DEUXIÈME PARTIE
Avant d'examiner ce qu'il peut y avoir de vrai ou de faux dans les prétentions du magnétisme animal, il me semble utile de le placer dans la tradition à laquelle il se rattache, carie merveilleux n'a ni commencé ni fini par lui. Il vient justement de paraître des ouvrages qui rendent cette tâche très-facile; je veux parler des livres de MM. Maury et Figuier '. M. Figuier a une information excellente et toute l'habileté d'exposition néces-
* Histoire de la magie et de Vastrologie dans Vantiquit( et au moyen-âge, par M. Alfred Maury. — Un vol in-8° et ia-18. Didier.
Le sommeil et les rêves, par le même — Un vol. in-S" et in-18.
Histoire du merveilleux dans les temps modernes, par M.Louis Figuier. — Quatre vol. in-18. Hachette.
saire pour mettre le lecteur pleinement au courant d'une question. M. Maury, ici comme ailleurs, aspire à épuiser son sujet, et il est du petit nombre d'hommes chez qui cette ambition est légitime. On sait ou plutôt on ne sait pas quelle est son érudition; même, dans quelques-uns de ses livres, elle a tant fourni, qu'on y est un peu comme dans une forêt trop touffue, où il n'est pas toujours aisé d'avancer; mais dans ce volume sur la magie et l'astrologie, elle se proportionne au lecteur; aussi le livre n'est pas seulement très-savant, il est très-bien fait. J'ose recommander les ouvrages de MM. Maury et Figuier comme indispensables à tous ceux qui veulent réfléchir sur ces matières ou en parler ; ils y trouveront développée une histoire dont je ne puis ici présenter qu'une esquisse. Quant au merveilleux contemporain, aux tables tournantes et aux esprits, je raconte d'après mes observations et mes informations, ayant suivi avec une grande curiosité ces épidémies.
Tradition du merveilleux dans l'antiquité et le moyen-âge.
Commençons, comme il est juste, par l'antiquité et le moyen-âge. M. Maury a tracé en quelques lignes d'une remarquable préface toute l'histoire du merveilleux. L'homme sent de bonne heure qu'il est né pour commander à la nature, mais il ignore à quelle condition est attaché ce commandement, à la condition de connaître les lois qui la gouvernent; il prétend donc l'enchaîner à sa volonté par des pratiques particulières et des formules sacramentelles; la magie n'est que cela. Mais il ne peut vivre quelque temps avec la nature, sans reconnaître qu'elle va selon des lois; il en découvre quelques-unes et s'en sert poux pro-
(luire des effets capables de frapper les imaginations. Ainsi naît la science ; elle naît au milieu des prodiges, mélange de naturel et de merveilleux, qui forment l'astrologie et l'alchimie, par exemple. Peu à peu le merveilleux se dissipa : on vit bien que les lois physiques ne changeaient pas au gré du magicien ; alors celui-ci parut comme un homme sans pouvoir sur la matière, mais doué de pouvoir sur l'homme; comme un artisan de mensonge, en possession de certains secrets pour leurrer notre imagination et évoquer devant elle des images décevantes, avec l'aide du démon. Enfin la démonologie elle-même tomba devant l'expérience: on vit que l'art des enchanteurs tenait à l'emploi de certains breuvages et de certaines manœuvres qui troublent le système nerveux; la science tua la magie, et c'est là que nous en sommes : elle ne s'arrêtera pas qu'elle n'en ait détruit les derniers restes.
Ainsi avertis de ne pas prendre des simulacres pour des êtres vivants, commençons notre voyage dans le royaume des ombres; il y a peu de voyages plus intéressants. La religion de l'homme sauvage ou très-barbare est le féchitisme : l'homme place en tout lieu, dans les astres, dans les pierres, dans les eaux, dans les plantes, dans les animaux, des esprits conçus à son image, doués comme lui
d'intelligence et de volonté, et il les adore. Son premier sentiment à leur égard est la crainte ; aussi son culte est une conjuration ; les amulettes, talismans contre le mal, jouent un grand rôle, et le prêtre est une sorte de sorcier qui sert d'intermédiaire avec les démons. Partout se retrouvent chez ces prêtres des pratiques analogues. La connaissance des vertus des plantes leur fournit des drogues narcotiques, avec lesquelles ils provoquent les hallucinations, et des philtres, dont ils se servent contre leurs ennemis; quelques notions météorologiques leur permettent de prédire des changements atmosphériques, et font croire qu^ils disposent du vent, de la pluie et du soleil. Le culte des morts est, comme celui des démons, un culte de crainte : ils effraient les songes, se montrent dans des visions ; le prêtre a le don de les évoquer. Tel est le fonds de croyances primitives de l'esprit humain, et, pour les trouver, il n'est pas nécessaire de fouiller les monuments de l'antiquité ; il suffit de lire les relations récentes de voyages dans l'intérieur de l'Afrique où l'homme est resté enfant.
