ADIEUX D'UNE ÉLÈVE AU COUVENT
Ô séparation ! ton heure est donc sonnée
À l'horloge du Temps réglant la destinée !
Tu viens, triste, lugubre autant qu'un noir remord, Digne sœur de la mort,
Assombrir le plus grand des jours de notre année !
Tant qu'on est jeune encore, on ne sent point tes coups ; Tes compensations les annihilent tous.
Te prévoir fait, alors, qu'aux yeux du cœur scintille Le foyer de famille :
On revoit frères, sœurs, père, mère, au chez-nous.
C'est en te prévoyant qu'alors on fait d'avance Cent châteaux en Espagne, où l'on vit d'espérance Et dans un monde à part ; Mais quand l’âge a muüri notre âme, tu la froisses, En la livrant, cruelle, à toutes les angoisses Des adieux du départ !
Qui pourra dire, hélas! les chagrins de l'élève
Qu'aujourd'hui, pour jamais, d'ici ton heure enlève À tant d'affection,
D'aménité, d'amour, de la part des doux anges
Qui guiderent nos pas, lom du Monde et ses fanges
Où sa corruption ?
Quel est Le Heu béni qui lui rendra, sur terre, La paix du cœur, mon Dieu ! qu'on goûte au monastère ? Quel état pourra rendre à ses vœux ces loisirs, Ces travaux, ces plaisirs, Auxquels, depuis longtemps, s'est fait son caractère ?
Quel sera le lien qui saura l'attacher Au Monde autant qu'à Dieu? Qui pourra l'arracher Au sanctuaire aimé de la Vierge-Marie, Où toujours elle prie Comme si, sous ce toit, elle avait pu pécher ?
Des compensations aux biens qu'elle abandonne
Le Monde aura la dette. Eh! sait-on ce qu'il donne Pour ce riche trésor ?
—Des parures de bals, des honneurs, des fatigues ;
Tout l'enfer à combattre en ses milliers d’intrigues, Dès son premier essor.
Hélas! des faux plaisirs, dont les cité: a1bondent,
Que les sociétés elles-mêmes fécondent, Préservez-la, mon Dieu !
Et que, dans l'avenir, l’infortune ou la gloire
Ne puisse, même une heure, ôter de sa mémoire Notre amour, notre vœu.
Quant à nous, à mes sœurs !
Habiter de nouveau du ciel cette antichambre,
Remercions le sort; puisque notre printemps Nous permettra longtemps
De venir respirer de ce lieu le doux ambre.
Adieu donc, vous, hélas! qu'on ne devra plus voir
Soumises avec nous à la règle, au devoir!
Au revoir, cher asile ! Et vous, douces maitresses, Au revoir! Vos tendresses
Vous ont gagné nos cœurs... Au revoir ! au revoir !!
qui viendrons, en septembre,
52 MEX VERS.
O Séparation ! ton heure est donc. sonnée
A l'horloge du Temps réglant la destinée!
Tu viens, triste, lugubre autant qu'un noir remord, Digne sœur de la Mort,
Assombrir le plus grand des jours de notre année !