‹ Mes vers [microforme]Chapitre 64 sur 155 · FRANÇOIS DEVIENT IMPIE · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DEVIENT IMPIE

Te le dirai-je, ami François ?

Avec douleur je m'aperçois

Que tu ne fais plus tes prières, Soir et matin, comme naguères

Tu faisais. c’est loin d’être beau !

Disait un prêtre à son bedeau.

—Pardonnez-moi, révérend maitre, Je prie autant que vous peut-être ; Mais pas de la même façon, Répondit l'impudent garçon :

Depuis deux ans que je sais lire, Et c’est bien grâce à vous, messire, Chaque soir je dis l'alphabet.

Je suppose que Dieu connait D'avance les besoins d’un homme, Sans que par mille on les lui nomme...

Je lis l'alphabet tout entier ;

Libre à Dieu d’en faire un psautier Aussi gros que votre bréviaire,

Où, chaque page, une prière

Lui rappelle un de mes besoins, Sans que je mette aux i les points.

BON MOT D'HOMEDI.

Le célèbre Homedi, grand poète persan, Etait un jour au bain du tyran Tamerlan.

Le monarque et sa suite étaient en train de rire, Et, tout en folâtrant, ils samusaient à dire La valeur, en argent, de chacun des baigneurs. — Un plaisir peu coûteux amusait ces seigneurs.— Tamerlan mis à prix, le poète l'estime À trente sous au plus...

—Oh ! mais, c’est bien minime, Objecte le tyran : ma serviette les vaut !

Homedi, courageux, répondit aussitôt :

—J’évalue avec vous aussi votre serviette.

Tamerlan rit beaucoup du bon mot du poète ; Il était, ce jour là, de la meilleure humeur. Ce fut pour Homedi rien de moins qu’an bonheur.

Page 1