Quant à la magie traditionnelle qui s'est répandue en Europe, elle lui est venue de l'Asie et a emporté quelque chose des différentes contrées de ce pays. Les Assyriens, les Chaldéens, fondent l'as-
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trologie, qui lie les destinées humaines aux mouvements des astres et devine l'avenir. Les Mèdes et les Perses peuplent l'univers de bons et de mauvais Génies, qui se le disputent; ils inventent toute une liturgie, une série de pratiques et de prières pour se concilier les uns et paralyser les autres ; aussi les mages de ces contrées ont mérité de laisser le nom de magie à leur art. Les Égyptiens croient que, pour dominer les dieux, il suffit de les appeler par leur nom : de là une science mystérieuse, celle des mots magiques tout-puissants. La Grèce a ses superstitions indigènes : oracles, sacrifices pour consulter les dieux, évocations des ombres, purifications, enchantements, où excellent les femmes de Thessalie, capables de faire descendre la lune du ciel ; elle a de vrais sorciers, que la religion officielle poursuit : le culte mystérieux d'Hécate, personnification de la lune, est à lui seul toute une magie ; mais ce qui introduit en Grèce la magie véritable, scientifique, avec le nom qui lui est resté, ce sont les expéditions contre l'Asie et les voyages des savants dans cette contrée. Les tireurs d'horoscopes s'appellent chaldéens et les astrologues mathématiciens ; sous le pseudonyme d'Orphée, s'introduisent toutes sortes d'idées et de pratiques orientales. Et cette religion occulte, précisément parce qu'elle
est occulte, échappe à la critique sous laquelle la religion publique périt; tandis que les dieux de rOlj'mpe succombent, les dieux inavoués persistent. A Rome, la science étrusque des augures devient promptement nationale ; toutefois , elle ne suffit pas aux imaginations, que tentent davantage les doctrines orientales; les astrologues prennent un immense crédit. Les empereurs, convaincus de la sûreté de leurs prédictions et jaloux de les garder pour leur seul usage, redoutant l'effet que leurs indiscrétions produiraient sur le peuple, les empereurs, dis-je, s'acharnent à les détruire. Comme le polythéisme, restauré par l'école d'Alexandrie, se fait oriental, admet dans son sein une m.ultitude de Génies, et apprend aux hommes à communiquer avec eux, les empereurs chrétiens le poursuivent de toute la haine qu'ils ont contre la magie. M. Maury a raconté d'une façon très-intéressante l'histoire de cette persécution, qui ne se refusa aucun moyen. Au sixième siècle, le combat est fini, le christianisme triomphe, mais la foi dans la magie reste, et reste la même chez les vainqueurs et les Aaincus ; ils ne diffèrent que par le sentiment qu'elle leur inspire. Les uns et les autres croient à l'existence des esprits, à leur puissance sur la nature et à la puissance de l'homme sur eux par certaines formules ;
mais les païens les regardent comme des dieux et les chnHiens les regardent comme des démons. Ils ne sont pas anéantis, ils perdent leurs honneurs, sont suspects et mal yus; ils passent à l'état d'anciens partis. Chez les Juifs, ce fut une affaire de nationalité. Ils croyaient à l'existence des démons ennemis de Jéhova ; seulement, ces démons étaient pour eux les dieux étrangers, les dieux des autres peuples, et ils les proscrivaient à ce titre. Ainsi le judaïsme les condamnait comme étrangers , le christianisme comme immoraux, mais ils subsistaient.
