Acte III
Personnages: Marcelle, Baronne de Savigny, marquis de Beauparlant, duchesse de la Prade, Timothée, et les invités de la baronne.
La scène représente un salon—Les invités sont un peu partout—au piano, une dame joue d'une main et cause avec un monsieur; groune de deux ou trois ici et là.
(Marquis de Beauparlant, s’avançant sur la scène, côté droit) —J'ai pourtant surveillé
toutes les portes de sortie, mais, je ne lai pas revue, la jolie dentelière...Par où peut-eile donc être passée? Mais demain, je la retrouverai: décidément cette enfant m'a charimé.
(La baronne de Savigny entre du côté gauche avec Marcel. Marcelle porte la riche toi. lite entrevue dans l'acte 11).
(Baronne de Savigny) —Chère duchesse, comme je suis heureuse de vous connaître enfin! Nous serons de grandes amies, vous verrez, malgré notre grande différence d'âge. Vous voulez bien, n'est-ce pas? que nous soyons de bonnes amies ?
(Marcelle incline la tête en signe d'assentiment.— Quelques invités viennent au devant de la baronne et de Marcelle)
(La baronne à Marcell:)—Je vous présente ‘Mme de la Lande. La comicsse de la Guardière ct le baron de Villebois.”?
(Tous trois saluent et causent er scmble La baronne traverse le salon et touche le marquis de Beauparlant à l'épaule) Quittez cet air tragique, mon cher marquis, et v:nez que je vous présente à madame de la Prade, avec qui vous allez ouvrir le bal.
(Le marquis) —C’est bien de l'honneur que vous me faites, madame ja baronne...
(La baronne) —Aïllons venez; depuis quand faut-il courir après le marquis de Beauparlant pour lui présenter de jolies femmes. On ne vous reconnaît plus vraiment.
La baronne et le marquis se rapprochent du groupe où se trouve Marcelle, qui, en ce moment, tourne le dos au marquis.
.. (La baronne à Marcelle) —Ma chère duchesse,' permettez-moi de vous présenter le marquis de Beauparant, dont le moindre défaut est d’être un bon danseur.”
Marcelle n'ose pas tendre la main au maerquis, et se contente de le saluer assez froidement.
(Le marquis, à part) —Ciel quelle ressemblance! Les mêmes yeux, la même bouche; est-ce une illusion? (à Mare’lle) J'aurai l’honneur d'ouvrir le bal avec vous, madame la duchesse!... si vous m’en trouvez digne...
(Marcelle)—Pourquoi pas, monsieur le marquis ?
(Le marquis à part) —Même la voix est semblable à celle de la petite ouvrière de Castel- Joli.
(L’orchestre joue les premiers accords d’un menuet, et le marquis offre son bras à Marcelle. On danse le menuet.
(Une servante annonce)-—Madame la duchesse de la Prade.
(La duchesse de la Prade entrant, à madame la baronne de Savigny, qui a l'air très étonnée).
Combien je regrette ce retard baronne! :
(Marcelle—chancelant—, je suis perdue!) Elle défaille, le marquis la soutient dans ses bras.)
Tous les invités se tournent du côté de Marcelle et chuchottent.
(La bcronne de Savigny à la duchesse de la Prade) Vous êtes la bienvenue, n’en doutez pas, ma chère. (Se tournant du côté de Marcelle) Qui m'’expliquera cette comédie?
(Timothée entrant) —Moi, madame la baronne: celle que ce beau marquis tient si obligeamment dans ses bras, c’est Marcelle la dentellière, ma cousine.
(S’adressant à Marcelle) : Viens-t-en, Marcelle, c’est un jeu dangereux de personnifi:: des duchesses, et cela pourrait te conduire en prison.
Il s'approche de Marcelle et la saisit brutalement par le bras, comme pour l'enmener.— Le marquis de Beauparlant le saisit au collet et - le recule, puis il le tient à distance de la pointe de son épée. Timothée sort l'air effraué.)
(Baronne de Savigny au marquis) —Cependant, mon cher marquis, vous ne pouvez pas décemment prendre cette intrigante sous votre pro-
tection.
Marcelle—Pleurant— Vous avez raison, madame la baronne, je suis indigne de pitié et je dois subir le châtiment que mon inconsé-
quence a méritée.
Le marquis—bas à Marcelle—Laissez-moi arranger cela, ma belle enfant. (Le marquis à la baronne) S'il y a un coupable ici, c’est moi, moi seul, madame la baronne, et je prends la responsabilité de cette plaisanterie!
(Plusieurs invités d’un ton scandalisé) Oh!
(Le marquis de Beauparlant) J'ai l’honneur de vous présenter ma cousine et ma fiancée, Marcelle... Il chante:
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Celle qui fut duchesse une heure.
Deviendra marquise bientôt.
Pardonnez-lui, car elle pleure,
Sincèrement notre complot.
Baronnc, chantant :
Vous voulez que je me résigne A me laisser tromper ainsi, Je réprouve un complot indigne ;
(A Marcelle), Sortez, mais sortez done d'ici ! (Le marquis tenant la main de Marcelle) :
Ensemble nous quittons, baronne, «|
Et pour toujours, Castel-Joli :
(A Marcelle) Partons, Marcelle, ma mignonne,
Pour mon château de Belabri.
(La duchesse de La Prade à la baronne de Savigny, parlé) —C'est moi qui suis l’offensée dans tout ceci, et c’est à moi d'imposer le châtiment. (A Marcelle) —Venez ici— (Marcelle Les yeux baissés s'approche de la duchesse.) Je ne veux pas avoir, dans l’avenir, de meilleurs amis que la marquise et le marquis de Beauparlant.
(Le marquis, baisant la main de la duchesse.) Vous êtes un ange, duchesse, vous êtes un ange!
Pour une heure elle fut duchesse, Marquise elle sera toujours...
Tous nous lui souhaitons l'ivresse, Du plus sincère des amours.
Rideau.