‹ Mesdames les ParisiennesChapitre 17 sur 74 · MON ANTIPODE · texte numérisé non relu

MON ANTIPODE

Tous les ans, obsession charmante, par ces matinées souriantes et pleines de promesses que ùAi le soleil jeune et doux du mois de mars (également père de la bonne bière, ne l'oublions pas, Messieurs), lorsque dans l'atmosphère attiédie, sous l'azur du ciel^ passent, bouffées exquises, certains souffles provocateurs qui ont l'air de revenir d'un long voyage aux pays chauds, avec l'intention coupable de semer un trouble immoral dans le cœur des jeunes hommes, et de leur donner envie de se prosterner, en plein maca- ;dam, devant la première demoiselle venue; eh bien 1 dis-je, par ces suaves matinées du printemps qui naît. — priez pour moi, Mesdames I — tout en

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firedonnant la mélodie bizarre et triompbante d IC' queUe il ne manque guère j comme Ta dit quelqn'miy que la musique et les paroles pour être une chanson^ je pense de tonte mon ftme, f&t-K)e stu* l'impériale des onmibud, à une dame sauvage qm marche, en ce miHnent, lee pieds diamétralement opposés anx miens, dans un coin du globe qne je ne connaîtrai probable^ ment jamais, à nne Tierge qnelqne peu anthropophage, et qu'il serait si doux d'adorer I

Oui, ma j<die antipode, voua êtes l'inconnue rayisttnte, à l'époque où la vieille France tressaille et demande à conjuguer, de Brest à Golmar et de Lille à Perpignan, le joli verbe (actif) aimer ^ que jeeherche, que j'appellci que je vois dans mes rftves*

Jadis^ j'ai prodigué l'or de ma jeunesse sans ccmip* ter; je l'ai jeté un peu aux quatre vents, et, comme Dnclos, sans regarder où il tombait. Mais, aujour^ dlmi, fichtre 1 ce n'est plus la même chose. Ce qui me resta d'amour et de tendresse, je Tai mis dans un coffire trè^fbrt) sous une serrure triple, et je n'en veux donner la clef qu'à la petite main d'une vierge.

Y<Âlà pcmrquoi, maintenant, sachant bien que l'innocence n'habite plus Paris, ni même la banlieue, je pense à ma belle antipode, si pure et si confiante, et qui soupire, solitaire, sur lé rivage d'une petite lié flearie, au sud de la Nouvelle-Zélande.

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0 mon antipode cuivrée ! vous ne connaissez ni le savon de Thridace au sac de laitue, ni la poudre de riz à la maréchale , ni le rouge végétal, ni l'eau des fées; mais vous ignorez aussi Y Art de tromper avec aplomb y ouvrage revu, corrigé et considérablement augmenté, par mes contemporaines et compatriotes.

Lorsque, cigare aux lèvres, je sors à l'aube d'un salon, la tête chaude encore, et me souvenant des tailles flexibles que mon bras a pressées modestement en valsant, j'éprouve une joie inefiable à me dire : « Mon antipode, vertueuse et pudique, fÙt-elle mariée à quelque chef brutal et fantaisiste, ne permettrait jamais (ainsi que le font mesdames Y X Y Z) à de jeunes gentlemen comme moi de lui adresser, par manière de passe-temps, des déclarations aussi brûlantes qu'inhabiles, et qui signifient en somme : € Mon Dieu, Madame, au cas oii vous voudriez goû- <K ter du déshonneur, faites-moi donc l'honneur de me € choisir comme complice, avant les autres. >

Non, j'en suis sûr, aux premières paroles hardies, mon antipode, saisissant son casse-téte, répondrait de la bonne manière aux amoureux éloquents.

Antipode qui dormez lorsque les cocotes se maquillent et se harnachent pour la chasse du soir, je vous aime de toutes mes forceS| et c'est avec émotion.

tout en enunt par la ville bruyante, qne je pense à Toire lit de feailles, à Tombre des bananiers.

Si je pouvais, oubliant l'habit de haut style que Paris crée, et le petit chapeau qui abrite le crâne des petits crevés, m'en aller dans ton pays, ô ma fière antipodel dans ton pays béni, où, pour se mettre à la mode, il suffit de n'avoir pas de pantalon, ah I comme je prendrais avec ardeur un billet d'aller, sans retour, an chemin de fer, pour ce paradis de mon ftmel

Comme ton cœur absolument primitif serait un régal divin pour mon cœur extrêmement civilisé I

J'en ai assez de mes pareilles ; elles me font horreur I

n fiiut dire : Baca / à ces créatures qui vous aiment comme dans un bois.

Douce antipode I ta toilette est mesquine. Pas de robe à traîne, pas de bottines à haut talon I Un seul coquillage te pare. Mais toi, £Eiite avec amour par le sculpteur du Grand-Esprit, tu ne sauras jamais pourquoi les cotonniers fleurissent I

Adieu, ma belle cannibale! Si parfois, rêveuse, assise au milieu des hautes fougères et regardant Focéan onduler au soleil, tu sens comme un frisson parcourir tout ton être, n'en deviens pas inquiète, ne te crois pas malade. Cela n'est rien. C'est tout simplement ma pensée errante qui rencontre la tienne, et, tout doucement l'enlace et la caresse.

08 MBSIBAVBS LBfl PARISISNNX8.

Adien^ ma belle anthropopliage 1 Souyiens-toi qu'an point de me de la cîyilifiation lîiodeme, il est moins ornel de dévorer le corps de Thomme qne son cœur, et^ par conséquent, continue de te nourrir, aux heures de fêtes, de la chair de tes semblables* N'épargne pas les naufragés. Ces gens-là, si tu leur laisses la Tie^ abuseront de ta bonté, et, plus tard, au milieu des forôtiy s'amuseront à tracer des boulevards et des squares^ Un arbre, un banc, un bec de gaz, et ainsi de suite jusqu'à là morb Horreur I

HélasI ma jolie antipode, je te quitte, triste, bien tristel car, le trésor de candeur qui dort en toi, je ne le crois pas en sûreté* Les Anglais sillonnent la mer qui vient mourir sur les cbraux de ton lie* Les An^ glais aiment à planter le drapeau britannique dans tous les coins du mcmde* Et peui-étre, 6 ma naïve I sous le vain prétexte de t'enseigner à lire dans la Bible, un élégant aspirant de marine...

Perfide Albion, va!«.. Fortuné Midshipman f

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