Après l'anathème jeté sur la magie et sur les démons, qui en sont les ministres, il restait un curieux spectacle à observer : la conversion de la magie et des démons par le christianisme. On vit cela au moyen âge. Comme l'homme continuait à désirer de certains biens, tels que la santé, la connaissance de l'avenir, etc.; les pratiques extraordinaires auxquelles il avait l'habitude de les 'demander revinrent, sauf une différence : on consultait le sort dans la Bible, et il n'y eut pas une maladie sans qu'il y eût un saint pour la guérir. Satan joua alors un grand rôle.
Poursuivie là et chassée du grand jour, la superstition s'est réfugiée dans l'imagination populaire, et continue de vivre dans les campagnes à
l'état de superstition honteuse; de temps à autre, elle en sort pour faire des incursions dans le monde, qu'elle étonne.
On s'imagine à tort que les superstitions meurent : elles émigrent ; les plus vieilles croyances gauloises sont toutes en ce moment quelque part chez nous : nous sommes à quelques centaines d'années du moyen-âge et à quelques centaines de lieues. Ainsi, sur la sorcellerie, je trouve ceci dans une très-jolie notice de mon ami le D"" Paul Reclus sur la fontaine d'Ahusquy, dans les Hautes-Pyrénées :
« Nous avons recueilli de bizarres détails sur la médecine populaire du pays. La sorcière, la « chorguina » des Basques, la « broutcho » des Béarnais, a survécu aux immenses holocaustes que firent de ses sœurs, au commencement du xvii« siècle, les juges du Labourd et de la Soûle; elle reste encore le grand docteur, mais n'est pas sorcière qui veut : un long désir même ne suffit point ; il faut un don spécial, et des vertus qui, pour la plupart, sont héréditaires ; il y a des familles privilégiées ; la mère fut « chorguina », la fille le sera. Qu'elle le veuille ou non, qu'elle le sache ou qu'elle l'ignore, elle possède l'art de guérir et celui de jeter des sorts. On nous citait une jeune fille des environs de Baïgorry, belle, et ayant un père fort riche. Elle est
née sorcière, elle est sorcière, sans le savoir. Aussi, comme le Moïse d'Alfred de Vigny, est-elle destinée à « vivre puissante et solitaire » à moins qu'un sorcier ne la demande en mariage. « Je ne suis qu'un pauvre pasteur, me disait le jeune homme qui nous racontait l'histoire, mais on me l'offrirait pour femme que je la refuserais certainement. »
Tradition du merveilleux. — Possédées de Loudun. — Trembleurs des Céveunes. — Convulsionuaires de Saint-Médard.
Vers 1632, deux jeunes religieuses des Ursulines de la ville de Loudun, à une dizaine de lieues de Poitiers, ayant été atteintes de violentes convulsions accompagnées de symptômes bizarres, on pensa qu'elles étaient possédées du démon, et on les exorcisa. L'exorciste les ayant interrogées, en s'adressant, selon l'usage, aux diables présumés dans leurs corps, les diables répondirent qu'ils avaient été envoyés là par un curé de la ville, nommé Urbain Grandier. Cet Urbain Grandier, d'un extérieur agréable, d'un esprit cultivé, était le sujet des conversations de Loudun. On lui im-
putait plusieurs aventures ; môme il avait, à ce propos, subi un procès. Condamné par son évôquo et interdit de ses fonctions, il en avait appelé à l'archevêque de Bordeaux, qui avait cassé la première sentence. Mais l'opinion était toujours contre lui. Ces bruits avaient dû pénétrer dans le couvent des Ursulines; on avait même eu l'occasion d'y donner une attention particulière : Grandier s'était présenté pour être directeur des religieuses, et, pour sa mauvaise réputation, s'était vu refuser ; on lui avait préféré l'ecclésiastique qui exorcisa les deux religieuses malades.
