A MON COUSIN ET AMI À. J. T., QUÉBEC
Tu m'annonçais hier l'envoi d'un baril d’huitres,
Pour prix—c'est généreux !—de deux ou trois épitres Que je te fis en vers. Certes, c'est bien payer
Deux, trois soirs de travail en fumant au foyer !
Je m'engage, à ce prix, à travailler sans cesse
Pour d’autres ou pour toi...Ça vaut mieux que la Presse, Qui laisserait mourir et de soif et de faim
Un rimeur tel que moi; j'aime peu cette fin.
Aussi, comme tu sais, la Presse à mon estime,
Mais elle a rarement ou ma prose où ma rime.
Je crains de ses censeurs la haine et l'amitié ;
La première est cruelle et l’autre est sans pitié.
J'aime mieux, beaucoup mieux, chanter l'amour dans l'ombre Pour moi le chant d'amour a des attraits sans nombre ! Et puis, avec raison, je me suis dit : l'amour
Est, pour ma faible wwe, un humble demi-jour
Où je puis me cacher: cette retraite est sûre
Comme celle du rat dans la vieille masure…
Tant que le vieux mur tien., le rat, en sûreté,
Peut, dans tous ses recoins, jouir en liberté.
Je me retranche donc dans la vieille muraille :
Dans l'amour, dans mon cœur. Tant que, vaille que vaille,
Le cœur, l'amour tiendront, prête sera ma main
À tracer les espoirs du pauvre cœur humain,
l'our des amis, un frère, un cousin magnifique ;
Mais bien peu pour la Presse où de glose on tratique… Ainsi, quand tu voudras, je me ferai plaisir
De donner à tes vœux mes heures de loisir.
Nov. 1868.