PAUL ET ADÈLE
Partir! Tu vas partir, Adèle.
Et, comme une amie infidele,
Tu me feras verser des pleurs !
Tu pars! Je suis pris de vertige.
Je crains de voir périr la tige
De mes espérances sans fleurs !
Hélas! espérances chéries,
Trop d'illusions sont péries
Déjà, depuis que vous souffrez….
Vivez, espoirs de ma jeunesse, / Vivez pour qu’un jour je connaisse Tout le bonheur que vous m'offrez.
Oui, vivez, douces espérances.
Vivez pour calmer les souffrances Dont mon cœur gémit chaque jour.
Pourquoi vous changez-vous en peine, Des qu’une courte absence entraine L'objet de mes rêves d'amour ?
C’est qu'elle est prompte dans sa fuite, C’est qu'elle s'écoule bien vite,
L'heure où deux cœurs savent s'aimer.
Cette heure est un torrent rapide
Que l'homme le plus intrépide
Ne peut arrêter ni calmer.
Cette heure est bien plus prompte, Adèle, Que cette légère hirondelle
Que l’on voit circuler dans Pair.
Rapide comme la pensée,
On la voit. puis elle est passée,
L'heure d'aimer ; c’est un éclair!
Hélas! tu pars, 6 ma chérie.
Je reste avec ma rêverie
Près de l’onde prompte à passer.
Nos deux cœurs sabreuvaient sans trève À ce torrent... mais fais-je un rêve ?
Le tien me semble Sen lasser,
Vois, mon âme de doute est pleine !
Aussi pourquoi fuis-tu ta plaine
Et ta chaumière et ton ruisseau ?
Pourquoi... pourquoi fuis-tu la plage Si belle de notre village,
Où nos amours ont leur berceau ?
Adele partit décidée.
Mais sans dire à Paul son idée.
Un mois plus tard, le malheureux Reçut d'nn messager fidèle
Ces quelques mots signés *“ Adele” —Je viens de prononcer mes vœux.