Les exorcismes, d'abord secrets, furent peu à peu divulgués et finirent par devenir publics. A la suite des scènes dont elles étaient témoins chaque jour, d'autres religieuses, treize environ, furent frappées plus ou moins gravement du même mal, six entièrement possédées. C'étaient les jeunes qui étaient atteintes, et les plaisants du temps s'amusaient à dire que les diables faisaient preuve de bon goût. La contagion gagna la ville et, de proche en proche, les villes voisines, attaquant toujours uniquement les femmes et même lesjeunes filles de préférence. Toutes les religieuses furent exorcisées, et toutes accusèrent Grandier. Richelieu chargea le conseil- 1er d'État Laubardemont, sa créature, de terminer cette afiaire. Celui-ci choisit une commission de
douze juges, et, avec ce conseil, procéda à l'instruction. Elle dura huit mois, pendant lesquels les religieuses ne cessèrent d'être exorcisées deux fois par jour. Urbain Grandier, convaincu à l'unanimité, fut brûlé vif à Loudun, environ deux ans après l'époque où on avait commencé à l'accuser de magie. Au dehors de la commission, l'opinion fut divisée. Les protestants, entre autres, tenaient que les juges étaient gagnés, les religieux exorcistes ennemis de Grandier ou complaisants de Laubardemont ; que les religieuses n'avaient fait que répéter en public une comédie étudiée d'avance, et que la fin de tout cela était la perte jurée de Grandier. Notons, en passant, qu'à Louviers, vers le même temps, quinze religieuses se disaient également possédées par le fait de leur confesseur. Le confesseur étant mort, on brûla son cadavre.
Quelles étaient donc ces scènes extraordinaires ? Les religieuses exorcisées répondaient en latin, au milieu d'accès dont le récit nous a été heureusement conservé dans les procès- verbaux de l'instruction . « Asmodée, l'un des diables qui possédaient la sœur Agnès, ayant paru, fit bientôt voir sa plus haute rage, secouant diverses fois la fille en avant et en arrière, et la faisant battre comme un marteau, avec une si grande vitesse que les dents lui en craquaient ; outre ces agitations, son
visage devint tout à fait méconnaissable, son regard furieux, sa langue prodigieusement grosse, longue et pendante hors de la bouche, livide et sèche à tel point que le défaut d'humeurs la fit paraître toute velue, sans être cependant aucunement pressée des dents et sans que la respiration cessât d'être toujours égale. Béheret, qui est un autre démon, fit un second visage riant et agréable, qui fut encore diversement changé par deux autres démons, Acaph et Achaos, qui se produisirent l'un après l'autre ; commandement ayant été fait à Asmodée de demeurer ferme et aux autres de se retirer, le premier visage revint. »
Exorcisme de la sœur Agnès.... «Après diverses autres contenances, elle porta un pied par le derrière de la tête jusqu'au front, en sorte que les orteils touchaient quasi le nez. » Exorcisme de la sœur Elisabeth : « Cet esprit malin exerça sur son corps de grandes violences et donna des marques horribles de sa rage. Il la renversa trois fois en arrière en forme d'arc en sorte qu'elle ne touchait au pavé que de la pointe des pieds et du bout du nez. » Exorcisme d'une autre religieuse : « Le démon parut sur son visage, selon le commandement que lui en fit son exorciste ; il l'assouplit et la rendit souple et maniable comme une lame de plomb. L'exorciste lui plia ensuite le corps de diverses
façons, en arrière et en avant, et des deux côtés, en sorte qu'elle touchait presque la terre de la tête, le dëmon la retenant dans la posture où elle avait été mise jusqu'à ce qu'on la changeât, n'ayant, durant ce temps qui fut assez long, aucune respiration par la bouche, mais seulement un petit souffle par le nez. Elle était presque insensible, puisque le père lui prit la peau des bras et la perça d'outre en outre avec une épingle, sans qu'il en sortit du sang ou que la fille en témoignât aucun sentiment. Le démon Sabulon porta cinq ou six fois le pied gauche de la sœur par dessus l'épaule à la joue, tenant cependant la jambe embrassée du même côté. Durant toutes ces agitations, son visage fut fort diâerent et hideux, sa langue grosse, livide et pendante jusqu'au menton et nullement pressée des dents ; la respiration égale, les yeux immobiles, toujours ouverts sans cligner. Il lui fit après cela une extension de jambe en travers qui fut telle qu'elle touchait du périnée contre terre. Pendant qu'elle était dans cette position, l'exorciste lui fit tenir le tronc du corps droit et joindre les mains. »
