‹ Mes vers [microforme]Chapitre 6 sur 155 · CHAPELLE ET BOILEAU · texte numérisé non relu

CHAPELLE ET BOILEAU

Chapelle aimait le vin. Très souvent, dans l'ivresse, Il faisait des écarts qui froissaient la sagesse De ses amis, dit-on.

Un matin que Boileau L’aperçoit dans la rue, allant comme à vau-l’eau, Et tout abasourdi d’un excès fait la veille, Il l’arrête et, navré de chagrin, lui conseille De refréner un goût aussi fou qu'odieux...

Chapelle, tout en pleurs, lui jure ses grands dieux Qu'il veut se corriger de son vice et se vaincre : —Oui ! Boileau, reprend-il, finis de me convaincre ; Mais, pour cela, mon cher, entrons chez le voisin. Puis il conduit Boileau chez un marchand de vin. On sert une bouteille ; on boit ; Boileau, rigide, Prèche Chapelle en pleurs. Quand la bouteille est vide, On leur en sert une autre et puis une autre encor. Ni bien que nos amis, quoique tombés d’accord Que boire est dégradant, roulèrent sous la table : On les porta chez eux ; ils avaient le vin stable.

— Hélas ! dans notre siècle, il est plus d’un Boileau, Qui se gorge de vin tout en nous prêchant l’eau.

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