‹ Mes vers [microforme]Chapitre 55 sur 155 · VID · texte numérisé non relu

VID

La mouche a, j'en conviens, des ennemis sans nombre Et d'autant plus puissants qu'ils la traquent dans l'ombre. Les lézards, les crapauds, les grillons, les fourmis, Nont naturellement ses premiers ennemis :

Ajoutons à ces noms celui de laraignée,

Par laquelle jamais elle n’est épargnée,

Surtout quand dans sa toile elle s'accroche, au vol. Nes ennemis sont forts, dans l’air et sur le sol ;

Mais l’écolier de tous est le plus implacable !

Je ne décrirai pas les maux dont il laccable ;

Ce serait m'imposer ; je n'en finirais plus.

Contre elle il n'use point des poisons ni des glus : D'un carreau de papier il se fait une boite,

Fort gentille, et sa main (ou sa gauche ou sa droite) L'attrape et l'emprisonne avec dextérité…

Ce qu'il lui fait ensuite est de l’atrocité !

L'épingle ou le canif sont, pour sa main cruelle,

Les plus prompts instruments à diriger contre elle. Laissons-là ce Néron, pour n'avoir point le tort

De réveiller le chat ou le tyran qui dort

Chez le jeune lecteur. Dans des détails plus amples Ce dernier puiserait de très mauvais exemples.

Il vaut donc mieux, poussant mon œuvre vers sa fin, Dire ce qu'est la mouche, induite par la faim.

La mouche est matinale. Aussitôt que va naître Un rayon de soleil, elle est à la fenêtre, Bourdonnant sa chanson, comme pour réveiller Nes hôtes. La taquine, elle à beau criailler !

Son chant ne fut pas fait pour réveiller un homme Qui dort, paisiblement, du juste le doux somme. Mais la pauvrette à faim: elle veut déjeuner.

Que fera-t-elle, alors ?—IT faut me pardonner, Mais de toi, chère amie, 1e1 je dois médire ! Ce qu'elle fait, alors, peut donner le délire ! La méchante, voyant que sa douce chanson N'a pas d’un panetier, même d'un échanson. Fait cesser le sommeil, elle gagne l'alcôve

D'un dormeur et l’éveille….. Il bouge... Elle se sauve.

Puis, revenant encore, elle grimpe à son nez...

À ses yeux... à son front... Alors, vous comprenez Les trances du dormeur, qui se tourne et retourne Sur sa couche brülante, où, de rage il s'enfourne Dans ses draps, espérant, sous ces cotons épais, Retrouver le repos, dormir encore en paix :

Il se trompe! La mouche a faim et soif. Elle entre, Sans cordon d'Ariane, et pénètre dans l’antre

Où le dormeur étouffe ; elle vient le sauver :

Trois coups de trompe au front enfin le font lever!

De jubilation, ici, la mouche est folle :

Elle n'arréte plus, en tous sens elle vole !

Cn bruit confus lui dit qu'on se lève partout. Elle va donc, enfin, bombanrer à son gout !

En passant par la salle, elle entre à la cuisine, Où le poële est ardent comme un fourneau d'usine ; — Bon présage —de joie, elle embrasse Margot, La servante, (ô hasard ! son dormeur de tantôt !) Elle embrasse le chat, le chien avec tendresse … Puis elle embrasse encor la servante, —qui dresse La table en ce moment—comme pour supplier Cette fille d'ouvrir enfin le sucrier…

C'est ce que l'on va faire : aux bols le moka fume ;

Pour le prendre, lecteurs, je dépose ma plume. Encore un mot pourtant.— Deux buts assez divers, Mais tous deux attrayants, m'ont inspiré ces vers : J'ai voulu m'amuser et puis faire comprendre,

À qui de droit, combien l’on devrait être tendre Envers les animaux qui ne font point de mal,

Qui n’ont point de venin. La mouche est animal Bien plus inoflensif que notre chien lui-même. N'ayant point, que je sache, encore eu son poème, J'ai voulu le lui faire, et n'ai point hésité

À demander pour elle un peu d'humanité.

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