TREMBLEURS DES CÉVENNES
sion du corps en l'air pendant un temps considérable.
Après les Ursulines de Loudun, viennent les trembleurs des Cévennes. La révocation de l'édit de Nantes inaugura une persécution contre les protestants. Cette persécution, rude partout, le fut davantage dans les provinces, et principalement dans les campagnes, où le zèle est moins contrôlé. On empêchait les gens de se réunir, on allait jusqu'à leur enlever leurs enfants pour les élever dans la religion catholique. Dans les Cévennes, l'exaltation des protestants ainsi poursuivis fut extrême, et se manifesta par des signes singuliers. On était réuni dans des lieux déserts, à l'insu de l'autorité, pour chanter en commun des psaumes : soudain quelqu'un des assistants était jeté à la renverse, tremblait de tout son corps, puis prêchait et prophétisait. Après lui, un autre continuait, et quelquefois même deux ou trois prêchaient en même temps ; ceux en qui se montraient ces signes obtenaient sur le reste un grand ascendant. Il y en eut en peu de temps plusieurs milliers. On leur a donné le nom de Trembleurs des Cévennes. Cette fois, ce furent des hommes chez lesquels se passèrent ces phénomènes extraordinaires, les réunions éloignées et clandestines ayant dû être peu fréquentées par les femmes. On vit un grand nombre
d'enfants tomber dans cet(jtat, prêcher et prophétiser à leur tour, môme, dit-on, des enfants de trois ou quatre ans, et qui, habitués au patois, parlaient en français; quelques trembleurs s'exprimaient en des langues inconnues. Ils avaient la prétention d'apercevoir en esprit leurs persécuteurs à une grande distance, et de lire dans la pensée, pour démasquer les traîtres. Un nommé Clary confondit ainsi deux espions, qui avouèrent. L'insensibilité extérieure était portée chez eux à un haut degré. Un jeune homme, en sentinelle sur un arbre, tomba de douze pieds de haut sans se faire aucun mal. Mieux que cela, pour prouver qu'il n'était pas d'intelligence avec les espions qu'il avait démasqués, Clary demanda et obtint l'épreuve du feu : on plaça autour de lui, à la vue de l'assemblée, une grande quantité de branches sèches auxquelles on mit le feu et qu'on réduisit en cendres, sans qu'il parût éprouver ni douleurs ni suffocations. Le prophète le plus célèbre fut une jeune fille de seize à dix- sept ans, connue sous le nom de la Bergère de Cret, qu'on allait voir de très-loin. Elle avait l'apparence d'une personne endormie sans aucun mouvement convulsif. Elle était d'une insensibilité complète à toute sorte d'excitations ; ne connaissant, dans son état ordinaire, que très-imparfaitement le français, elle
s'expliquait alors dans cette langue très-purement; n'ayant jamais appris que son Patet^ et son C7^edo, elle faisait pendant son sommeil des prières admirables et excellentes ; quand elle sortait de son sommeil, elle ne se souvenait de rien de ce qu'elle avait dit ; elle soutenait qu'elle avait fort bien dormi, quoiqu'elle eût parlé pendant quatre ou cinq heures, presque sans prendre de repos ; elle faisait des prédictions pendant son sommeil ; elle n'en sortait pas d'elle-même, mais demandait qu'on l'éveillât.
Pendant que les hommes, pour la plupart, donnaient le spectacle que nous avons dit au milieu des champs ou des bois, dans les villes, les femmes en faisaient autant. Le maréchal de Villars, qui a terminé les troubles des Cévennes, dit : « J'ai vu des choses que je n'aurais pas crues si elles ne s'étaient point passées sous mes yeux : une ville entière dont toutes les femmes et toutes les filles, sans exception, paraissaient possédées du diable. Elles tremblaient et prophétisaient publiquement dans les rues. »
Ce fut aussi dans une secte religieuse persécutée
que se manifestèrent les faits étranges qu'on a ap-
' pelés les Convulsions de Saint-Médard. On connait
l'histoire du jansénisme : les cinq propositions
théologiques présentées comme extraites de Jan-
sénius dénoncées à Rome ; la lutte antoiir de ces propositions : d'un côté le gouvernement de Louis XIV et les jésuites, de l'autre les solitaires de Port-Royal ; les Provinciales sortant de cette querelle; la question d'orthodoxie abandonnée pour une question de fait : à savoir si les propositions condamnées à Rome étaient ou non dans Jansénius ; la signature du formulaire qui portait contre les propositions et contre Jansénius; les douleurs de ceux qui consentirent à signer et la proscription de ceux qui refusèrent: Port-Royal rasé (1110); les sépultures violées et les corps dispersés dans divers cimetières ; enfin la part d'action et de courage qui, dans cette lutte, revient aux religieuses, ayant à leur tête les femmes de la famille d'Arnauld et de Pascal. Plus tard, l'orage se reforma. Le P. Quesnel, de l'Oratoire, avait écrit un livre intitulé : Réflexions morales sur le Nouveau Testament, où l'on crut reconnaître les principes de Jansénius. Il fut condamné en 1*714, par le pape, dans la bulle Unigenitus. Les difficultés du formulaire reparurent pour la bulle : un grand nombre de jansénistes refusèrent d'y souscrire, en appelant au futur concile, d'où on les nomma les appelants, et, avec les oppositions, revinrent les persécutions. Parmi les appelants se distingua le diacre Paris, qui refusa une cure pour