Tous ces faits eurent pour témoin, qui les certifia de sa main, Gaston d'Orléans, le frère de Louis Xin. Deux exorcistes, le P. Lactance et le P. Tranquille, moururent en peu de temps avec
l'idée qu'ils étaient possé(]('S, et éprouvèrent 'es symptômes de la possession. Un autre, le P. Surin, d'une réputation d'honnêteté incontestée, et qui exorcisa seulement après la mort de Grandier, tomba aussi dans ces accidents, qu'il décrit avec une grande naïveté. « Tant y a que depuis trois mois et demi je ne suis jamais sans avoir un diable
auprès de moi en exercice Le diable passe du
corps de la personne possédée, et, venant dans le mien , m'assaut et me renverse, m'agite et me traverse visiblement, en me possédant plusieurs heures, comme un énergumène. Je ne saurais vous expliquer ce qui se passe en moi durant ce temps, et comme cet esprit s'unit avec le mien, sans m'ôter ni la connaissance, ni la liberté de mon âme, en se faisant néanmoins comme un autre moimême, et comme si j'avais deux âmes dont l'une est dépossédée de son corps, de l'usage de ses organes, et se tient à quartier en voyant faire celle
qui s'y est introduite Quand je veux, par le
mouvement de l'une de ces deux âmes, faire un signe de croix sur ma bouche, l'autre me détourne la main avec grande vitesse, et me saisit le doigt
avec les dents pour me mordre de rage Quand
je veux parler, on m'arrête la parole; à la messe, je suis arrêté tout court ; à table, je ne puis porter le morceau à la bouche; à la confession, je
m'oublie tout à coup de mes péchés, et je sens le diable aller et venir chez moi comme en sa maison. .Ce n'est pas un seul démon qui me travaille, ils sont ordinairement deux. »
Il se passa dans cette affaire de l'exorcisme des religieuses quelques faits qui ne sont pas nets. Les diables ayant annoncé, à diverses reprises, que des pactes tomberaient du haut de l'église, ou qu'ils graveraient un nom sur la main de deux ou trois possédées, les prédictions se vérifièrent. On pensait que la supérieure avait la faculté de rester suspendue en l'air, et un jour qu'elle était ainsi, les enthousiastes criaient au miracle, quand un incrédule, soulevant sa robe, fit voir qu'elle touchait la terre avec la pointe d'un de ses pieds. Le comte de Lude étant allé à Loudun, et voulant savoir à quoi s'en tenir sur les merveilles racontées, feignit de vouloir constater l'authenticité de reliques qui lui avaient été léguées par ses ancêtres, et demanda qu'il lui fût permis de s'assurer si le diable en ressentirait la vertu. Les exorcistes les prirent de sa main et les appliquèrent à la prieure, qui aussitôt fit des cris horribles et des contorsions épouvantables. Au plus fort de ses accès, on lui ôta le reliquaire, et à l'instant elle redevint aussi tranquille qu'elle était auparavant. L'exorciste se tournant alors vers le comte, lui dit: « Je ne crois
pas, monsieur, que vous doutiez maintenant de la vérité de vos reliques. Je n'en doute pas plus, repartit celui-ci, que de la vérité de la possession ; » et à l'instant il ouvrit la boîte, dans laquelle on ne vit, au lieu de reliques, que de la plume et du poil. « Ah ! monsieur, s'écria le prêtre,, pourquoi vous êtes- vous moqué de nous? — Mais vous, naon père, répliqua le comte, pourquoi vous moquez-vous de Dieu et du monde? »
Il m'a paru curieux de voir, à la distance des temps, les procès-verbaux des séances de cette instruction, et j'ai vu en plusieurs endroits, à côté de la signature de Laubardemont et de grands personnages, la signature, cette fois on dirait bien la griffe, d'Asmodée et de Satan. (Manuscrits de la Bibliothèque nationale.)
Les caractères auxquels on reconnaissait dans ces temps la possession étaient : 1° la connaissance des pensées non exprimées ; 2" Tintelligence des langues inconnues ; 3° la faculté de parler des langues inconnues ou étrangères ; 4° la connaissance des événements futurs ; 5" la connaissance de ce qui se passe dans les lieux éloignés ou situés hors de la portée de la vue ordinaire ; 6° l'exaltation subite des facultés intellectuelles ; 7° un développement des forces physiques supérieur à l'âge ou au sexe de celui qui les présentait ; 8° la suspen-