nous sommes toutes ici. {à la coulisse) Rita, Simonne, Yvette, Fleurange, Jeannette, Gertrude, venez toutes, venez! {Toutes arrivent sur la scène en riant).
(Rita) — J'espère, chère Charlotte, que nous ne t'avons pas trop effrayée?. . . Ce n'était pas notre intention ; nous voulions seulement to jouer un tour afin de te guérir de ta toquade à propos de Castel-Isolé.
(Charlotte) — Mais, le château?. . . L'héritage?. . . La lettre du notaire?. . .
(Gertrude) — C'est Marielle qui a tout inventé. . . excepté Caatel-Isolé, qui, d'ailleurs, n'est qu'une ruine, inhabitable, conséquemment Tu peux t'en prendre à Marielle, Charlotte. Moi, je n'ai jamais approuvé cette mascarade.
(Charlotte) — Ah! mes amies, merci. La leçon me profitera. . . (déclamant) Adieu, mon rêve, Castel-Isolé, adieu! (aux jewnes filles) Je retourne à Saint-Jean-de-Luz et, désormais, vous n'aurez pas d'amie plus satisfaite de son sort que Charlotte de Castelisolé.
(Simonne) — Oui, oui, retournons h Saint- Jean. Ives voitures nous attendent à la porte du château. Partons!
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(Même air que ''Or (/a/^.s- /a splendeur, sombre, etc.'')
Fuyons la splendeur soni])re De Castel-Isolé ; Les ancêtres, dans l'ombre, Préfèrent demeurer. . .
Fit retournons, bien vite, Au cher village aimé Vu jurant, tout de suite.
De ne plus le quitter.
CASTEL JOLI
CASTEL-JOLI
Pci'Hoiuiayr^: Marcelle, (dcnfeUère) : Ttmothée, (cousin de Marcelle, paysan lourdeau) ; Le marquis de Beauparlant, {jeune gentilhomme) ; La baronne de Savigny {châtelaine) ; La duchesse de la Prade, {jeune veuve) ; Florine, {servante à Castel-Joli) .
' ' " '-^ Acte I
PersoiuKtf/es: Marcelle. Tlniofliée, le marquis de Beauparlant.
(IjC choeur doit chauler, dans les coulisses, ù la levée du rideau).
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C'est i\u milieu de fleurs et de feuillage Aux plus chatoyants coloris.
Et dans le plus ravissant paysage, Que se dresse ''Castol-Joli". (Lis)
TT De l'aube au soir, dans le soleil qui brille, (3n entend un doux gazouillis:
. C'est l'oiseau qui, sous la verte charmille, Chante autour de ''Castel-Joli." (/>w) La scène se passe dans une furet.
Marcel}^ arrive sur la scène, portant v.n petit panier dans la main. Elle est vêtue d'une rohe courte à panier, reco^iverte d'vn mavJ^czi (! cap }i cil 0)1.
(Marcelle) — C'est un vrai labyrinthe, que cotte foret, et j'y ai complètement perdu mon chemin. Aussi, pourquoi me siiis-je fiée aux indications de mon cousin ! . . . Quel rustaud, (\\\v i'c ])auvre l'imotlun^ ! . . . et (luelle ])ersistance il niet à me poursuivre de ses attentions! . . Mais, por.r le moment, il ne s'agit pas de cela. Tl faut que je retrouve mon chemin, cette route oui conduit h Castel-Joli. Que ferait Mme la l^aronne, si elle ne recevait pas ses précieuses dentelles à temps! Le soleil décline déjà à l'horizon, et j*a' un })cu })eur. (Elle pencJie la
tvtr ci ('('onic). Q,uel(]u"iiii vieiil de re cô(é. . . Je vjiis nie faire indiquer la route à suivre. . . Ah î . . .
{Tiniofhrc arrive siii' la ^ccnc)
[TiiiKjfliée, l'air f/oiiailleur) — (iuoi ! Marcelle, tu n'es pas encore rendue à Castel- Joli?... Te serais-tu égarée en route, pir b.asard?
{31 ar celle, frappanl du pied) — Je crois que tu m'as donné de fausses indications^ lâche ! . . .
{Tlmofhée) — Tu. va^ me ])ayer cliev ce mot-là ma charmante cousine .. mais d'abord, que je te prenne \\\\ baiser, — {Il saisit la jeune fille par la taille et veut V embrasser ; tandis que Marcelle se défend son manteau tombe à terre).
{Le marquis de Beauparlant arrive sur la scène ^ et aperçoit Marcelle aii.r prises avec Timothée. Il saisit le paysan par le collet et lui fait faire deux ou trois tours sur lui-même).
