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Rien n'étant inutile ou de trop dans le monde ;
Tout marchant vers un but, le beau comme l’immonde, Admettons que la mouche, autant qu’un chat, un chien, A le droit, parmi nous, de poursuivre le sien.
Cela convenu, honte à qui tue une mouche
Parce que la taquine en s’esquivant le touche
Et puis revient encore, avec ténacité,
Lui prodiguer peut-être et vigueur et santé ;
C’est un ingrat ! Celui qui lui ferait la guerre
Pour son bourdonnement, ne respecterait guère
La nature qui laisse à chaque être le soin
De dire, à sa façon. le plaisir le besoin
Qu'il éprouve ; et qui sait s’il n’irait pas occire
Celui-ci pour son chant, sa manière de rire ?
En outre, cette mouche a son rôle à remplir
Sur la scène du monde: à le bien accomplir
Aidons-lui donc, plutôt que toujours la combattre, Laissons-la librement autour de nous s’ébattre, Laissons-lui le loisir de voltiger dans l'air,
Qu'elle à purifié mieux que ne fait l'éclair.
* Ce morceau fut publié dans le Foyer Domestique.
Protégeons ce sylphide à la vie éphémère,
Qui comme nous peut-être a sa douce chimère ; Et si sur notre joue il vient porter ses pas, Chassons-le, si l’on peut, mais ne le tuons pas.
Il ne faut pas, lecteurs, que ceci vous étonne :
Toute mouche ne vit qu'une saison. L'automne
La rejette glacée au gouffre du néant,
Et pour elle et pour l’homme, hélas ! si tôt béant !
La chaleur la fait naitre, un faible froid la tue. Une erreur bien étrange, et déjà combattue,
C'est celle qui fit croire et qui fit qu'on a dit
Que la mouche, au début de l'hiver, s’'engourdit,
Pour reprendre, au printemps, sa première souplesse.
Son engourdissement, c'est la mort, qui la laisse,
Hélas! morte à jamais, en pâture aux oiseaux,
Aux poissons, aux lézards, à tous les vermisseaux.
Celle qui nous revient au printemps, c’est la fille
De celle de l'été précédent. La gentille
Nait des œufs que sa mère a su mettre en dépôt
De fermentation, dans les chairs, sous la peau
D'animaux morts. Ces œufs, là, dans leurs nids putrides,
Ne transforment en vers, les vers en chrysalides
Qui, la nature aidant, se réveillent un jour
Mouches ou moucherons, venant vivre à leur tour. Maintenant que l’on sait d'où vient, où va cet être,
Permettez-moi, lecteurs, de vous faire connaitre
Ce que, le regardant à la loupe, j'appris
Sur sa beauté phyique ; elle a, ma foi, son prix.
PS
La mouche est un insecte aux ailes diaphanes Et d'un tissu très-fin, ce qui rend ces organes De très-peu d'importance à regarder, l'œil nu. Mais, pour l’étudier, quand on est parvenu
A mettre l'animal sous verre, quelle extase S'empare de nos sens en voyant cette gaze, Ce réseau si parfait, si petit et si grand,
Dont voulut le parer le Divin Tisserand !
La couleur de la mouche est assez versatile, Mais belle. Nans ramper autant que ce reptile, C’est un caméléon ; du soleil la lueur Lui fait de chaque objet refléter la couleur.
À la gorge, à la taille, elle est comme étranglée : Ces deux points, si petits. la font croire empalée Nur quelque fil; sa tête est fort belle : ses veux, D'un beau rouge carmin, semblent fort curieux, — Aussi leur possesseur l’est-il à toute outrance— Ils sont cerelés d'argent : pour comble d'élégance. Ce cercle blanc partage en deux la tète et fait, Près du rouge carmin, le plus charmant effet. Trois petits plumets noirs, d’une grâce parfaite, Du petit animal ornent encor la tête :
Mais ce qui davantage augmente sa beauté,
C’est de son petit corps l’exquise propreté,
Quand je vois l'éléphant trainer sa lourde masse
Sur deux pattes de moins que la mouche, je passe
Deux minutes à dire, à l'instar de l'enfant :
Six pattes à la mouche et quatre à l'éléphant!
C’est étonnant que Dieu n'ait pas fait le contraire ;
Leurs trompes, je suppose, auront pu le distraire. Revenons à la belle. Klle a six pattes : deux,
Celles du centre, font l'office qu'un boiteux,
Pour remplacer sa jambe, aux béquilles demande ;
Elle à méme une trompe, et, comme elle est gourmande,
A la poser partout elle aime et se complait.
Au bord d'un boi (pour elle un large étang) de lait,
Sur un morceau de sucre ou de pain, accroupie,
Voyez-la s'acharner à sucer ! Je l’épie
Très-longtemps, quelquefois. On dirait qu’elle dort,
Mais elle ne dort point ; le lait quitte le bord
Du bol, le sucre fond et le pain diminue...
Ce n'est pas ce qui fait redouter sa venue,
Nice qui la fait croire insecte malfaisant ;
Ce qui nous fait lui tendre un piège appétissant,
Ou nous la fait chasser du foyer domestique,
Autant que l’araignée ou le cruel moustique,
C’est que propre sur elle, elle l’est moins ailleurs.
En substance, de là viennent tous ses malheurs.
Pauvre mouche ! parfois "sa vie est bien acerbe ! Si l’on réfléchissait à ce divin proverbe :
“ On voit bien une paille à l’œil de son voisin
“ Et l’on ne saurait voir la poutre dans le sien,” Hélas ! tout irait mieux sur cette boule ronde,
Où règne l'injustice et qu'on nomme le monde ! On laisserait la mouche errer par la maison,
Nans lui tendre partout la coupe de poison,
Ou le gluau trompeur .….—Elle est imprévoyante ; Une nasse pour elle est toujours attrayante ; Pourvu qu'un peu d’appât l’attire par l’odeur, Elle s’y précipite avec une candeur
Digne d'un plus doux sort, et dont trop on s'égaie, Le découragement (elle toujours si gaie !)
Qu'elle montre, une fois prise dans un gluau, Devrait plutôt fléchir le cœur de son bourreau. Qui finira, parfois, si c'est une âme tendre,
Ne repentant du mal qu'il lui fait, par lui tendre La planche de salut : ou sa plume ou son doigt. Oh ! qu’elle semble heureuse, alors, et qu’elle doit Etre reconnaissante ! Et celui qui la tire
Ainsi, facilement, de son affreux martyre,
Ne se défend jamais qu'en vain d’un peu d’orgueil : Il n’arrache pas moins une vie à l’écueil.
amer