RÉFLEXIONS GÉNÉRALES 18S
faux. Il n'y a guère que des alliages dans ce monde; on classe les hommes comme les métaux, par ce qui domine. Quand même la nouvelle croyance serait ce que disent quelques-uns, vous restez, si vous l'êtes, une personne raisonnable quia une idée étrange. Seulement, il ne faudrait pas abuser. Le public français est très-dérouté parles phénomènes nouveaux :
Et quel temps fut jamais si fertile en miracles ?
(Racine.)
Il est aussi très-divisé :
Il y a les croyants, et il en a de tous les degrés, depuis les fanatiques jusqu'à cette personne qui, après les plus beaux succès près d'une table, disait négligemment : « Je crois bien que je pousse un ■peu. ))
Parmi les croyants, les esprits savants voient dans les phénomènes nouveaux une loi nouvelle et toute une révélation scientifique; les esprits mystiques y voient du surnaturel et l'action du diable.
Il y a les curieux. Ils sont convaincus que les phénomènes nouveaux sont une illusion, et ils étudient cette illusion même. Ils n'avaient pas soupçonné encore que l'esprit humain eût tant de moyens de se tromper. « Les tables tournent, pensent-ils; ce sont les opérateurs qui les font tour-
ner par des mouvements involontaires, et il n'y a que le premier mouvement qui coûte. Prenons-les sur le fait, s'il est possible. Et en tout cas, comme il est étrange qu'une préoccupation meuve notre corps à notre insu, en dépit de notre volonté ! Des personnes causent avec les esprits, elles le croient, cela est certain; comme il est étrange qu'une préoccupation crée de pareilles déceptions ! »
Il y a les rieurs, qui ne s'étaient trouvés depuis longtemps à pareille fête. Le monde commençait à devenir triste, ils ont retrouvé la gaieté !
Il y a les gens de mauvaise humeur ; il y en a partout. Ils ont honte de ces folies, comme ils parlent, pour l'esprit humain, pour ce siècle, qui était le siècle des lumières et va devenir le siècle des revenants, pour la France qui a fait mieux que cela. « Autrefois, disent-ils, on avait du bon sens dans ce pays et on tâchait de n'être pas dupe ; c'est bien d'accueillir les faits, mais une personne sage et une honnête personne doivent savoir dire non. Autrefois on avait d'autres récréations : nos pères s'asseyaient le soir, comme nous, autour des tables, mais ils y soupaient, et ils y avaient de l'esprit. » Ils ajoutent que ces pratiques sont malsaines : malsaines pour le corps, puisqu'elles excitent les nerfs d'une génération déjà assez nerveuse; malsaines pour l'âme, qu'elles habituent aux émotions