Acte IT
Porsoiuia'j,'^^: Marcrllc d Florinr. — (J^n scène rcprésoifc ini hondoir. Sur un fauteuil est iDie riche toilette. Si'r un meuble sont des bijoux et dirers objets: (/a)itx, dentelles, etc.)
(Au If'vcr du rideau, Marcelle est seule, vêtue de son maiiteau et la tête recouverte de son capuchon.)
(Marcelle riant) — Ha, ha, ha, ha, ha, ha! .. En voila une bonne ! Quelle î\venture ! . . . Suis-je vraiment Marcelle l'ouvrière?... ou bien quelque fée m'aurait-elle changée en duchesse?. . . je ne comprends pas ce qui m'arrive. . . Je traversais un corridor, cherchant une porte de sortie, après avoir remis les dentelles de Mme la, baronne, et voilà qu'un domestique, me saluant jusqu'à terre, me dit: " Veuillez me suivre, madame la Duchesse."
J'ai cru, tout d'abord, à une plaisantoriG de mauvais goût; mais j'ai liientôt compris ({u'il y avait méprise. . .
(Apercevant la Unletfe sur le fauteuil) :
Oh !.. .
(Elle s'approche et examine la robe) :
Que ce doit être agréable de se sentir drapée dans un si moelleux tissu ! . . .
(Elle laisse glisser son manteau à terre, étend la robe devant elle et se regarde dans le miroir) :
La nuance est exactementt celle que j'aurais choisie. . . ; elle va bien avec la couleur de mes yeux. Comment disait-il cela le beau marquis? . . . ''Des violettes encore humides de rosée"... Ah! combien je Tenvie cette Duchesse de la Prade qui doit ouvrir le bal avec monseigneur le marquis de Heauparlant ! •
(On frappe) — p]ntrez. Elle remet hâtivement son manteau. . .Florin e apparaît, portant une enveloppe sur un plateau. Florine présente Venveloppe et se retire dans le fond de la pièce.
Marcelle, sans regarder la suscription. ouvre la lettre et se met à la lirr.. Elle parait fort embarrassée:
"Chère Duchesse —
J'apprends votre arrivée à l'instant, nous n'attendons que vous pour ouvrir le bal.
Baronne de Savigny, Castel-,Joli,
10 décembr3".
(Marcelle confuse froisse l'enveloppe dans SCS mains et répète à mi-voix) :
" On n'attend que vous pour ouvrir le bal..." Et c'est avec lui qu'elle dansera la belle duchesse ! . . .
(Marcelle semble prendre une résohillon subite, (t fait un signe à Florine) :
Quel est votre nom?
(Florine) — Je me nomme Florin o, madame la duchesse.
(Marcelle à part) :
Encore madame la duchesse. . . eh! bien, je vais l'être duchesse, pour ce soir, au moins.
.1 Florine. — l'-a-l-il un grand nombre d'invités?
(Florine) — Oh! oui, madame la duchesse. (Marcelle sourit très flattée) il y aura, le marquis et madame la marquise de la Lande, M. le comte et madame la comtesse de Beaumont, Mme la douérière de Saint-Hilaire, Mme la vicomtesse de Zambeck, le vicomte et la vicomtesse
de Roquefort, le baron et la baronne de Villebois, Mme la comtesse de Ilauterive. . .
(Marcelle, interrompant) — Je ne vous demande pas la liste com])lète des invités, ma lillc, je ne veux savoir que le nom de ceux qui sont en visite à Caste!-Joli.
{Florhie) — Oh! c'est facil:, il n'y a que quatre invités, madame la duclicsse: M. le duc d'Argençon, Mm 3 la marquise de Houssonvillo. Mme la comtesse de la Guardière e{ M. le marquis de Beauparlant.
(M arc "lie — com m " se parlant à elle-même) Le marquis de Beauparlant !
{Florhie) — On nous a dit cpie le jeune marquis ouvrirait le bal avec madame la duchesse— {elle mille Marcelle)
{Marcelle, à part) — Décidément le sort en est jeté, je serai duchesse pour le bal. {A Florine) Sortez, je vous a])])ellerai, dans un instant. (Florine sort).
(Marcelle seule) — Oui, je serai duchesse pour h bal. . .Me reconnaîtra-t-il?. . .Mais non, c'est impossible, il ne m'a vue que quelques instants . . . puis vêtue de ces beaux habits, la petite ouvrière ne se ressemblera plus à elle-même.
Elle chante
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Voyez, convertie en duchesse, La dentellière du canton ; Possédant toilette, richesse, Et donnant aux nobles le ton.
Mais cependant. . . .
Refrain :
Si d'une méprise j'abuse.
Ce n'est pas sans m'en émouvoir; Je n'ai recours à cette ruse, Que pour le voir, pour le revoir.
Je dois me hâter, l'heure passe,
Et ce ne serait pas gentil,
De tarder plus lon^temi^s, je lasse
ï.a patience d'un marquis.
Mais cependant ....
Si d'une méprise j'abuse, etc.
Soyons courageuse et hardie Et souvenons-nous que la fin Toujours pleinement justifie, En ce biis-monde le moyen.
Mais cependant. . . .
Si d'une méprise j'abuse, etc.
(Elle sort en chantant les cleniières paroles. )