{Le marquis) — Misérable lâche! si je ne craignais de souiller mon épée je te la passerais, au travers du corps. {A Marcelle) — Ne pleurez pas, gentille enfant, vous n'avez plus rien à craindre de ce rustre.
{'i iiufji'néc iiori (Il menaçant le riiarqni.-i du poing).
(Marcelle) — Combien je vous remercie pour le ^rand service que vous venez de me rendre, monsieur. . .
(Le marquis) — Je suis le marquis de Beauparlant, je me rends à Castel-Joli, où je suis invite pour le bal de la baronne de Savigny.
(Marcelle) — Castel-Joli!... Ah! moi
aussi, je me rends chez la baronne.
(Le marquis) — Vous êtes invitée?. . .
(Marcelle) — Oh ! je suis la dentelière de la baronne.
(Elle chante:)
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Moi je fais des dentelles
Pour parer
Les marquises si belles
A leur gré.
Tra la la la, etc.
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(Prenant vn bout de denteTZe cTans son panier, et le montrant an marquis elle chante) :
Regardez, je façonne,
An fnsean,
Des flenrettes mignonnes, ■
Des oiseaux
Tra la la la, etc.
(Le marquis de Beauparlant faisant mine d'examiner les dentelles) — C'est merveilleux!
(Marcelle, souriant) — N'est-ce pas?. . . . voyez ces épis; ne dirait-on pas qu'ils ploient sous la brise?
(Le marquis baisant une tresse des cheveux de Marcelle) — On dirait, en effet des épis de blé mûr.
(Marcelle toujours indiquant les dentolles) — Et voyez ces fleurettes.
(Le marquis baissant Us yeux de Marcelle)— On dirait des violettes encore humides rc rosée.
(Marcelle timidement) — Et ces roses. . .
(Le marquis) — Toutes fraîches épanouies, faites pour les baisers — (7/ se penche et baise les lèvres de Marcelle).
(Marcelle se reculant) — Oh, monsieur le marcpiis ! . . .
(Chant — même air.)
Mon cœur friiumble ouvrière
Est surpris
Des galantes manières
D'un marquis. . .
(Riant) — Ha ha ha ha, etc.
(Après le couplet qui précède, Marcelle remet son manteau. Le marquis saisit subitement h main de Marcelle, et désignant une bague qu'elle porte av doigt).
(Le marquis) — Mais cet rcusson est celui des Beauparlant ! . . .
(Marcelle) — Il n'y a rien d'étonnant h cela; ma grand'mère était Olympe de Beauparlant '
( Le ma rq u is ) — Olympe de Beauparlant ! celle dont le portrait occupe une place dans notre galerie de famille!... La belle Olympe de Beauparlant, qui furtivement, une nuit, quitta le château de Belal.'ri. pour épousar un pau\Te artiste, qui avait peint son portrait : Mais, alors Marcelle vous êtes ma cousine ! . . .
(Marcelle souriant, l'air moejueur) — J'ai bien cet honneur, monsieur le marquis de Beauparlant !
(Le marquis) — Ne vous moquez pas de moi. petite cousine.
(Marcelle) — Oh! cousine si éloignée!
{Le manjuis) — Mais cousine, tout de ineme, et soyez assurée, Marcelle, (jue vous avez désormais en moi un cousin fort dévoué, prêt n tout pour vous être asréaV)le,
(Marcelle) — Elles sont bien spontanées ces ])rotestations de dévouement. . .
(Le marquis) — P]llcs n'en sont pas moins sincères pour cela, et je vous le prouverai à l'occasion.
(Marcelle) — L'heure passe, monsieur 1-^ marquis, et je dois me hâter, afin de ne pas désnpi^ointer madame la baronne, qui attend ces dentelles pour le bal qu'elle donne à Castel-Joli, cette nuit.
(Le mare/uis) — Rien ne presse encore, la fête ne commencera qu'à l'arrivée de la duchesse de la Prade, avec qui j'aurai l'honneur d'ouvrir le bal.
(Marcelle soupirant) — Sans doute, ell?
est fort jolie, cette duchesse de La Prade!
(Le Diarqui,^ avec indifférence) — On le dit, mais elle m'est inconnue. Même, notre i2,racieuse hôtesse, la baronne de Sa\i,<2,uy ne h\ connaît ]^as.
(Marcelle) — Puisque vous voulez bien me conduire à Castel-Joli. monsieur le Marquis, j'aimerais à m'y rendre sans retard.
{Le marquis chante) :