éviter d'adhérer à la bulle, consuma sa fortune en œuvres de charité, vécut ensuite dans la pauvreté et le travail, mourut en odeur de sainteté (1727), et fut enterré au cimetière de Saint-Médard. Des malades qui visitèrent son tombeau pensèrent être guéris ; ils publièrent ce miracle, et la foule vint au tombeau. Bientôt des femmes enthousiastes du jansénisme, frappées de l'intercession de Dieu en sa faveur, tombèrent là en convulsions, d'autres femmes après elles, par contagion, et, à la suite, des guérisons merveilleuses, guérisons constatées avec une telle autorité, que la haine de parti elle-même ne put alors les réfuter suffisamment. Le gouvernement, qui favorisait les jésuites, vit avec déplaisir cette faveur renaissante du jansénisme : il ordonna la clôture du cimetière et le fit garder. L'archevêque de Paris interdit les visites au tombeau, et plusieurs convulsionnaires furent emprisonnés. Tout le monde connaît la plaisanterie qui fut faite alors ; on trouva sur la porte du cimetière cette inscription :
De par le roi, défense à Dieu De faire miracle en ce lieu.
C'était en 1732 ; les miracles ne se firent plus au cimetière, puisqu'il était gardé, mais ils continuèrent ailleurs, en plusieurs endroits avec des
effets moins violents, par l'absence du spectacle, en d'autres avec le caractère primitif. Un t(''moin considérable, Carré de Montgeron, conseiller au Parlement de Paris, écrivit ce qu'il avait vu, dans un livre intitulé : La vérité des miracles de Paris (1737-1748). Dans sa sincérité, il présenta ce livre à Louis XV, qui le fit enfermer à la Bastille, puis l'envoya en exil, où il mourut. Des faits tout pareils sont attestés, en 1859, par du Doyer de Gastel et par un homme illustre, La Condamine. On retrouve d'abord ici ce que l'on vient de voir chez les trembleurs des Cévennes : une exaltation des facultés intellectuelles, le don de parler avec éloquence des choses sur lesquelles, dans l'état ordinaire, on eût été en peine de s'exprimer; chez nos convulsionnaires jansénistes, le texte ordinaire des sermons est le péché originel, la nécessité du secours divin, toutes les vérités condamnées dans la bulle ; — la découverte du secret des cœurs ; — la prévision de l'avenir : les convulsionnaires prédisaient volontiers la conversion des juifs et la résurrection du prophète Elle, pour remettre toutes choses dans l'ordre, suivant les promesses de l'Evangile ; ils donnèrent en outre des consultations pour les malades, déclarant l'état, la marche et la fin des maladies; — influence de l'état de convulsion sur la vie ordinaire : un
M. Fontaine, ayant prédit qu'il resterait quarante jours sans manger, resta quarante jours sans manger. Si quelques-uns, oubliant ce qu'ils avaient dit en convulsion, voulaient manger dans l'intervalle fixé pour le jeûne, ils ne le pouvaient absolument pas, ils ne pouvaient ingérer aucun aliment : — le penchant à faire des représentations de différentes scènes : ordinairement il s'agissait de figurer la passion de Jésus-Christ, ou les supplices que devaient un jour souffrir les infidèles après la venue d'Élie. Leur physionomie peignait, avec la vérité la plus frappante, tous les sentiments, toutes les sensations qu'ils voulaient représenter. Pendant qu'ils étaient étendus pour figurer le crucifiement, on voyait sur plusieurs se former des rougeurs, ou d'autres marques, précisément aux endroits où les mains de Jésus-Christ ont été percées par des clous. — Mais rien n'égale les prodiges d'insensibilité extérieure et de force organique que les convulsionnaires feront paraître, les terribles coups qui leur étaient administrés sous le nom de secours.
Baguette divinatoire. — Exorcismes de Gaasner. ^ Âttouch»iiieuts de Grealiakes. — Aimants du P. Hell. — Tracteurs métalliques de Perkins.
Nous ne savons plus aujourd'hui ce que c'est que la baguette divinatoire : elle a eu autrefois un grand crédit dans toute l'Europe. Elle tournait entre les mains de celui qui la portait, quand il passait sur un lieu où se trouvait une source. Le Brun en raconte les merveilles en homme qui croit marcher sur les terres du diable :
« Plusieurs personnes, dit-il, trouvent de l'eau par ce moyen. On en est venu aux pierres qui servent de limites pour le partage des fonds. Cette baguette par son mouvement les indique. Si les bornes sont dans la même place où les avaient mises les possesseurs des fonds, la baguette ne tourne